Une nouvelle direction et un nouveau style pour l’UNESCO

Francesco Follo  19/01/2010

L’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO) est en train de vivre un passage important, marqué par le changement de présidence.
Il faut saisir l’occasion comme une invitation pour remonter à son origine et parcourir son développement et regarder la manière dont elle évolue et utilise les différents budgets mis à sa disposition.
Il faut d’abord rappeler que l’UNESCO vit le jour le 16 novembre 1945, pas tellement pour construire des salles de classe dans les pays dévastés par la guerre et la pauvreté, ou pour restaurer des sites du Patrimoine mondial, mais plutôt pour un objectif beaucoup plus vaste et ambitieux : construire la paix dans l’esprit des hommes à travers l’éducation, la science, la culture et la communication. Pour cette Organisation Internationale Gouvernementale, la recherche et la construction de la paix se traduit, avant tout, dans des budgets consacrés à la construction d’infrastructures et de services, à la formation des populations qui cherchent à sortir des traumatismes de la violence et à s’ouvrir à la solidarité.

Dans cet horizon, on comprend mieux pourquoi la défense et la promotion du droit à l’éducation est le premier des axes fondamentaux de l’UNESCO. Face aux données préoccupantes de 776 millions d’adultes analphabètes dont 490 millions de femmes, et de 75 millions d’enfants non scolarisés, on comprend mieux pourquoi l’UNESCO a augmenté le budget 2010-2011 du secteur de l’éducation de 7,8 % par rapport à celui des deux dernières années.
Le deuxième axe est celui de la promotion des études scientifiques rigoureuses en ce qui concerne le changement climatique et l’eau, dont la carence ou l’insalubrité provoque la mort d’environ six mille enfants dans le monde et provoque des conflits parfois armés dans 52 endroits du globe.

Un regard au budget

Donner un coup d’œil aux éléments concrets des budgets mis à disposition et à leur articulation par secteur permet de mieux comprendre l’aspect concret de l’activité de l’UNESCO.
Le secteur des Sciences naturelles a reçu pour les deux prochaines années 59,9 millions de dollars, tandis que le budget pour le secteur de la Culture s’est vu attribuer 54,2 destinés à promouvoir non seulement les sites du Patrimoine mondial, mais à développer des programmes pour le dialogue interculturel et interreligieux et rendre plus efficace la Convention sur les diversités culturelles.
Les 33,4 millions consacrés à la Communication et à l’Information serviront à favoriser la liberté d’expression dans les médias, comme aussi à en faciliter l’accès à tous, avec une attention particulière à ceux qui vivent dans les pays en voie de développement. Le Secteur des Sciences sociales et humaines a reçu 29,9 millions pour développer une étude sur les principaux défis éthiques (y compris ceux de la bioéthique) et sociaux mondiaux. Si l’on compare les 191 millions alloués à l’éducation à ceux attribués aux quatre autres secteurs (sciences naturelles, sciences sociales et humaines, culture, communication et information) on peut remarquer la priorité que l’UNESCO accorde à la formation humaine à travers l’éducation formelle et non formelle.
Le reste du budget sert à payer les salaires des fonctionnaires et des employés.
Mais il est intéressant de savoir que l’Organisation reçoit 725 millions de dollars, chiffre supérieur aux 671 millions du budget ordinaire, comme contribution volontaire des États, d’entreprises industrielles et de donateurs privés. C’est le signe qui nous montre combien l’Organisation est appréciée et considérée comme une interlocutrice fiable.

Le nouveau style et la nouvelle direction
Que pourra faire la nouvelle Directrice Générale, élue le 16 octobre dernier, avec ce budget total de 1.396 millions ?
À première vue, il semblerait que la marge de manœuvre ne soit pas si large. Mais heureusement, Irina Bokova, ex-ambassadrice de Bulgarie à l’UNESCO, connait très bien l’Organisation, son fonctionnement, et saura être une bonne tête pensante.
Très certainement, elle maintiendra le regard fixé sur l’Afrique et continuera de soutenir le travail en faveur de l’égalité des opportunités hommes-femmes. Son « génie féminin » et l’intelligence dont elle a déjà fait preuve, lui permettront de ne pas réduire son rôle de direction à la simple administration. Un exemple ? Elle est déjà en train de prendre des initiatives afin que l’UNESCO amplifie son rôle d’Agence intellectuelle. En outre, il faut signaler que la Directrice Générale a souvent souligné l’importance de travailler pour un « nouvel humanisme » et je crois ne pas trahir sa pensée et ses intentions si j’affirme que cela se produira en renforçant les cinq fonctions de l’UNESCO : laboratoire d’idées, organisme normatif, centre d’échanges d’informations, organisme de développement des capacités des États, catalyseur de la coopération internationale. (Première partie. La suite dans la prochaine newsletter)
Quant à la polémique ouverte en Italie et la collecte de signatures contre la décision de l’UNESCO de porter la candidature de Téhéran comme Ville de la Philosophie 2010, et la nouvelle Directrice Générale et l’UNESCO sauront négocier la question de concert avec les États membres.
En tout état de cause il est utile de rappeler qu’il s’agit là d’une décision prise et approuvée, il y a de cela bien des années, par tous les États et par consensus.

Cela dit, il est évident qu’aucune décision n’est irrévocable. (Première partie. La suite dans la prochaine newsletter)