Aldo Ferrari, Popoli e Chiese dell'Oriente Cristiano

Aldo Ferrari, Popoli e Chiese dell'Oriente Cristiano

Aldo Ferrari (Ed), Popoli e Chiese dell'Oriente Cristiano, Edizioni Lavoro, Roma 2008
 

Grâce à sept essais, tous confiés à des experts de renommée internationale, l'ouvrage dirigé par Aldo Ferrari présente de façon synthétique la réalité multiforme des églises du Proche-Orient chrétien, de la région syro-palestinienne au Caucase, de la Mésopotamie à l'Egypte et à l'Ethiopie. Il s'agit de communautés très riches du point de vue historique, mais petites quant au nombre de fidèles et donc souvent ignorées du grand public, pour lequel l'expression « Orient chrétien » évoque immédiatement Byzance et les splendeurs de la Russie orthodoxe.
Devant suggérer un bon sous-titre et en même temps un résumé correct de l'ouvrage, indubitablement notre préférence irait à Sept clichés sur Chalcédoine, étant donné la centralité que revêt le Concile de 451 pour comprendre la genèse de ces communautés. La controverse christologique débattue à Chalcédoine et qui se terminera de manière définitive seulement en 1994, contenait en réalité des motivations politiques, liées au sentiment national qui était en train de renaître dans différentes parties du Proche et du Moyen-Orient. Comme l'observait déjà Jean Damascène et comme le répéta six siècles plus tard le polygraphe syro-occidental Barhebraeus, « ces disputes des chrétiens entre eux ne concernent rien de substantiel, mais ce sont plutôt des questions de paroles et de termes ».
Les sept clichés sur Chalcédoine reflètent naturellement les points de vue des intéressés, non sans parfois une vision unilatérale, comme l'accusation reportée par Paola Pizzi, d'une « ecclésiologie pyramidale » dont serait porteuse le siège romain ; la discussion historico-théologique dans ce cas bénéficierait grandement d'un approfondissement canoniste, comme celui développé par L. Okulik dans Le chiese sui iuris, Marcianum Press, 2005.
Dans le récit des deux millénaires d'histoire de ces églises, les auteurs ne manquent pas de mettre en lumière le lien étroit entre foi et identité de peuple : en bien, car si le Moyen-Orient est si varié culturellement, c'est dû aussi au rôle de gardiens des traditions que chacune de ces églises exerça jusqu'à maintenant, mais aussi en mal, comme en témoigne les fréquentes scissions, excommunications et même meurtres qui furent perpétrés souvent pour des raisons purement politiques, et dans la majorité des cas en ayant recours à l'acteur principal de la région : le pouvoir politique musulman.
En parlant d'Islam, on pense immédiatement à la complication de la situation actuelle, marquée par l'exode constant des fidèles chrétiens du Moyen-Orient et la croissance de la diaspora. Dans ce cas aussi, l'ouvrage propose des éléments alarmants, mais aussi porteurs d'espérance, en témoignant comment l'histoire du Christianisme dans la région est parcourue de crises et de déchirements mais aussi de renaissances. Une des données les plus intéressantes par exemple, est citée par Mengozzi dans la contribution sur les syriens : à la fin du XVIe siècle, les chrétiens du Moyen-Orient représentaient seulement 7 % de la population et on était très proche de l'islamisation complète du Levant, comme c'était déjà le cas de l'Afrique du Nord. Et pourtant quatre cents ans après, au début du XXe siècle, les chrétiens orientaux représentaient 25 % de la population. La tolérance du régime ottoman, les contacts avec l'Occident, les meilleures conditions sociales et sanitaires, la réforme des églises stimulée par le contact avec les missionnaires catholiques et aussi par quelques conversions, illustres (comme l'émir druze Bashir II au Liban) et moins illustres, avaient contribué à inverser la tendance.
Au moment où parmi les chrétiens orientaux prévalent le pessimisme et la résignation, une meilleure connaissance de l'histoire peut contribuer à affronter avec davantage de confiance les défis qui attendent aujourd'hui tous les habitants du Moyen-Orient sans aucune distinction.