Éducation et immigration au programme du dialogue catholiques-musulmans aux États-Unis

Neil Sloan  2/09/2009

Aux États-Unis, le Catholic and Muslim Dialogue a récemment choisi d’approfondir deux thèmes de grande actualité : la situation de l’éducation interreligieuse aux États-Unis et les migrations comme expérience partagée aussi bien par Jésus que par Muhammad.

Le Mid-Atlantic Muslim Catholic Dialogue s’est occupé du premier sujet, et s’est réuni en mai dernier à Washington pour rédiger le document commun « Developing a Strategic Plan on Interreligious Education in the United States » (Développer un plan stratégique sur l’éducation interreligieuse aux États-Unis). À cette rencontre ont participé l’Islamic Circle of North America (ICNA) et les représentants catholiques du Comité pour les Affaires œcuméniques et interreligieuses de la United States Conference of Catholic Bishops (USCCB). Ils ont exploré les principes fondamentaux de l’éducation interreligieuse en les articulant dans un document préparé par la Chicago Coalition for Interreligious Learning comme faisant partie d’un programme éducatif d’échanges entre musulmans et chrétiens, organisé dans les années 90 par le Council of Islamic Societies of Greater Chicago et par l’archidiocèse de Chicago.
Wilhelmus (Pim) Valkenberg, de la Loyola University de Baltimore, a comparé les expériences européennes et américaines d’éducation interreligieuse à l’intérieur du système scolaire catholique. Il a relevé trois modèles d’action. Le premier est le modèle mono-religieux, dans lequel une tradition religieuse dominante sert de référence pour décrire les autres religions, dont le but est d’augmenter la conscience religieuse sans affaiblir l’attachement des étudiants à leur foi. Le deuxième est le modèle multi-religieux, dans lequel l’enseignant présente les religions sur le même plan, avec l’objectivité typique d’un cours universitaire d’ « études religieuses ». Le troisième modèle est l’interreligieux, qui considère le pluralisme religieux comme une opportunité pour l’enrichissement réciproque tant en termes de contenus que de socialisation.

L’Imam Ahmed Nezar Kobeisy a proposé une réflexion sociologique sur le profil actuel des écoles musulmanes aux États-Unis. Il a souligné la sensibilité des parents en ce qui concerne le maintien de l’identité islamique dans ces écoles en mettant en évidence que lorsque les éducateurs trouvent des méthodes efficaces, comme les programmes d’échanges, leur travail est apprécié par les familles musulmanes.
L’Imam Kobeisy s’est dit être convaincu que l’enseignement des autres religions s’améliore en présence de personnes d’autres religions. S.E. Denis Madden, Évêque auxiliaire de Baltimore, s’est focalisé sur la nécessité de travailler pour dépasser les incompréhensions sur la manière dont sont enseignées les autres religions et pour réduire l’impact de la violence dans l’image que chacun se fait des autres religions.

Dans les prochains mois, l’enquête de 2009 sur l’éducation interreligieuse sera envoyée à d’autres éducateurs et responsables musulmans et catholiques qui analyseront les données déjà récoltées. Quatre groupes ont été organisés pour travailler à une chronologie historique précise, pour réécrire la déclaration sur les recommandations pédagogiques, pour repérer une liste d’instruments et trouver des modalités d’approche aux matériaux problématiques utilisés actuellement.

Le thème du West Coast Dialogue of Catholics and Muslims, qui s’est tenu en mai dernier à Palos Verdes en Californie, était l’interprétation de l’expérience de la « migration dans la vie de Jésus et de Muhammad » et son application aux défis que les musulmans et les chrétiens doivent affronter aujourd’hui.
Depuis mars 2000, ces rencontres de dialogue ont été placées sous le patronage de la United States Conference of Catholic Bishops (USCCB) et de l’Islamic Shura Council of California, avec la coopération de l’Islamic Society of Orange County (affiliée à l’Islamic Society of North America) et de l’Islamic Education Center of Orange County, de tradition chiite.

Mons. Mikulanis a passé en revue les épisodes dans lesquels on fait référence à la migration dans les récits évangéliques de la vie de Jésus : « la migration a lieu dans les récits de la naissance de Jésus et illustre le climat dangereux et risqué du monde dans lequel le Verbe s’est fait chair. Ensuite, le thème du pèlerinage croise l’itinéraire de la vie et du ministère public de Jésus ».
La discussion s’est concentrée sur la signification théologique de ces déplacements et sur leur comparaison avec les aspects religieux de l’expérience de migration des catholiques aux États-Unis. L’Imam Mostafa Qazwini a traité du thème de la vulnérabilité dans une série d’histoires de l’Islam primitif, à partir de l’émigration en Abyssinie suite à la persécution subie par la communauté à la Mecque : « l’émigration du Prophète Muhammad de la Mecque à Médine,
l’hégire (622 après J.C.) est centrale dans la piété islamique ; l’Islam fait débuter son calendrier à partir de cet évènement, qui signale le début de la première véritable société islamique » a-t-il dit.

Le Père Alexei Smith, responsable de l’œcuménisme pour l’archidiocèse de Los Angeles, a souligné que « la vulnérabilité fait toujours partie de l’expérience des communautés ». « Dans l’histoire des États-Unis, autant les catholiques que les musulmans ont été accusés de déloyauté pour le simple fait d’appartenir à des religions universelles dont le centre se situe en dehors du territoire américain » a-t-il ajouté.

Les participants des deux religions ont montré comment il est indispensable pour eux de contribuer au bien-être, à la sécurité et à la prospérité de la nation dans laquelle ils vivent. Todd Scribner, de l’USCCB Migration and Refugee Services, a parlé de la situation actuelle de réforme de l’immigration aux États-Unis : « Les Évêques sont les partisans d’une approche compréhensive qui permette la régularisation des immigrés clandestins, le regroupement familial sur la base d’un système de visas et la promotion d’un développement économique et civil dans les pays d’origine en vue de la réduction du besoin d’émigrer » a-t-il dit.
Les participants musulmans ont mis en évidence que leurs communautés de Californie du Sud aident un grand nombre de réfugiés irakiens et somaliens. L’Imam Taha Hassane de l’Islamic Center di San Diego a proposé de « nouvelles formes de collaboration entre la Conférence épiscopale catholique des États-Unis et les musulmans qui rendent plus efficace la prise en charge des besoins les plus urgents des immigrés et des réfugiés ».