Durant les mois de juin, juillet et août de cette année, le Mouvement de Dialogue Silsilah a invité des jeunes musulmans et chrétiens à rêver ensemble de la paix future à Mindanao au cours de rencontres organisées à Jolo, Basilan et Zamboanga, un des triangles chauds du conflit qui règne à Mindanao. Les trois grandes rencontres se sont conclues à Zamboanga avec un congrès auquel ont participé 120 délégués des trois régions.
Les rencontres étaient de véritables colloques durant lesquels les jeunes ont exprimé leur voix de manière très passionnée et déterminée. Parmi les invités, certains leaders locaux ont écouté les déclarations des jeunes comme « un engagement urgent de notre époque ».
Le symposium de Jolo s'est déroulé auprès du Bishop Ben's Hall le 29 juin. Jolo est une terre de conflits. Attaques entre militaires et rebelles, enlèvements de personnes et autres formes de violence sont à l'ordre du jour. De plus, Jolo est un des bastions du groupe Abu Sayyaf, considéré comme un groupe terroriste et lié à d'autres organisations terroristes internationales comme Al Qaida. La population est à majorité musulmane (98 %) avec une petite minorité chrétienne. A Jolo, Silsilah a une présence active à travers le forum Silsilah et un centre ouvert à tous tout en consacrant une attention spéciale aux jeunes.
Dans le message adressé aux jeunes à l'occasion du colloque, le représentant du maire de Jolo a mis en évidence l'importante voix des jeunes. Après avoir écouté leurs propos et lut sa déclaration, il a conclu en disant : « Votre activité d'aujourd'hui doit être encouragée. Vous avez un rôle important pour la paix. En effet, la paix ne s' obtient jamais par la force. On ne peut l'atteindre uniquement qu'à travers une entente réciproque ».
Basilan aussi a accueilli un symposium organisé par Silsilah le 13 juillet. Basilan est une terre riche en ressources naturelles et avec des plages merveilleuses. La population est formée d'une majorité musulmane (60 %) et d'une minorité chrétienne (40 %). Ici aussi, il y a des tensions, le conflit prend différentes formes et des groupes rebelles et un groupe d'Abu Sayyaf sont présents. A Basian, la situation est étrange : récemment, un groupe a exercé des pressions sur les chrétiens en les obligeant à devenir musulmans et en exigeant une taxe de ceux qui ne se convertissent pas à l'Islam. Nous savons que nous sommes en présence d'une guerre psychologique qui a pour objectif de terroriser les chrétiens et qui engendre beaucoup de peurs et de divisions. L'évêque catholique de Basilan a reçu lui aussi une lettre de menaces semblable. Malgré tout cela, il y a beaucoup de bonnes personnes parmi les chrétiens et les musulmans à Basilan. Dans ce contexte, la voix des jeunes au symposium organisé par Silsilah a été ressentie comme un signe d'espérance pour la paix.
Durant le symposium de Basilan, Fatima Pir T. Allan, femme musulmane très estimée et co-directrice du centre de moyens de communications sociales pour le dialogue et la paix de Silsilah a dit en s'adressant aux jeunes, plus spécialement aux jeunes musulmans : « Nos leaders religieux nous invitent au dialogue. La lettre des 138 leaders musulmans de différentes nations nous encourage à promouvoir le dialogue interreligieux. N'ayez pas peur ! ».
A Zamboanga, le symposium s'est déroulé le 2 août au centre Silsilah. La population de Zamboanga dépasse les sept cent mille habitants dont 60 % sont catholiques, 35 % musulmans et 5 % qui se répartissent entre protestants, bouddhistes et d'autres groupes ethniques. Dans les groupes d'étude, les jeunes ont exprimé beaucoup de « rêves et d'aspirations », en particulier ils ont affirmé à nouveau leur engagement de transformer la culture d'apathie qui envahit la société et de nombreux jeunes en s'engageant à former une présence plus active dans la société pour faire entendre leur voix. Il a été mis en évidence le rôle des moyens de communications sociales qui souvent fomentent la division et le conflit au lieu de promouvoir le dialogue et la paix. Les jeunes, musulmans et chrétiens, ont renouvelé leur engagement à travailler ensemble pour la paix en proposant des moyens concrets pour atteindre cet objectif.
La grande rencontre du congrès avec les représentants de Jolo, Basilan et Zamboanga fut vécue de manière intense par les participants à l'Harmony Village, le siège central de Silsilah à Zamboanga City. Ce fut un grand « summit » d'espérance et d'amitié au cours duquel les jeunes ont aussi évalué la situation délicate de Mindanao suite à l'échec du traité de paix entre le gouvernement et un groupe de rebelles (MILF) et d'autres épisodes de violence des dernières semaines qui ont de nouveau redonné vigueur à de vieux préjugés et qui en ont suscité de nouveaux entre chrétiens et musulmans.
Le Summit s'est conclu par une déclaration qui met en évidence l'importance de continuer à promouvoir la culture de dialogue comme voie qui mène à la paix. Au cours cette déclaration les participants se sont engagés et ont promis :
1 - de consolider leur relation avec Dieu ;
2 - de devenir des modèles de dialogue et d'être des exemples pour les autres jeunes, en portant le message de dialogue et de paix dans leurs familles et dans la société ;
3 - d'être engagés activement dans le dialogue interreligieux en portant ce dialogue dans la communauté et la région où ils vivent.
Il n'est pas simple de parler de dialogue et de paix dans la situation qui est la nôtre à Mindanao et où de nombreux civils se préparent au pire en achetant des armes pour se défendre. De nombreuses personnes se laissent encore guider par le vieux concept de paix qui est celui de se préparer à la guerre pour maintenir la paix. Les jeunes ont compris que la vraie guerre qu'ils doivent affronter est celle de l'amitié et du dialogue. Ce ne sera pas facile pour eux de continuer à croire au dialogue et à la paix promus par Silsilah quand ils rentreront chez eux car souvent dans leurs familles on tient d'autres discours. Mais ils sont disposés à progresser en rêvant d'une paix future dans laquelle ils auront une part importante même s'ils devront avancer à contre-courant.
Silsilah s'engage à être à leurs côtés et à continuer à répandre un message de paix construit sur l'amour, la justice, la solidarité et l'harmonie. C'est là un de nos défis. Rester le plus proche possible des jeunes, non seulement maintenant qu'on respire un air de guerre à Mindanao, mais pour toujours parce que selon nous le dialogue est un chemin spirituel qui part de Dieu et doit conduire à Dieu à travers les différentes phases de notre vie et de la société dans laquelle nous vivons.