Interpréter la tradition , «Oasis» 9 (2009)

Sarajevo. Dans la ville blessée à mort et puis ressuscitée, une conversation avec Mustapha Ceric´, Grand Mufti de Bosnie. Une nouvelle génération de musulmans, capable de recueillir la tradition séculaire d’une identité vivante et consciente et d’affronter avec orgueil les défis d’aujourd’hui est née des cendres de la guerre des années 90, pas encore complètement éteintes.

Entretien aux soins de Maria Laura Conte et Michele Brignone

 

 

« Nous Vivons le Coran dans la Société Ouverte, l’Europe Doit se Confronter à Nous »

Sarajevo, ville aux nombreux visages. Les élégantes mosquées ottomanes de la vieille ville sont à côté des édifices habsbourgeois, tandis que les grands immeubles de style socialiste ressortent au loin. Dernières arrivées, les constructions imposantes voulues par les pays du Golfe ne peuvent rivaliser qu’avec les mille banques de la finance internationale. Ici et là, effleurent quelques cicatrices de la sanglante guerre de la fin du siècle dernier. Les problèmes et les contradictions de cette ville sont au fond les mêmes à propos desquels se joue le destin de l’Europe : le totalitarisme idéologique, la paix et la guerre entre cultures et identité, la cohabitation et le dialogue interreligieux, le rôle public de la foi. Oasis a choisi de parler de tout cela avec une personnalité d’exception de l’Islam européen.

Vous avez vécu et étudié en Bosnie et à l’étranger. Vous êtes donc dans une position privilégiée pour exprimer un jugement sur la tradition de votre pays : pensez-vous que l’Islam bosniaque ait une physionomie particulière ?

Avant de répondre à votre question sur les différences possibles entre les Islam et sur la physionomie de l’Islam bosniaque, je crois qu’il faut distinguer entre principes islamiques et modèles islamiques. Comme d’autres religions, l’Islam se base sur certains principes acceptés par tous les musulmans partout où ils se trouvent. Les musulmans sont unis par leur foi dans le monothéisme, dans le Coran comme dernière révélation divine et dans la vie après la mort. Ce sont les principes. Ensuite, « les » Islam se différencient selon plusieurs modèles d’application de ces mêmes principes. Si l’on accepte la différence entre principes et modèles, alors nous pouvons parler d’un modèle bosniaque d’Islam. Les principes ne sont pas modifiables, mais face à de nouvelles connaissances, à de nouvelles expériences et en vertu du milieu dans lequel nous sommes immergés, nous pouvons changer l’interprétation des principes.

En quoi consiste donc le modèle islamique bosniaque ?

Je dirais qu’il a trois caractéristiques de base : en premier lieu, le fait de se situer dans une société multiculturelle dans laquelle l’Islam coexiste avec d’autres religions de façon cohérente. La deuxième caractéristique est une approche originale de l’interprétation du Coran et de la Sunna du Prophète Muhammad basée sur l’expérience des ‘ulamâ’ bosniaques. La troisième caractéristique est que les musulmans vivent en Bosnie dans une société ouverte et un tel comportement est ratifié par l’interprétation institutionnalisée de la doctrine islamique. L’élément important est justement que chaque nouveau défi posé à l’interprétation des principes est soumis à un débat institutionnalisé et collectif : en fait, le devoir de guider la vie des croyants ne revient pas au jugement individuel mais à toute la communauté et aux institutions que la représentent (par exemple le Reis al Ulema).

Auparavant, vous avez présenté la différence entre principes de l’Islam qui sont unique et ses applications qui peuvent se distinguer. L’arrivée en Bosnie durant la dernière guerre de groupes du Moyen-Orient qui se reconnaissent en d’autres modèles de l’Islam et qui aujourd’hui se sont installés ici peut en quelque sorte provoquer une « trahison » du modèle bosniaque traditionnel ?

