Andrea Pacini (editor), Chiesa e Islam in Italia. Esperienze e prospettive di dialogo, Paoline, 2008
Sans doute que même l’éditeur de cet ouvrage n’aurait jamais imaginé combien l’apparition côte à côte sur la couverture d’un minaret blanc et des pinacles de la Cathédrale de Milan se serait révélée prophétique. Quelques mois après la sortie de l’ouvrage, la discutable manifestation-prière sur la place de la Cathédrale a en fait catalysé ultérieurement l’attention des médias sur la présence musulmane en Italie, démontrant, si c’était nécessaire, l’actualité du sujet.
Dans les nombreux textes publiés récemment, ce livre tranche pour deux caractéristiques : en premier lieu, les auteurs se sont impliqués depuis de nombreuses années sur le terrain dans le rapport avec les fidèles musulmans. En second lieu, l’intérêt est fixé spécifiquement sur les relations entre l’Eglise catholique et l’Islam.
De manière cohérente avec cette formulation, les principales coordonnées sociologiques de la présence islamique en Italie sont présentées dans une première section, Islam et société. Andrea Pacini établit un cadre synthétique, mais extrêmement clair, des dynamiques évolutives internes à la population de foi musulmane avec une attention particulière aux jeunes générations, tandis que Silvio Ferrari et Chantal Saint-Blancat examinent les rapports avec les autorités constitutives et la société locale. L’analyse de Silvia Scaranari Introvigne sur la communauté islamique de Turin est particulièrement riche d’éléments et de surprises : s’il est vrai que la majorité des mosquées dans le chef-lieu du Piémont est attribuable à l’islam traditionaliste ou politique, seulement 5 % des fidèles, au dire des imams eux-mêmes, fréquentent la mosquée le vendredi, nombre qui s’élève à 12 % durant le mois du Ramadan.
Dans la deuxième partie, l’attention se tourne sur l’Eglise catholique, après un exposé sur la nature, la méthode et les finalités du dialogue interreligieux confié à Miguel Ayuso, directeur de l’Institut Pontifical d’Etudes Arabes et d’Islamologie et Giuliano Zatti, responsable du service diocésain pour les relations chrétiennes-islamiques du diocèse de Padoue, présente avec une grande précision des documents et initiatives de l’Eglise italienne concernant la présence musulmane. Le rapport entre musulmans et les espaces ecclésiaux est développé avec de nombreuses observations concrètes par Augusto Tino Negri, directeur du Centre Peirone de Turin. Quant à Barbara Ghiringhelli, elle offre des données précieuses sur les mariages mixtes dans le diocèse de Milan, puisant dans son expérience au centre médico-social pour les familles interethniques au sein du Centre Ambrosien de documentation pour les Religions.
Des rapports avec les fidèles musulmans considérés individuellement, la perspective s’élargit enfin à la difficile tentative de comprendre le phénomène de l’Islam dans une optique chrétienne. S.E. Mgr. Crociata, actuel secrétaire de la Conférence épiscopale italienne, et par le passé auteur de quelques contributions sur la théologie des religions au sein de la Faculté Théologique de Sicile, avance quelques hypothèses pour un discernement chrétien de l’Islam.
Au fil du livre se dessine une réalité musulmane plutôt variée et en même temps se documente l’expérience mûrie par l’Eglise italienne dans la tentative de répondre, tant sur le plan caritatif et des œuvres qu’au plan culturel, aux requêtes que la nouvelle présence religieuse présente.