Un dialogue entre les religions qui clarifie que l'objectif poursuivi ne peut être seulement une recherche de consensus stratégique et générique, mais qui tende à l'objectif bien plus significatif de « découvrir la vérité ». Et un dialogue entre les Nations qui aille outre la reconnaissance des droits universels, et tienne à l'esprit que c'est la valeur même de la personnes humaine, « sujet de ces droits », qui est universelle.
Ce sont deux messages parmi les plus importants que Benoît XVI, au cours de son voyage aux USA (15-20 avril), a voulu mettre en œuvre dans les étapes les plus significatives de sa visite. Le thème du rapport interreligieux a émergé au cours d'une rencontre avec les représentants de différentes religions au John Paul II Cultural Center de Washington, mais aussi lors de la visite du Pape à la synagogue de Manhattan et dans un moment de prière avec les exposants du monde protestant dans une église de New York. Par contre, pour aborder le sujet des droits humains et la façon dont la communauté internationale peut les protéger, Benoît XVI a choisi la scène planétaire par excellence : l'Assemblée Générale de l'ONU.
Partout où il est allé parler des thèmes plus "chauds" du débat global, le Pape a pratiquement exhorté les leaders religieux et les représentants des Nations à ne pas chercher de raccourcis faciles qui ne tiendraient pas compte de l'unité de la personne humaine, du cœur de l'homme et de son désir de chercher la vérité. A l'ONU, il a rappelé que l'Etat existe pour la personne et non le contraire, et que le même critère vaut pour définir les devoirs des institutions internationales, leurs lois et conventions. Aux exposants des autres religions, il a demandé de ne pas s'arrêter à rechercher uniquement une paix générique et de ne pas avoir peur de « discuter de nos divergences avec calme et clarté ». La clé du dialogue pour Benoît XVI, est « d'écouter la voix de la vérité ». A la fin, le dialogue requiert « une exposition claire de nos préceptes » sans peurs ni compromis, parce que ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous sépare : la volonté commune de mettre l'homme face au mystère de l'existence et aux questions que cela suscite.
La défense de la liberté religieuse a été une préoccupation constante à laquelle le Pape a rappelé les américains - à commencer par le président George W. Bush, avec lequel une syntonie évidente est apparue concernant ce thème - , les représentants des Nations à l'ONU et les leaders religieux rencontrés à Washington et à New York. « La tâche de protéger la liberté de religion - a-t-il affirmé dans le centre culturel dédié à son prédécesseur - n'est jamais achevée. De nouvelles situations et de nouveaux défis invitent les citoyens et les dirigeants à réfléchir sur la manière dont leurs décisions respectent ce droit humain fondamental. Protéger la liberté religieuse par les règles juridiques ne constitue pas une garantie que des formes injustes de discrimination et de préjugés épargneront les peuples - en particulier les minorités. Cela exige un effort constant de la part de tous les membres de la société, à assurer que les citoyens ont la possibilité de pratiquer leur culte en paix et de transmettre leur patrimoine religieux à leurs enfants ».
L'Amérique a offert au Pape un exemple à suivre en ce sens. Les idéaux sur lesquels se base la démocratie américaine ont été à plusieurs reprises loués par Benoît XVI durant son voyage, même en mettant en garde à propos des risques que les Etats-Unis courent au plan de l'individualisme ou du matérialisme qui écrase les plus faibles. L'Amérique, a souligné le Pape, « a une longue histoire de collaboration entre les différentes religions, dans de nombreux domaines de la vie publique » et les Américains jouissent depuis toujours de la « possibilité de pratiquer leur culte librement et en accord avec leur conscience ». Comme il l'avait fait souvent dans ses livres lorsqu'il était encore le cardinal Ratzinger, cette fois-ci aussi, le Pape a eu recours à des citations d'Alexis de Tocqueville pour analyser l'expérience américaine, en rappelant combien l'historien français était fasciné par le fait que l'Amérique est un pays « où la religion et la liberté sont "étroitement liées" pour contribuer à une démocratie stable qui favorise les vertus sociales et la participation à la vie communautaire de tous ses citoyens ».
Concernant la liberté religieuse, particulièrement significatif - et délicat - fut le rappel que le Pape a lancé aux Nations Unies. Les observateurs et analystes étaient prêts à interpréter ses paroles dans un sens politique, dans une direction ou l'autre. Et en effet, certains ont voulu voir dans le discours du Pape des allusions à la Chine, à la Russie ou aux pays musulmans. « Les droits de l'homme - a-t-il dit - doivent évidemment inclure le droit à la liberté religieuse, comprise comme l'expression d'une dimension à la fois individuelle et communautaire, perspective qui fait ressortir l'unité de la personne tout en distinguant clairement entre la dimension du citoyen et celle du croyant. Il est inconcevable pour le Pape, que des croyants « doivent se priver d'une partie d'eux-mêmes - de leur foi - afin d'être des citoyens actifs : il ne devrait jamais être nécessaire de nier Dieu pour jouir de ses droits ».
Mais Benoît XVI n'est pas allé à l'ONU pour promouvoir ou rejeter qui que ce soit. Son intention était de rappeler au monde, en s'inspirant du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, la nécessité de « mettre la personne humaine au centre des institutions, des lois et de l'action des sociétés, et de la considérer comme essentielle pour le monde de la culture, de la religion et de la science ». Si l'on oublie que la personne est le « point central du dessein créateur de Dieu pour le monde et pour l'histoire », alors c'est une légalité générique qui vaincra qui revient à faire prévaloir le pouvoir de l'Etat ou des institutions internationales sur le bien des individus au service desquels ils devraient agir.
La provocation sans aucun doute la plus grande que Benoît XVI a laissée aux diplomates de l'ONU, qui l'ont écouté avec grande attention dans la salle comble de l'Assemblée générale, est celle de reconnaître que les droits humains qui remplissent des pages de résolution et des heures de débat dans le Palais de Verre, « trouvent leur fondement dans la loi naturelle inscrite au cœur de l'homme et présente dans les diverses cultures et civilisations». Et c'est cela que les gouvernements et la diplomatie planétaire devraient toujours garder à l'esprit et chercher à approfondir. Parce que détacher les droits humains de ce contexte, comme malheureusement très souvent il advient à l'intérieur des Etats et sur la scène internationale, « signifierait restreindre leur portée et céder à une conception relativiste, pour laquelle le sens et l'interprétation des droits pourraient varier et leur universalité pourrait être niée au nom des différentes conceptions culturelles, politiques, sociales et même religieuses ».