C’est une question légitime. Chaque tradition peut être définie de différentes façons, mais aucune n’est statique, chaque tradition est dynamique et vibrante, tout comme une langue. Notre tradition islamique est aussi en train de bouger, mais sans abandonner les principes fondamentaux. Même le communisme avec sa sécularisation agressive n’est pas parvenu à les arracher. Je peux comprendre votre préoccupation pour le futur des musulmans bosniaques, mais le point principal est celui-ci : est-il possible que le génocide se répète ? Au lieu de nous concentrer sur ce qui arrivera à notre tradition, nous devons nous préoccuper de nos vies. Ceux qui furent tués à Srebenica le 11 juillet 1995 étaient des musulmans bosniaques traditionnels. Pourquoi ont-ils été tués ? Ils n’étaient exposés à aucune influence extérieure, et il n’y avait pas de moudjahidin parmi eux... Justement à cause de cette expérience particulière, nous avons maintenant une nouvelle génération de musulmans bosniaques qui ont appris la leçon et qui sont bien conscients du fait que lorsqu’il est question de se défendre, on ne peut faire confiance à des forces étrangères, mais seulement à Dieu et à sa propre foi. Plus on est convaincu de son identité, et plus on devient tolérant. C’est une leçon que j’ai apprise en Bosnie : la tolérance est un signe de force, l’intolérance de faiblesse. Si je sais qui je suis, je ne crains personne, au contraire je suis curieux de connaître celui qui est différent de moi. Les jeunes d’aujourd’hui sont différents de ceux d’avant la guerre. Ils sont davantage conscients de leurs racines religieuses et de leur foi, ils sont plus cohérents dans leur pratique et en même temps, ils sont assez mûrs pour ne pas se laisser manipuler de l’extérieur par ceux qui ne comprennent pas leur tradition islamique. L’expérience que nous avons vécue ne modifie pas la manière dont nous sommes musulmans en Bosnie-Herzégovine, au contraire. Nous appartenons tant à l’Islam qu’à l’Europe. L’Islam nous donne l’esprit et l’Europe la mentalité. Les deux peuvent-ils cohabiter ? Je crois que oui.

Vous avez fait allusion à Srebenica. Pensez-vous que le pardon réciproque soit possible ?

Oui, le pardon est possible, à condition que celui qui le recherche admette ses fautes. On ne peut pardonner celui qui ne demande pas pardon. Nous connaissons la maxime de l’Ancien Testament : « œil pour œil, dent pour dent ». On peut trouver la même chose dans le Coran. Mais le Coran ajoute qu’il est mieux de pardonner [cf. Coran 5,45]. Durant le génocide de Srebenica, une famille a perdu deux cents de ses membres : il n’y a pas eu de leur part un seul acte de vengeance. Cela signifie qu’ils ont assimilé et compris le message du Coran. Quand quelqu’un me demande quelque chose à ce propos, je réponds qu’il a le droit de se venger, mais que s’il pardonne, c’est mieux.

À votre avis, quel enseignement l’Islam européen et l’Europe peuvent-ils tirer du modèle bosniaque ?

Je crois que nous devrions d’abord nous demander ce que veut l’Europe. L’Europe fait face à un nouveau phénomène : celui de l’Islam à l’intérieur de ses frontières. Beaucoup font référence aux racines chrétiennes de l’identité européenne, mais je pense que nous devrions regarder avant tout un fait : l’Europe a toujours été ouverte aux influences des différentes cultures et le Christianisme est seulement un des aspects de ce développement. À vrai dire, aucune des religions qui se sont répandues en Europe, y compris le Christianisme, n’a eu son origine en Europe. Dans ce sens, nous sommes tous sur le même niveau et la tradition chrétienne de l’Europe ne donne pas la priorité au Christianisme. L’Islam est un défi pour l’Europe comme le Christianisme le fut par le passé. En ce qui concerne les musulmans, leur défi consiste dans le fait qu’ils sont arrivés en Europe comme immigrés à la recherche d’une opportunité économique plutôt qu’avec l’intention de prêcher ou de diffuser l’Islam. Mais avec le temps, ils sont devenus davantage conscients de leur identité islamique. L’Europe doit se mesurer avec ce phénomène et ne sait pas quoi faire. En premier lieu parce que les musulmans n’ont pas d’institution qui les représente, mais surtout parce que l’Europe, ou mieux, la tradition illuministe européenne, oblige les personnes à vivre comme si Dieu n’existait pas. Lorsque les musulmans ont commencé à parler de Dieu et de la foi, quand ils ont commencé à prier dans les rues, les européens ont subi le contre-coup, non pas parce qu’ils haïssent l’Islam, mais parce qu’ils ont perdu la connaissance de ce qu’est une expérience religieuse publique. Je crois que la question légitime est ce que l’Europe doit faire pour faciliter l’intégration des musulmans dans la société. L’intégration doit être biunivoque, même si ce sera un long processus. La Bosnie peut-elle être un modèle ? Je ne le sais pas. Je peux uniquement dire que les musulmans et l’Europe doivent regarder l’expérience bosniaque pour comprendre ce qu’il est bon de conserver et ce qu’il faut refuser. Certainement, l’Islam bosniaque a montré qu’il est à mesure de survivre dans le milieu européen sans perdre son identité. Nous ne sommes ni assimilés, ni isolés comme quelqu’un l’aurait voulu : nous sommes simplement intégrés dans la civilisation européenne avec le sentiment fort d’appartenir à l’Islam comme religion et à la société européenne comme citoyens.

