L. Grion, a cura di, La differenza umana. Riduzionismo e antiumanesimo (La différence humaine. Réductionnisme et anti-humanisme), «Anthropologica». Annuario di studi filosofici 2009, Editrice La Scuola, Brescia 2009.
La question anthropologique, au centre de l’étude philosophique au-moins depuis la modernité, a atteint un résultat paradoxale en prévoyant une dissolution de l’humain et sa réduction à différents facteurs. Le travail d’Anthropologica, annuaire d’études philosophiques publié par l’éditeur La Scuola, promu par le centre d’études vénitien Jacques Maritain prend appui sur cette constatation, convaincu qu’il est possible de « repenser à une nouvelle tessiture unitaire des savoirs capable de dépasser le fractionnement des différentes spécialisations disciplinaires […] à travers une pluralité de regards capables de s’intégrer et de se compléter réciproquement en étant soutenus par la vision unitaire du monde qu’est la vision chrétienne » (Presentazione, p. 11). La perspective générale, qu’on peut localiser dans le domaine de l’anthropologie, est située précisément dans la question de l’« entre » : « si l’anthropologie est située au croisement entre les ontologies, les sciences expérimentales, les perspectives éthiques, les perspectives socio-politiques ou psychologiques et d’autres encore, le problème consiste à rechercher une manière de valoriser cette position “entre” » (G. Grandi, Appunti per un programma di ricerca, p. 13). La perspective ouverte par le programme de travail du groupe de recherche sera articulée, intégrée et générative (Grandi, p. 20), afin de réaliser une trans-disciplinarité authentique, comme entrelacement fécond qui permette un dépassement créatif des domaines d’appartenance.
Le premier numéro d’Anthropologica approfondit différents éléments du réductionnisme dans la conviction que son émergence est une occasion dont il faut profiter pour l’étude de la différence humaine irréductible. Pour comprendre comment est formulée cette différence, il est utile de partir de l’intervention de Paolo Pagani (Appunti sulla specificità dell’essere umano, pp. 147-161), qui synthétise l’homme comme une ouverture transcendantale, dans une discontinuité dans laquelle l’humain ne peut se réduire au biologique ou à une machine, comme il en ressort des quatre demandes conclusives qui veulent relancer le débat plutôt que de le conclure (Note conclusive. Quattro domande sull’uomo, 179-182).
a. Quelle est la place de l’homme par rapport au processus évolutif?
De nombreuses interventions présentes dans l’annuaire s’articulent autour de cette question. Luca Grion (Sulle tracce dell’animale simbolico, pp. 23-37), à travers une analyse de vieux et de nouveaux débats sur le naturalisme et l’évolutionnisme, en arrive à préciser un système qui tend à réécrire la dimension de la réalité dans l’élément symbolique. Carlo Cirotto (L’emergenza nella vita, 55-67) reprend le thème de l’émergence, tout en le représentant à partir d’une perspective interne à la biologie. En passant sans transition du moment biologique à la pensée juridique, il est possible de saisir dans l’intervention de Fabio Macioce (Le frontiere giuridiche del riduzionismo, pp. 69-84) certains éléments au sein desquels la pensée juridique traditionnelle entre en discussion avec la situation présente, en créant des frontières. Roberto Presilla (Linguaggio e naturalismo. Il caso di Quine, pp. 101-112) met en lumière la question du réductionnisme dans le cadre du tournant linguistique contemporain, à travers l’analyse de Quine, tandis que Antonio Allegra (Identità personale e crisi del naturalismo. Su un legame problematico, pp. 129-145) présente une histoire succincte du rapport entre la problème du naturalisme et la question de l’identité.
b. L’ouverture à la transcendance dont témoigne le phénomène religieux est-elle réductible à une simple stratégie de l’évolution ?
Du point de vue du rapport entre l’évolution et la religion, le postmoderne produit de nouvelles critiques du phénomène religieux. Andrea Aguti tente de répondre à de telles positions critiques à l’égard du phénomène religieux (La critica naturalistica della religione in Richard Dawkins e Daniel Dennett, pp. 85-99), en élaborant une métacritique de la critique naturalistique de la religion, selon laquelle il est nécessaire de retourner à certaines questions importantes pour l’histoire de la pensée auxquelles fait appel la critique naturalistique de la religion. L’intervention d’Edmund Runggaldier (Anima e speranza nell’immortalità, pp. 163-177) touche implicitement la question de l’évolutionnisme à travers l’approfondissement des questions relatives à l’âme et à l’immortalité qui, de nouveau actuelles dans les dernières décennies en relation aux neurosciences, risquent de rester incompréhensibles si elles ne sont pas placées dans une juste dimension.
c. Quel type de lien structure la relation entre l’homme et la machine ?
La question du rapport entre l’homme et la machine représente une version particulièrement brûlante du réductionnisme, comme en témoigne l’intervention d’Angelo Montanari (Riduzionismo e non intelligenza artificiale, pp. 113-128), aussi bien dans la direction de la réduction de l’esprit à un ordinateur, que dans la direction de la réduction de l’esprit au cerveau.
d. Peut-il y avoir un véritable écologisme sans un nouvel anthropocentrisme ?
Une dernière question reliée au problème du réductionnisme est celle qui est en lien avec les questions écologiques présentées par Alberto Peratoner (Quale antropocentrismo? Ripensare la persona umana in relazione all’ambiente, pp. 39-53) comme symptômes qui indiquent un double mouvement qui va de la personne au milieu et du milieu à la personne.
Pour conclure, les anciens et les nouveaux réductionnismes loin de définir une liquidation de l’humain en révèlent le caractère d’émergence et de différence irréductible.