An Deux mille

Francesco Follo  6/06/2008

Monsieur le Sous Directeur Général,
Eminence, Excellences,
Mesdames, Messieurs,

Je suis heureux d'adresser nos salutations en votre nom à tous, et avant de donner la parole à Madame Muriel de Pierrebourg qui est venue nous saluer si aimablement au nom de l'UNESCO, je pense qu'il est opportun de présenter d'une façon synthétique les raisons et les objectifs de ce colloque.

L'histoire (est-il besoin de le rappeler), c'est la parole du passé, mais c'est aussi la parole du futur. En effet la parole raconte le passé pour qu'il demeure dans la mémoire, mais en outre, elle anticipe le futur, elle en est la « prophétie ». Nous écoutons le récit du passé pour comprendre notre présent et pour projeter notre futur. L'histoire, dans notre désir, voudrait être comme le regard de Dieu, qui embrasse tout ensemble le passé et l'avenir, le tout rassemblé dans une vision « présente ». Nous voulons savoir qui nous sommes et surtout ce que nous serons, en regardant ce que nous avons été.
Ainsi, à mon sens, en cette célébration du 50ème anniversaire de la présence du St Siège à l'Unesco, il faut tenir présents trois aspects de la vie et de l'histoire.
Avant tout la mémoire du passé, c'est-à-dire le souvenir de l'héritage de ces 50 années dans le sillon de 2000 ans de christianisme, comme aussi des millénaires qui ont précédé.
En second lieu, le défi du présent, c'est-à-dire les exigences imposées dans le moment actuel par les forces qui avancent à l'horizon et mettent en crise d'une part la survie et d'autre part le rôle de la religion dans le monde contemporain.
Enfin le projet de l'avenir, appuyé sur l'espérance, qui nous fasse trouver les lignes directrices où puissent converger les itinéraires de l'humanité et du christianisme.

L'Eglise catholique et avec elle toutes les autres Eglises, chrétiennes ou non, sont gardiennes de mémoires, mais dans l'Eglise catholique d'une manière particulière, pour ne pas dire unique, la mémoire n'est pas seulement souvenir du passé, mais aussi et surtout présence d'un « Vivant ».
Le centre de la vie de l' Eglise catholique est l'Eucharistie, mémorial de la mort et de la résurrection de Notre Seigneur Jésus Christ », mémoire d'une présence réelle qui est vie pour hier, aujourd'hui et demain.
C'est pour que puisse se conserver cette « mémoire vivante » qui est « mémoire d'un vivant » que l'Eglise assume l'héritage de ces millénaires où viennent s'insérer les 50 années que nous célébrons aujourd'hui. En ces 50 années, le second millénaire non seulement a élargi les horizons physiques de notre habitat, mais surtout a élargi les horizons de la liberté et du droit.

Plus que les grandes explorations et plus que les conquêtes mêmes de la science et de la technique, me semblent importantes pour la compréhension du millénaire qui s'achève à peine, les conquêtes de la liberté. De la Magna Carta de 1215 jusqu'aux chartes et traités internationaux les plus récents, il y a un chemin pénible, douloureux, mais aussi glorieux, vers des espaces plus vastes de liberté. Que souvent il se soit agi de déclarations trahies au moins partiellement dans la pratique, c'est vrai sans doute ; mais il demeure un fait : la liberté s'est imposée désormais comme un idéal définitivement acquis, à tel point que les grands et terribles totalitarismes du XXème siècle ont éprouvé le besoin de se présenter au nom de nouvelles formes de liberté.

Le second millénaire a été aussi l'époque de la proclamation des droits. C'est de cet esprit de liberté que se sont inspirées les nouvelles générations et c'est cet esprit de liberté qui a contribué d'une manière déterminante, à la crise des tyrannies qui paraissent inébranlables.
S'adressant aux représentants du Corps Diplomatique au début de 1990, Jean-Paul II faisait en ces termes la synthèse du facteur « liberté » dans les événements de l'Europe et du monde :
« La soif …….de liberté qui s'est manifestée a accéléré les évolutions, a fait s'écrouler les murs et s'ouvrir les portes : tout a assumé le rythme d'un véritable bouleversement. Comme vous l'aurez certainement remarqué, le point de départ ou le point de rencontre a souvent été une Eglise. Peu à peu, les cierges se sont allumés pour former un véritable chemin de lumière, comme pour dire à ceux qui ont prétendu limiter à cette terre les horizons de l'homme, qu'il ne peut demeurer indéfiniment enchaîné. Il semble renaître sous nos yeux une « Europe de l'esprit », sur la ligne des valeurs et des symboles qui l'ont façonnée, de cette tradition chrétienne qui unit tous les peuples.
D'où faut-il donc partir pour cette tâche ? Le Saint Père Jean-Paul II répond : « De l'homme », l'homme réel, concret, historique, en fournissant ce « supplément d'âme » dont parlait ce grand penseur Bergson dans les deux sources de la morale et de la religion. Le supplément d'âme, pourrions-nous ajouter en commentant le texte de Bergson, devra consister surtout dans le sens de la solidarité, ou mieux encore de charité, au sens évangélique du terme, que ne peut mesurer aucune technique, mais dont toute technique a besoin. Ou pour employer les paroles mêmes du Saint Père Jean-Paul II : « La cause de l'homme sera servie si la science s'associe à la conscience. L'homme de science aidera vraiment l'humanité s'il garde le sens de la transcendance de l'homme sur le monde et de la transcendance de Dieu sur l'homme ».

L'Eglise catholique offre sa contribution à l'édification de cette civilisation de la vérité, de l'amour et de la liberté que désirent tous les hommes, en proposant la vérité et l'amour du Christ, le Vivant, dont la vérité unit l'homme à la vie, en le rendant libre et en contribuant à construire la paix aussi par la proclamation, par l'exigence du respect de tous les droits de l'homme.