Dans votre Declaration of European Muslims vous avez affirmé que « l’Europe est le lieu où les musulmans peuvent redécouvrir la force et la beauté de l’universalisme de l’Islam ». Qu’entendez-vous exactement avec cette phrase ?

Celui qui vit dans un état national du Moyen-Orient ne peut avoir qu’un seul regard sur l’Islam. Mais celui qui arrive en Occident et voit des pakistanais, des turcs, des arabes, etc., fréquenter la même mosquée devient toujours plus conscient du fait que c’est l’Islam, et non pas la nationalité, qui unit les musulmans.

Voulez-vous aussi dire que les musulmans ont l’opportunité en Europe de redécouvrir les principes de l’Islam ?

Si… et de créer un nouveau modèle de type européen.

Vous venez de citer la première tradition illuministe : selon de nombreux intellectuels contemporains, musulmans aussi, pour s’intégrer dans la société européenne, l’Islam aurait besoin d’être réformé selon les principes de l’Illuminisme. Quelle est votre opinion à ce propos ?

L’Islam est déjà la plus grande réforme de la pensée religieuse dans l’histoire de l’humanité. Laissez-moi citer trois preuves pour confirmer mes propos : en premier lieu, la proclamation islamique du
principe selon lequel il n’y a pas de contrainte en religion ; en deuxième lieu, la protection des droits de la femme : je ne veux pas entrer dans ce débat, mais le fait qu’au VIIe siècle, l’Islam ait proclamé contre la volonté des seigneurs arrogants de la Mecque que les femmes avaient le droit d’hériter et qu’elles étaient créées avec la même substance que les hommes a été une révolution ; enfin, l’abolition, de la part du Prophète Muhammad, de l’institution du sacerdoce, qui a rendu tout le monde responsables de manière égale devant Dieu et dotés pareillement de la possibilité de recevoir Sa grâce. Certainement, les musulmans traversent actuellement des temps difficiles, spécialement en ce qui concerne leur place dans l’histoire. Ceux qui vivent en Occident peuvent facilement se demander quand les musulmans seront « illuminés ». Mais l’histoire démontre que l’Islam a contribué de manière déterminante à la naissance de l’Humanisme et à la Renaissance européenne. Il suffit de penser aux œuvres des philosophes musulmans du XIIe siècle, par exemple à Averroès et à son rationalisme...

Mais en quoi se reflète aujourd’hui cette contribution historique dont vous parlez ?

Malgré les difficultés actuelles, je pense que les musulmans frappent aujourd’hui à la porte de l’Occident en lui rappelant quelques principes moraux qu’il a oubliés, exactement comme, par le passé, ils ont frappé à la porte de l’Europe en lui rappelant le rationalisme qu’elle avait abandonné. L’Occident doit passer par une révolution spirituelle. L’actuel krach économique n’est pas une question de crise financière : c’est une crise morale. Je crois que l’Occident est coupable de sept grands péchés : le bien-être sans le travail, l’éducation sans la morale, les affaires sans l’éthique, le plaisir sans la conscience, la politique sans les principes, la science sans la responsabilité, la société sans la famille et j’en ajouterais un autre : une foi sans sacrifices. Maintenant quelle est la solution ? Substituer les « sans » avec autant d’« avec ». Je crois que c’est pas possible d’isoler une civilisation ou une foi et ensuite de l’illuminer. Nous vivons dans un monde globalisé, où l’échange d’idées, y compris celles qui appartiennent à l’Illuminisme, est un défi autant pour l’Occident que pour le monde islamique. Mais je suis aussi convaincu que les musulmans ont préservé, par rapport à d’autres groupes religieux, un sens de la moralité plus élevé, bien que nous ne sommes pas toujours capables de l’articuler, avec pour conséquence que le reste du monde ne les comprend pas.

