Dès les premiers mois de son pontificat, Jean-Paul II a exprimé sa position envers l'Islam et les musulmans. C'était le 27 avril 1979, quand au cours de l'audience accordée aux membres du Secrétariat pour les non chrétiens, le Saint Père déclara: «Je suis sûr que certains se demanderont si le nouveau Pape apportera autant de soin et d'attention au vaste univers des religions non chrétiennes, que l'avait fait Paul VI. Je me suis efforcé de répondre à cette question dans mon Encyclique Redemptor Hominis. Je souhaite et je désire que la volonté de dialogue en vue du Salut soit plus ferme dans toute l'Église, y compris dans les pays où la majorité est chrétienne. L'éducation au dialogue avec les disciples de religions différentes devrait faire partie de la formation chrétienne, notamment des jeunes» (Osservatore Romano du 29 avril 1979). Aussi n'est-il guère surprenant que Jean-Paul II ait accepté l'invitation de Hassan II, Roi du Maroc, pour parler aux jeunes musulmans, présents par dizaines de milliers à Casablanca, le 19 août 1985; son discours commençait ainsi: «Chrétiens et musulmans, nous avons beaucoup de choses en commun, en tant que croyants et en tant qu'hommes. Nous vivons dans le même monde, marqué de nombreux signes d'espoir, mais aussi de multiples signes d'angoisse. Abraham est pour nous le modèle même de la foi en Dieu, de la soumission à Sa volonté et de la confiance en sa bonté. Nous croyons en un même Dieu, le Dieu unique, le Dieu vivant, le Dieu qui créa les mondes et porta Ses créatures à la perfection».
Si Jean-Paul II a immédiatement fait preuve de clairvoyance par rapport à l'Islam par son discours au Maroc, il a aussi mis en évidence au cours de son voyage en Syrie en 2001 que le Saint-Siège sollicite les catholiques au respect des valeurs religieuses des juifs et des musulmans, en demandant aux croyants des trois religions de promouvoir la justice, qui est la condition essentielle de la paix.
C'est aussi sur la nécessité d'appliquer les résolutions de l'Onu au Moyen-Orient qu'insista le Pape en arrivant à Damas, en mai 2001. Il fut accueilli très chaleureusement par le Président Bashar al Assad, les autorités politiques et religieuses - chrétiennes et musulmanes - et par la population syrienne et il prononça un discours d'une importance exceptionnelle à la Grande Mosquée de Damas.
Je pense qu'il est légitime de lire ce discours en le mettant en parallèle avec la Lettre des Patriarches des Églises du Moyen-Orient (1994) où on peut lire au n. 48: «Nous tous (chrétiens et musulmans), nous nous basons sur un héritage unique de civilisation. Chacun de nous a contribué à son développement selon les caractéristiques qui lui sont propres. La parenté de notre civilisation est notre patrimoine historique. Nous devons le préserver, le développer, le renforcer et le revitaliser afin qu'il soit le fondement de notre coexistence et de notre respect réciproque en tant que frères et sœurs. Les chrétiens du Moyen-Orient partagent de façon inséparable l'identité culturelle des musulmans. Tout comme les musulmans partagent l'identité culturelle des chrétiens. C'est pourquoi nous sommes responsables les uns et les autres devant Dieu et l'histoire».
Dans ses deux discours, Jean-Paul II invite encore les chrétiens et les musulmans à travailler ensemble - et avec tous les autres - pour promouvoir les valeurs religieuses et morales à travers «un dialogue entre religions plus efficace s'il naît de l'expérience de vivre les uns avec les autres, chaque jour, au sein de la même communauté et de la même culture».