Clifford Geertz, Lo sviluppo religioso in Marocco e in Indonesia, Raffaello Cortina, Milano 2008
Après la traduction italienne de 1973 réalisée par Morcelliana, le célèbre livre de Clifford Geertz, fruit d’une série de conférences tenues à Yale et publiées en 1968, est à nouveau publié en italien par les éditions Raffaello Cortina. C’est un fait que ce livre ne peut cacher son âge car durant les quarante années qui séparent cette traduction de l’édition américaine du livre, de nombreuxchangements sont apparus dans l’Islam. Et pourtant, on ne peut pas dire que l’anthropologue américain n’a pas eu l’intuition de la direction dans laquelle les sociétés islamiques allaient évoluer. Surtout, Geertz a eu le mérite, à une époque où les chercheurs en sciences sociales se concentraient presque exclusivement sur les développements économiques et politiques des pays post-coloniaux, d’enquêter sur la façon dont la religion était en train de réagir à l’impact de la modernité. Pour ce faire, Geertz prend en considération deux pays, le Maroc et l’Indonésie, qui, tout en faisant théoriquement partie de la même civilisation islamique, ont développé au cours des siècles deux « styles » religieux profondément différents. D’autre part, l’intérêt de l’anthropologue n’est pas une enquête sur l’Islam en soi, mais davantage une étude de religion comparée, ou plus précisément une tentative « de découvrir pour chaque genre de croyances et de pratiques quels types de foi il soutient et ce dans quelles conditions ». « Ce qui est problématique – continue Geertz – n’est pas de définir la religion, mais de la trouver ». Dans cette perspective, en comparaison avec la modernité coloniale, les personnes n’auraient pas modifié le contenu de leur foi, mais « la façon dont elles y croient ». L’issue de ce procédé consisterait dans la crise engendrée par le divorce entre la foi et sa capacité d’expliquer le réel. Face à une telle fracture, la réponse de l’Islam marocain tout comme celle de l’Islam indonésien se serait exprimée par le scripturalisme, c’est-à-dire par le retour idéologique au passé et aux textes fondateurs considérés comme antidote au labeur de la modernité.
Au-delà de l’évaluation de l’approche de Geertz, le mérite revient à l’éditeur, malgré certains défauts de traduction principalement dans les termes arabes, d’avoir offert au public italien un classique de l’anthropologie qui, après quarante ans, n’a rien perdu de son éclat.