2009: Le dramatique bilan pour les chrétiens du Pakistan

Francis-Mehboob Sada  19/01/2010

L’intolérance religieuse a atteint son sommet en 2009, une année plutôt tumultueuse au cours de laquelle le milieu politique, social et naturel du Pakistan a touché son point le plus bas. 2009 fut particulièrement dévastateur pour les chrétiens qui ont risqué le nettoyage ethnique de la part de fanatiques religieux. Un après l’autre, différents assauts ont été portés sur diverses victimes en suivant cependant toujours le même schéma et en alléguant les mêmes prétextes. Voici une brève liste d’atrocités commises au nom de la religion :

30 juin 2009, Bahmniwala, Kasur : plus de 110 familles chrétiennes, accusées de blasphème, ont été obligées de fuir de leur maison par peur d’attaques de la part de musulmans des villages voisins. Apparemment, la tension a commencé par une escarmouche entre jeunes chrétiens et musulmans qui a ensuite dégénéré en violence religieuse.

30 juillet 2009, Korian, Gojra : durant un mariage, environ quarante familles chrétiennes et leurs propriétés, accusées de violation des lois sur le blasphème, ont été attaquées par quelques incendiaires.

1 août 2009, Gojra : une foule furieuse a donné l’assaut à la zone résidentielle et a utilisé de puissants agents chimiques pour mettre le feu à des maisons et des personnes chrétiennes. Neuf femmes et enfants, dans l’impossibilité de s’enfuir ou de se cacher, ont été brûlés vifs au cours de cet épisode atroce. Une organisation militante déjà interdite par le gouvernement a été considérée comme responsable de ce crime barbare. Cependant, les preuves circonstancielles ont mis au jour le rôle joué par l’administration locale.

15 septembre 2009, Jethike, Sialkot : le corps d’un garçon chrétien, Robert Fanish Masih, a été retrouvé pendu d’une façon absurde dans une prison. Selon les officiers de police, il s’agirait d’un suicide. Le garçon avait été arrêté quelques jours auparavant avec l’accusation de blasphème. Des signes évidents de torture et de nombreuses blessures ont démenti la version officielle. Cependant, l’incident a été étouffé.

Malgré l’abus répété des lois sur le blasphème, le leader du parti populaire islamique a déclaré lors d’une confrontation publique que ces lois seraient défendues à tout prix et que même en absence d’une telle loi, les musulmans auraient lynché publiquement les accusés pour blasphème. Ce genre de déclarations de la part de leaders populaires et respectés ne fait qu’exprimer la mentalité collective de la société.

Dans des temps comme ceux-ci, au cours desquels les chrétiens affrontent tant d’insécurité et d’incertitudes au Pakistan, le temps de l’Avent et celui de Noël ont été particulièrement difficiles pour toute la population chrétienne du pays. Au lieu de célébrer la naissance du Prince de la paix avec ferveur et enthousiasme, les chrétiens en sont venus à se demander comment est-il possible de fêter et de se réjouir alors que leurs frères et sœurs traversent autant de souffrances et de confusion. Et il ne semble pas qu’on puisse apposer la parole fin aux persécutions des chrétiens. Nous nous trouvons dans la situation classique où chacun semble attendre son tour. La mangeoire, signe d’inclusion et d’humilité, n’a pas été accessible à tous à cause de la présence de nombreux contingents de policiers appelés pour assurer la sécurité aux alentours des églises. Dans de nombreux endroits, la messe de la vigile a été annulée à cause des menaces persistantes contre les lieux de culte. Noël a été observé sobrement non pas parce que les chrétiens pakistanais ne se sentent plus liés à cette grande fête religieuse, mais à cause des circonstances douloureuses que traverse le pays et particulièrement celles de nombre de leurs frères.
Durant la vigile, les chrétiens, qu’ils soient au Gojra, au Kasur, au Sindh, au Balouchistan ou à l’étranger, ont prié intensément pour commémorer ces martyrs dont l’unique faute est celle d’avoir été appelés par le Christ et de croire en Lui, en se confiant particulièrement à la protection des Anges gardiens, surtout en ce moment d’adversité et d’affliction.