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Les catholiques de Chypre et la visite du Pape : les attentes et les espérances d’une minorité créative

Umberto Barato ofm  31/05/2010

La visite du Pape à Chypre revêt une signification particulière pour tous les catholiques chypriotes. Les catholiques locaux sont maronites (environ 6500) et latins (environ 2000), mais si nous prenons en compte les immigrés, le nombre des catholiques est plutôt élevé par rapport à la population d’une île comme Chypre (environ 700 mille habitants). Selon le ministère de l’Intérieur, les immigrés légaux sont environ 30 mille sur l’île, mais les clandestins sont probablement autant. Beaucoup de ces immigrés sont catholiques : la majorité est originaire des Philippines, beaucoup du Sri Lanka, tandis que certains proviennent aussi du Kerala et du Karnataka (Inde). À côté de ces nombreuses communautés, ils sont plusieurs à venir du Nigeria, du Cameroun et d’autres pays d’Afrique, en plus d’un petit nombre de personnes venant d’autres pays d’Asie.

Je dirais que ce sont surtout les immigrés catholiques qui sont impatients de voir le Pape et de participer aux différentes cérémonies prévues dans le programme. C’est une occasion unique pour eux ! Habituellement, les immigrés catholiques appartiennent à l’Église latine, dont l’Évêque est le Patriarche de Jérusalem, Sa Béatitude Fouad Twal.

Durant la préparation, de nombreux prêtres ont parlé de l’importance spirituelle de la visite : ce n’est ni un événement social, ni une affaire politique. Ce sera une rencontre spirituelle entre un père qui est aussi le maître et le guide de ses enfants. Nous voulons que les effets de la visite demeurent dans toutes nos paroisses et parmi tous les fidèles pour renforcer notre foi en l’Église du Christ et notre fidélité à son Vicaire.
 

Trois ou quatre Évêques orthodoxes se sont exprimés contre cette visite. L’un d’eux est même allé jusqu’à déclarer que le Pape est hérétique et qu’il n’est pas un Évêque, étant donné que l’Église latine « s’est séparée de la vraie Église ». En plus de ceux-ci, il y en a d’autres qui accusent le Pape d’être resté silencieux à propos des scandales de certains prêtres. Pour cette raison, une association locale a demandé au Procureur général de la République d’arrêter le Pape dès qu’il aura atterri à Chypre. Les accusations et la manière dont elles ont été formulées ne méritent aucune réponse, vu qu’elles sont fondées sur des préjugés et aucune preuve ne réussira jamais à faire changer d’avis ceux qui s’inspirent de ces préjugés.
 

L’Archevêque de Chypre et le chef de l’Église orthodoxe, Chrysostomos II, a déclaré que tous les Évêques orthodoxes doivent accepter le Pape et doivent assister à sa réception, étant donné que le Synode orthodoxe a approuvé cette visite. De plus, il a menacé ceux qui refuseront d’être présents de les suspendre de la participation à la réunion du Synode orthodoxe pendant un an.

À Chypre, généralement, les relations entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe sont bonnes. J’irai même jusqu’à dire que Chypre est le seul pays à majorité orthodoxe où l’Église catholique est acceptée, reconnue et appréciée, et ce de la part de l’Église orthodoxe et de l’État. Bien entendu, dans la vie des paroisses, il y a quelques difficultés pratiques, surtout en ce qui concerne les sacrements. Mon opinion personnelle est que de nombreux orthodoxes, même parmi le clergé, ignorent ce qu’est l’Église catholique. Une telle « ignorance » se nourrit de préjugés et de désinformations concernant l’histoire et les causes de la division entre les deux Églises transmises par les institutions éducatives. Mais il semble que actuellement ils essaient de corriger cette tendance par une approche plus objective.

Les incompréhensions sont fréquentes, principalement de la part des médias, qui considèrent l’Église catholique uniquement comme une organisation humaine et affirment leur opposition lorsqu’elle expose sa doctrine à propos de l’avortement, du mariage homosexuel, des rapports prématrimoniaux, des préservatifs, etc...

Quant à la situation de Chypre, par le passé, l’Église a toujours fait référence aux décisions des Nations Unies et a toujours souhaité voir les divisions se résoudre par une solution juste et avantageuse pour les deux parties. Je crois que la visite ne mettra pas en danger les négociations, au contraire, elle donnera un nouvel élan aux personnes qui sont impliquées et les encouragera à poursuivre. De fait, l’objectif principal de la visite du Pape a une dimension absolument pastorale : notre Saint Père vient nous rencontrer, nous, ses fils et ses filles, et visiter l’Église catholique de Chypre pour l’encourager et la consoler.

L’aspect politique de la visite est secondaire ; celui œcuménique pourrait être important, en vue de renforcer les relations entre les deux Églises. Mais rien de plus que cela.
En outre, Sa Sainteté vient pour rencontrer les Patriarches, les Archevêques et les Évêques du Moyen Orient pour leur remettre l’Instrumentum Laboris sur lequel se basera le Synode pour le Moyen Orient qui se tiendra à Rome du 10 au 24 octobre 2010.