Liberté religieuse, un droit sans frontières , «Oasis» 8 (2008)

Multiculturalisme adieu /1: la raison

Auteur: Pierpaolo Donati
Titre: Oltre il multiculturalismo. La ragione relazionale per un mondo comune
Éditeur: Laterza, Roma-Bari 2008

 

 

 

Les réflexions menées par Pierpaolo Donati dans cet ouvrage mettent en lumière de façon précise les limites du multiculturalisme considéré non comme un fait, mais comme une idéologie politique.

Au plan épistémologique, le multiculturalisme se base sur une forme de déterminisme culturel (selon laquelle chaque connaissance est totalement conditionnée par le contexte culturel et vaut en référence à lui) qui promet la reconnaissance de l’identité mais de fait la rend impossible. Ce présupposé épistémologique (qui d‘ailleurs est largement diffusé dans les sciences humaines et sociales contemporaines) a des implications profondes ¬même au plan éthique et politique. Au plan éthique, on nie la possibilité de donner un ¬jugement moral sur différents modèles culturels présents à l’intérieur d’une société, ce qui a ¬comme résultat que tout ce qui est possible est considéré en soi comme permis.

Dans une analyse d’une connotation assez critique, Donati ne manque pas de montrer aussi la raison originaire du multiculturalisme : l’exigence de chercher de nouvelles voies à la reconnaissance de la dignité commune des personnes, indépendamment de leurs origines ethniques, linguistiques et religieuses. Cette instance s’accorde aussi avec l’universalisme de la dignité humaine, de matrice chrétienne, qui fonde un concept laïc de citoyenneté. Mais sur ce plan aussi, le multiculturalisme montre son ambivalence en promettant une reconnaissance de l’autre qu’il ne peut réaliser. Dans la tradition occidentale sont présentes trois grandes sémantiques de la reconnaissance entendue respectivement comme distinction, acceptation et reconnaissance de/envers une autre identité. Le multiculturalisme s’arrête au premier degré : ego est capable d’identifier alter, mais n’est capable ni de reconnaître si et pourquoi il est porteur d’un contenu de vérité, ni de lui être reconnaissant ; l’altérité est tolérée, respectée, à la limite elle est promue, mais reste essentiellement étrangère. Par contre, « dans les pratiques sociales, nous voyons que reconnaître l’Autre (comme individu, mais aussi comme culture “autre”) est un acte humain si et seulement si – c’est un acte de validation (qui voit la vérité de l’Autre) inscrit dans un circuit  d’échanges symboliques » (p. 34).

Pour dépasser les difficultés auxquelles le multiculturalisme a conduit il faut repenser la reconnaissance à la lumière d’une théorie de la rationalité renouvelée et de la réflexivité humaine ; seulement de cette manière il est possible d’éviter tant l’exclusivisme inhérent à la conception qu’il existe une seule Culture et non différentes cultures, que l’inclusivisme, selon lequel toutes les cultures sont indifféremment sur le même plan. Pour atteindre ce résultat, il ne faut pas renoncer à la rationalité ou l’hybrider avec des éléments irrationnels ; par  contre, il est nécessaire de développer une raison réflexive distincte et complémentaire à la raison technico-scientifique typique de la modernité. Donati décrit la raison humaine comme une faculté complexe constituée de la rationalité instrumentale, de la rationalité liée à la valeur, de la rationalité des relations, de la rationalité de la valeur comme bien en soi (rationalité axiologique). C’est seulement en dépassant les conceptions de rationalité, instrumentales et muettes sur les finalités, prévalant dans la modernité, et sans se laisser aller à l’irrationalité post-moderne, qu’il semble possible de trouver les coordonnées d’un espace capable de sauver les différences tout en reconnaissant dans les autres une commune humanité.

La tension qui existe toujours entre le moi et l’autre, tant au niveau micro-social qu’au niveau macro-social, ne peut être dépassée en excluant un des deux termes ; elle doit plutôt être reconnue et relancée dans la conscience que le moi ne  s’affirme pas dans son identité ni de façon tautologique, comme le prétend un certain fondamentalisme, ni en se niant soi-même, comme un certain post-modernisme l’affirme, mais dans la relation avec ce qui est autre que soi, une relation qui ne sera  jamais complètement transparente ou pacifiée, mais qui reste une voie indispensable.

Donati  montre bien dans ce livre que rendre la raison rela¬tionnelle est le chemin à suivre pour imaginer un nouvel ordre de la société capable d’affronter les défis des procédés de globalisation.
 

لاستشهاد بهذه المقالة

Paolo Terenzi, Multiculturalisme adieu /1: la raison , «Oasis» [أون لين], 8 | Décembre 2008, أون لين من 15 ديسمبر 2008 تمت زيارة الموقع في 09 فبراير 2012.
URL: http://www.oasiscenter.eu/node/3952