Liban: lorsque de la douleur germe de la solidarité et pas seulement de la vengeance
Le mois de janvier porte en soi le souvenir d'une date terrible: le massacre de Damour de 1976, l'évènement le plus tragique de l'histoire du pays: la petite ville d'environ 25.000 habitants, pour la plupart Chrétiens, à vingt kilomètres au sud de Beyrouth, fut attaquée et dévastée par plus de 10.000 terroristes palestiniens.
Les mots emblématiques de cet anniversaire restent toujours ceux liés au souvenir du curé de l'époque, Mgr. Mansour Labaky. « Je me rappelle une chose qui me fait encore frémir. Une famille entière avait été tuée : la Famille Can'an. Quatre enfants tous morts, ainsi que la mère, le père, et le grand-père. La mère tenait encore un de ses enfants dans les bras. Elle était enceinte. Les yeux des enfants avaient été arrachés et leurs membres amputés. Ils étaient sans jambes et sans bras. Nous les avons emmenés dans une Apecar. Et qui m'aidait à emmener les cadavres ? L'unique survivant, l'oncle des enfants, Samir Can'an. Il emportait avec moi les restes de son frère, de sa belle-sœur, des pauvres enfants et du grand-père. Les nouveau-nés et les enfants moururent de déshydratation. L'attaque commença des montagnes. C'était une apocalypse. Ils arrivèrent par milliers, en hurlant « 'Allahu akbar! Dieu est grand ! Attaquons-les au nom des Arabes, offrons un holocauste à Mahomet.». Et il massacrèrent tous ceux qui se trouvaient sur leur chemin, hommes, femmes et enfants.
Des familles entières furent massacrées dans leurs maisons. De nombreuses femmes furent violées en groupe, quelques-unes ne furent pas tuées. Une femme sauva sa fille adolescente du viol en lui passant sur le visage du bleu à lessive pour la rendre répugnante. Au cours des atrocités, les occupants prirent des photos et les vendirent plus tard aux journaux européens. Certains survivants témoignèrent ce qui s'était passé. Une jeune-fille de seize ans, Soumaya Ghanimeh, raconta l'exécution de son père et de son frère par deux des envahisseurs, et vit sa propre maison, ainsi que celles de ses voisins, saccagée et incendiée. Elle témoigna : «Dix camions étaient garés devant les maisons où ils amassaient les bottins. Je me souviens combien j'étais effrayée par le feu. Je hurlais. Et pendant des mois je ne parvins pas à supporter que quelqu'un allumât une allumette à mes côtés. Je n'en supportais plus l'odeur. »
Pour autant que ces blessures soient toujours ouvertes, depuis lors beaucoup de survivants, en commençant par le curé, ont entendu l'appel de Dieu à partager tout ce qu'ils avaient avec les pauvres, même avec ceux considérés « ennemis », en utilisant la patience et le pardon, malgré l'injustice subie.
Parmi eux également les jeunes de là-bas qui, à tour de rôle se chargent d'assister les familles des plus démunis.
Et c'est ainsi qu' apparaît comment la mémoire de ces évènements tragiques et l'action de charité qui est germée de là, représentent pour le Liban un encouragement, une modalité pour rappeler qu'il est possible de vivre de façon visible la foi chrétienne en tant que citoyens libanais à part entière, en s'engageant à édifier des oeuvres concrètes d'aide pour les uns, grâce au partage du peu que l'on a à disposition.
C'est d'une douleur telle que celle de Damour, que l 'on peut parvenir à apprendre comment travailler ensemble pour redémarrer dans une terre telle que celle libanaise et pour éviter que les Chrétiens, continuant à représenter un groupe essentiel pour l'équilibre national, abandonnent cette terre aujourd'hui instable.