Liberté religieuse, un droit sans frontières , «Oasis» 8 (2008)

Pour la vraie laïcité, il faut de la doctrine

Auteur: Angelo Scola
Titre: La dottrina sociale della Chiesa: risorsa per una società plurale
Éditeur: Vita & Pensiero, Milano 2007

 

 

 

 

De nombreux livres consacrés à la doctrine sociale de l’Église présentent une de ces deux caractéristiques : ou ils se limitent à répéter le magistère, de façon plus ou moins fidèle et à le commenter, sans pour autant parvenir à mettre en lumière adéquatement sa capacité herméneutique envers les problèmes contemporains, ou bien ils assument les problèmes actuels mais relisent le magistère à la lumière d’une pré-compréhension idéologique.

Le premier mérite de cet essai concis et précieux, né à l’occasion de l’inauguration du Centre de l’Athénée pour la Doctrine sociale de l’Église auprès de l’Université du Sacré Cœur de Milan, est celui de ne pas tomber dans ces deux pièges. En effet, dans l’introduction de caractère épistémologique, le cardinal Angelo Scola met en garde le lecteur par rapport à deux dangers : le déductivisme, la prétention d’appliquer de façon extrinsèque des contenus de la foi chrétienne, considérés abstraitement à l’étude de la société et l’absorption de la doctrine aux sciences humaines et sociales. Dans le premier cas, il s’agit de rappeler que « la doctrine sociale naît toujours de l’engagement missionnaire normal des communautés avec la réalité humaine et sociale, ¬elle devient réflexion critique et systématique dans la théologie sociale, qui implique la philosophie et les sciences humaines, et trouve dans les prise de position du Magistère sa garantie » (p. 30). Dans le second cas, il s’agit de rappeler que « le devoir qui revient à la doctrine chrétienne face aux défis de la société contemporaine […] n’est pas celui de l’application, ni celui de l’actualisation, mais celui du développement (au sens newmanien) » (p. 31). La doctrine sociale est appelée sans cesse à approfondir et à montrer les implications anthropologiques, sociales et cosmologiques des mystères de la vie chrétienne.

Partant de ces présupposés épistémologiques, auxquels s’ajoutent ceux, inhérents à l’ontologie sociale, comme la réhabilitation du sens d’appartenance et des liens sociaux et la redécouverte de la nature relationnelle de la personne, l’auteur enquête sur le rôle de l’Église dans la société italienne. Dans ce cas aussi, il faut se garder de deux dangers, la « criptodiaspora », un Christianisme qui se retire de la sphère publique et se réfugie dans la sphère privée, et la « religion civile », un Christianisme qui est réduit à être la béquille de la structure
sociale et politique. Dans les deux cas, on perd quelque chose d’essentiel : la nature missionnaire et de témoignage du Christianisme et son surplus par rapport à n’importe quel ordre social. La politique est appelée à reconnaître le désir impératif, qui habite en chaque homme, de poursuivre un idéal de vie bonne, mais pour ¬cela « la vérité de l’action politique » doit être « directement proportionnelle à la conscience des propres limites » (p. 51).

À l’intérieur du cadre de la nouvelle laïcité (sur ces thèmes l’auteur a aussi publié récemment Una nuova laicità. Temi per una società plurale, Marsilio, Venezia 2007), l’État, tout en ne faisant pas sienne une vision spécifique de la vie bonne, ne peut pas être complètement indifférent au point de vue éthique ; il doit être au service de la personne et faire siennes les valeurs qui servent de fondement à la cohabitation démocratique, comme la liberté civile et politique de la personne et des corps intermédiaires. Les chrétiens sont appelés à démontrer qu’une expérience de foi vécue peut indirectement porter du bénéfice à l’édification d’une société civile libérale et plurielle capable de prendre conscience de sa propre subjectivité sociale.

La présence des chrétiens dans la société ne peut se configurer en termes utopiques, hégémoniques ou de militance idéologique, mais en termes de témoignage. Le contenu du témoignage, comme il est montré dans cet essai qui apporte une bouffée d’air frais dans les études sur la doctrine sociale et sur la laïcité de la sphère publique, est le fait de se communiquer gratuitement et spontanément à partir d’une vie changée par la grâce, qui parvient, dans la distinction minutieuse de domaines, jusqu’au social, au ¬civil et au politique » (p. 58).
 

لاستشهاد بهذه المقالة

Paolo Terenzi, Pour la vraie laïcité, il faut de la doctrine , «Oasis» [أون لين], 8 | Décembre 2008, أون لين من 15 ديسمبر 2008 تمت زيارة الموقع في 08 فبراير 2012.
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