Mais plus spécifiquement, pensez-vous que les musulmans puissent accepter l’idée selon laquelle la foi est une affaire privée ?

J’ai subi cette idée pendant des décennies. Ma première réponse est que même celui qui ne croit pas en Dieu croit quand même à quelque chose. Pourquoi alors certaines croyances auraient-elles le droit de s’exprimer publiquement et d’autres pas ? Entre autres, quelqu’un peut-il se porter la mosquée ou l’église chez lui ? Peut-on effacer des églises et des mosquées de l’espace public ? c’est un des paradoxes de la sécularisation : contraindre celui qui croit en Dieu à vivre avec une double personnalité, une bonne lorsqu’il est chez lui et une autre à exhiber à l’extérieur. Je ne peux que me sentir mis au défi : mes discours et mes sermons doivent être acceptables tant à la mosquée que sur la place publique. Si j’avais deux visages, si je disais une chose à la mosquée et une autre en dehors, je serais un hypocrite. Et l’hypocrisie peut créer un conflit surtout intérieur, mais parfois également avec les autres. Voilà pourquoi je pense que les personnes qui prétendent avoir le monopole de la vie publique seulement parce qu’ils ne croient pas en Dieu ont tort. Je serai franc : la politique est trop importante pour être confiée uniquement aux politiques ; la théologie est trop précieuse pour être confiée uniquement aux théologiens ; la question de la guerre et de la paix est trop dangereuse pour être confiée seulement aux généraux. Nous vivons dans un monde où il n’y a pas de barrière. Comme homme religieux, je dois savoir ce qui se passe dans ma ville, dans mon pays, tant du point de vue moral que politique et économique. Je fais partie de la société, vous ne pouvez pas m’isoler. Et ceux qui ne fréquentent pas la mosquée doivent quand même savoir ce que je dis parce que cela peut être bon ou mauvais pour eux aussi.

Voulez-vous dire que nous devrions repenser le paradigme illuministe qui a gouverné la vie publique européenne des deux derniers siècles ?

La question est : l’Illuminisme a-t-il aidé les religions ? Certainement qu’il l’a fait : les religions ont bénéficié au maximum des critiques de l’Illuminisme à leur égard. Ces critiques leur ont permis de se purifier de ces éléments qui n’avaient pas grand chose à voir avec la Révélation. Mais nous devrions cesser de considérer l’Illuminisme comme une bible. Nous devrions plutôt « illuminer l’Illuminisme », en lui restituant la moralité dont il est maintenant dépourvu. Dans ce sens, nous vivons l’époque la plus intéressante de l’histoire de l’humanité parce que nous avons fait l’expérience tant de la pensée religieuse que non religieuse et nous devons maintenant décider si nous voulons rétablir l’alliance avec Dieu ou si nous préférons nous confier aux idées usées des philosophes du XVIIIe et du XIXe siècle, qui ne sont pas capables de nous fournir les réponses aux questions de l’époque actuelle.

Justement au moment actuel, les découvertes de la science et l’incidence de la technique sur la vie soulèvent des questions cruciales sur la conception de l’homme et des aspects fondamentaux de son expérience (naissance, amour et mort). À ce propos, quel est votre opinion comme croyant musulman ?

Avant tout, la vie est un don de Dieu. Nous ne la possédons pas. Cependant, ce n’est pas facile de répondre à cette demande. Il m’est arrivé de participer à un débat avec quelques scientifiques sur la possibilité de créer la vie en laboratoire. Je leur ai dit qu’en réalité, ils ne créent rien ; par leur intervention ils ne font que déranger la création. Dans l’ancienne Égypte, Pharaon imposait à ses sujets de le reconnaître comme Dieu. Je crois qu’aujourd’hui, nous avons beaucoup de candidats pour remplacer Dieu. Mais je crois aussi que les hommes de sciences qui cherchent à l’imiter seront bientôt déçus de découvrir qu’au fond, ils sont seulement de passage dans ce monde et qu’il ne restera pas grand chose d’eux. Nous devons tous faire preuve d’humilité et d’humanité et être satisfaits de la manière dont Dieu nous a créés.

