Auteur: S. Belardinelli
Titre: Contro la paura. L'occidente, le radici cristiane e la sfida
Editeur: Liberal Edizioni, Roma 2005
Sergio Belardinelli, professeur de sociologie des processus culturels et de sociologie politique à l'Université de Bologne, fait dans ce volume une réflexion sur quelques-uns des problèmes les plus urgents auxquels les sociétés occidentales sont aujourd'hui appelées à se confronter, tels que le rapport entre religions et civilisation, les dynamiques culturelles des processus de globalisation, la pluralité des cultures, les racines religieuses de l'ethos occidental. Les interviews que le Patriarche de Venise Angelo Scola, l'Archevêque de Vienne Christopher Schönborn, l'Archevêque de Hong Kong Joseph Zen et l'Evêque de Tunis Fouad Twal, ont accordées à M. Belardinelli lui-même sont recueillies en appendice. Ces prélats sont à la tête de diocèses particulièrement significatifs soit du point de vue historique, soit du point de vue symbolique.
Le titre synthétise l'attitude qui sert de fil conducteur aux réflexions publiées dans le volume, attitude qui ne se laisse pas séduire par des irénismes faciles, mais qui ne cède pas non plus à un catastrophisme paralysant. Selon les plus pessimistes, l'occident, victime de problèmes internes et de menaces de l'extérieur, serait traversé par une crise irréversible qui le conduirait à un déclin définitif. Pour faire face aux nombreux défis auxquels il est appelé à se confronter et pour vaincre les peurs que le moment actuel peut provoquer, il faut que les racines chrétiennes qui ont donné forme à l'occident ne soient pas considérées comme un héritage encombrant, mais pas non plus comme une pièce archéologique ou un drapeau qui flotte sur une forteresse abattue. Pour Belardinelli seul un retour vital à ce grand patrimoine constitue un antidote valable contre le dépaysement qui semble assiéger la vie de nos sociétés.
Deux chapitres intitulés La religion à l'époque de la mondialisation et L'énigme de l'autre, fournissent une occasion précieuse pour la fondation théorique du concept de rencontre culturelle. Bien que la thèse du choc de civilisations ne soit pas en mesure de décrire les situations de conflit répandues aujourd'hui à l'échelle globale, il faut de toute façon reconnaître qu'un dialogue interculturel pris au sérieux implique nécessairement un certain taux de conflictualité. La rencontre de cultures ne peut pas assumer les traits d'une assimilation ou d'un choc inévitable (absolutisation de la dimension communautaire) mais pas non plus ceux d'une indifférence désabusée (absolutisation de la dimension universaliste).
La désorientation ne produit pas l'ouverture, elle peut produire au contraire la crainte, l'incapacité de comprendre qui est l'autre et préparer le terrain à des fermetures et à l'intolérance. Les thèses selon lesquelles «toutes les cultures sont sur un plan d'équivalence substantielle» sont les faces opposées de la même médaille qui peut se tourner d'un côté ou de l'autre d'une façon plus brusque que ce que l'on pourrait penser. Par nature les hommes portent au-dedans d'eux-mêmes une exigence inextirpable de significations et de certitudes et l'histoire montre comment, même dans les moments de plus grande anomie et apathie cette exigence continue à couver sous la cendre, prête à se rallumer des façons les plus imprévues.
Pour conclure, la thèse fondamentale du volume est que «dans la rencontre avec l'autre nous puissions découvrir non seulement nos limites, mais aussi les trésors qui se cachent dans notre culture auxquels nous avions arrêté de penser ou auxquels nous n'avions même jamais pensé auparavant» (p. 34). Si nous prêtons foi à cette conviction, le présent, tel qu'il apparaît aussi dans les interviews qui terminent le volume, peut être vécu comme un moment où même les plus graves préoccupations pour le destin de l'humanité ne peuvent pas obscurcir l'espoir que l'occident soit capable de redécouvrir son âme la plus profonde, une âme capable de donner un sens à l'existence personnelle et à la relation avec l'autre, nécessité qui, aujourd'hui plus que jamais, peut devenir aussi une vertu.