الموضوع: شعوب الإسلام

L'islam ghanéen entre aspects positifs et signaux ambigus

Card. Turkson  12/05/2009

Interview au Card. Peter Turkson, par Roberto Fontolan

 

 

Premier Pays de l'Afrique Occidental à obtenir l'indépendance (1957), le Ghana n'a pas connu les inquiétudes et les horreurs de nombreuses nations du continent, mais une sérénité relative, gardée avec grand soin et sans illusions faciles.
Les évènements du Kenya, sur lesquels est intervenu de façon très habile justement le président du Ghana - qui a préparé la mission de Kofi Annan- le démontrent clairement. Aux tribalismes et sous-développement, s'ajoutent dans certains cas, les conflits confessionnels.
Ce sont les idées d'une conversation avec le Cardinal ghanéen Peter Turkson, Archevêque de Cape Coast, président depuis quelques mois de la Conférence épiscopale de l'Afrique Occidentale, un nouvel organisme où s'unifient les deux Conférences épiscopales traditionnelles de la région, l'une pour les francophones, l'autre pour les anglophones. « Celle de nous fusionner est une sage décision commente le cardinal - c'est d'elle que surgira une action commune d'apostolat plus claire et incisive».

En intervenant à un Congrès d'Oasis, vous aviez décrit comme étant énigmatique la réalité de l'Islam au Ghana. Dans quel sens ?

« Dans le sens que des signes positifs et des faits qui suscitent des doutes cohabitent. Je pars des doutes. Sur l'Islam de mon Pays il y a une influence éclatante de la part de l'étranger. Certaines nations agissent à travers des Ong et des initiatives sociales et culturelles, mais on se demande quels sont les contenus profonds de ces programmes. Un autre élément d'incertitude est représenté par les deux rencontres proposées par l'Organisation de l'Islam de minorité, ce qui fait supposer qu'au moins en partie une situation où les musulmans soient en minorité par rapport à une majorité de la population non islamique ne soit pas acceptée. Il faut rappeler que le dernier recensement officiel enregistrait 65% de chrétiens et 18% de musulmans, même si ces derniers soutiennent être proches de 30%.
Ensuite il y a des aspects concernant la vie de tous les jours, telles que les questions dérivant des mariages mixtes, où les enfants sont obligatoirement élevés dans la foi islamique ou l'aide économique donné aux personnes en difficulté en échange de la « conversion » à l'Islam. Il est clair qu'il y a une poussée islamique: dans chaque village s'élèvent des mosquées et des minarets, une nécessité de visibilité qui s'est affirmée récemment ».

Et les signes positifs?

« Il y a une bonne collaboration dans les organismes institutionnels, telle que la Conférence pour la Paix (Ghana Conférence of Religions for Peace, GCRP) et le Conseil National pour la Paix. Au sein de ces deux institutions les responsables chrétiens et musulmans collaborent ensemble pour le renforcement de la paix dans le pays par exemple en exerçant la fonction d'observateurs durant les élections. Les occasions de rencontre et de confrontation pleine de respect et d'attention mutuelle sont fréquentes, à tous les niveaux. La tradition de cohabitation de notre peuple reste solide. Familles et villages connaissent bien l'expérience de la pluriconfessionnalité. Et nos écoles chrétiennes ont accueilli et accueillent des élèves musulmans sans aucun problème. C'est également pour cette sereine histoire de rapprochement que je regarde avec préoccupation à ce besoin récent d'auto affirmation.

Face à cela, quelle est votre opinion sur la réalité du Christianisme dans votre Pays?

« Je crois que nous devons changer la manière d'introduire la foi. Je veux dire que le catéchisme ne suffit pas, car il ne touche pas le cœur et le croyant se dit chrétien, mais il risque de ne pas accomplir une expérience de changement réel de lui-même. Et donc on ne crée pas une appartenance nouvelle : les liens ethniques restent plus forts que ceux chrétiens. Une fois j'ai entendu dire « le sang est plus dense que l'eau du baptême » : des mots terribles et de plus prononcés par un représentant chrétien prestigieux. Notre fléau, c'est le tribalisme. A savoir, on devient sans doute chrétien grâce à la tribu, mais les gens continuent à trouver dans cette appartenance une solidité majeure que dans leur appartenance à l'Eglise. Dans ce sens, il faut reconnaître que les missionnaires ont fait beaucoup, mais cela ne suffit pas ».

Quelle est la méthode de cette « introduction à la foi » ?

« C'est la méthode de toujours, nous la voyons à l'œuvre dans les Actes des Apôtres : la parole de Dieu change le cœur à travers un parcours de conversion, de témoignage, de vie communautaire. C'est la méthode de la foi catholique, personnelle et universelle à la fois ».