La relation entre majorité et minorité est une autre question cruciale de nos sociétés. Ce n’est pas seulement un problème d’équilibre entre cultures et identités, mais cela implique la distinction entre les droits fondamentaux et les autres droits.

C’est une question très compliquée. Certainement, ce n’est pas plaisant d’être une minorité, dans n’importe quelle circonstance on se trouve et quel que soit le droit qui nous soit accordé. La situation est plus simple si on a affaire à des personnes raisonnables qui se comprennent réciproquement. Fondamentalement, cela ne devrait pas être une question de minorité ou de majorité, mais de la manière dont sont expliquées et communiquées les positions respectives. De plus, on peut se sentir discriminés parce qu’on ne parvient pas à obtenir ce que les autres obtiennent, tout en étant satisfaits de ce que l’on est. Ni la majorité ni la minorité ne peuvent tout avoir. Ce que j’espère pour l’Europe, c’est que nous tous comprenions que notre diversité est un privilège qui rend nos vies intéressantes. Nous devons chercher l’unité et apprendre les uns des autres. Nous musulmans, nous avons beaucoup de choses à transmettre aux autres, mais nous avons aussi beaucoup de choses à recevoir. Les autres peuvent rendre notre vie toujours davantage riche de sens.

Il existe en Bosnie un conseil interreligieux auquel vous participez activement : quels objectifs atteignez-vous à travers ce travail commun ?

Le conseil religieux a été institué en 1997. Il est composé de représentants des quatre communautés religieuses traditionnelles présentes en Bosnie (musulmans, catholiques, orthodoxes et juifs) et a une forte valeur symbolique. Je crois que son résultat le plus significatif a été la rédaction de la nouvelle loi sur la liberté religieuse qui fut adoptée par le parlement bosniaque. Mais il effectue aussi une importante activité qui je l’espère sera maintenue dans le futur : il rédige un rapport annuel sur la situation des droits humains en Bosnie-Herzégovine dans lequel sont signalés tous les cas d’abus ou de violence commis contre les églises, les mosquées, les cimetières ou tout autre lieu de culte.

Vous avez participé, en tant que leader de la délégation musulmane, au premier séminaire du Forum catholiques-musulmans qui s’est tenu en novembre 2008 au Vatican. Qu’avez-vous retiré de cette expérience ?

Je considère cette rencontre de dialogue comme la plus intéressante de toute ma vie. Ce fut très honnête, ouvert et aussi utile. Les deux premiers jours ont été difficiles : chrétiens et musulmans, nous nous sommes lamentés des incompréhensions réciproques et à certains moments nous avons été sur le point de nous en aller. Mais ensuite, nous avons pensé que si Martin Luther King avait dit « Je voudrais me plaindre d’une chose » personne ne l’aurait écouté. Par contre, il a dit : « J’ai un rêve ». Voilà pourquoi nous avons décidé de nous concentrer sur nos idées et valeurs communes. A la fin nous avons quitté le Vatican avec un communiqué très clair dans lequel nous avons exprimé notre engagement à continuer le dialogue. Je dois dire que le pape Benoît XVI, par sa présence et avec la citation du Prophète Muhammad à la fin de son discours, a fait preuve d’humilité et a montré sa volonté de continuer à parler avec les musulmans. Il y a une expression anglaise qui dit « La gentillesse tue ». Si tu veux conquérir quelqu’un, sois gentil envers lui. Être humble n’est pas une défaite mais une victoire.

Vous considérez donc que musulmans et chrétiens peuvent trouver un accord sur la base de certaines valeurs communes...

Les religions de la tradition abrahamique sont unies par les Dix Commandements, qui sont à la base de la relation entre Dieu et les hommes et entre les hommes. Je crois qu’ils peuvent être synthétisés en cinq valeurs : vie, foi, liberté, propriété et dignité. Ce sont ces valeurs qui constituent un terrain d’entente entre chrétiens et musulmans et qui permettent la construction du bien commun.

 

 

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Mustafa Ceric, « Nous Vivons le Coran dans la Société Ouverte, l’Europe Doit se Confronter à Nous » , «Oasis» [on-line], 9 | Juillet 2009, on-line since 28 Julio 2009 visited on 09 Febrero 2012.
URL: http://www.oasiscenter.eu/node/3824