close_menu
close-popup
image-popup

Langues disponibles:
close-popup
Paypal
Carta di credito
souscrire
Islam

Algérie, une succession déjà en cours

Mystère sur la santé du président Bouteflika, luttes au sommet dans l’armée et dans les services. La classe politique exige une réponse à la question: qui est à la tête du pays?

Le secret qui entoure la santé du président, des luttes médiatiques entre les ex-dirigeants de l’armée, le mystère sur qui en réalité exerce le pouvoir de décision dans le pays: la stabilité de l’Algérie, l’une des rares nations arabes à avoir traversé indemne la saison des révoltes de 2011, devient toujours plus importante dans un contexte régional d’incertitudes et de tensions. Les doutes et les interrogations sur les destins de l’Algérie se multiplient depuis avril 2013, alors qu’une légère ischémie dut contraindre le président Abdelaziz Bouteflika à une longue hospitalisation entourée du secret d’état: décidé quelques mois auparavant à faire un pas en arrière pour laisser la place aux “nouvelles générations”, le président avait au contraire par la suite annoncé sa candidature, parvenant, après une campagne électorale menée par procuration, à se faire réélire pour la quatrième fois.

 

 

Le lien énergétique

 

L’intérêt de l’Italie à ce que règne la stabilité dans la plus grande nation africaine dépend sans aucun doute, et avant tout, des liens traditionnels entre les deux pays dans le domaine de l’énergie. L’Algérie est, de fait, avec la Russie, la principale source de gaz pour notre pays. Ce n’est pas seulement à l’intérieur, donc, mais aussi hors de l’Algérie que l’on assiste avec appréhension à la précarité et à l’incertitude qui entourent la figure du chef de l’état. Absent des activités institutionnelles et plus généralement de la scène publique, Bouteflika n’apparaît sur les écrans de télévision qu’à l’occasion de rares colloques (avec une voix à peine audible) avec des présidents ou dirigeants gouvernementaux étrangers.

 

 

Début novembre, dix neuf personnalités du monde politique et militaire très connues en Algérie ont avancé une requête singulière de rendez-vous. Leur objectif est d’informer le président de la gravité de la situation économique et sociale que traverse le pays, qui dépend quasi totalement du prix du pétrole, aujourd’hui à son cours historiquement le plus bas. Il ne s’agit pas d’opposants, comme on pourrait le penser, mais de personnes qui connaissent de près Bouteflika, et qui se disent convaincues qu’il y a des pouvoirs occultes, des “courtisans” qui font barrage autour de lui, le manoeuvrant et faisant des manoeuvres sans qu’il s’en rende compte. Ce groupe des 19 (dont quatre se sont déjà retirés à la suite, soutiennent les autres, de lourdes pressions) a à sa tête Louisa Hanoune –leader du Parti des Travailleurs, candidate à plusieurs reprises à la présidence mais qui soutient également Bouteflika qui l’a toujours appréciée et écoutée. Parmi les membres du groupe figurent Zohra Difr Bitat, protagoniste célèbre de la guerre d’indépendance et aujourd’hui sénatrice, Khalida Toumi, ex-ministre de la Culture, Lakhdar Bouregaa, autre figure-phare de l’Algérie, ex-commandant de l’Armée de libération nationale.

 

 

 

Les “purges” au sommet de l’armée

 

Dans sa lettre, le groupe mentionne le danger d’une perte de la souveraineté – la “sacro-sainte” souveraineté nationale conquise par le sang versé et défendue farouchement envers et contre tout et tous -, danger qui se réfère à l’approbation imminente du plan de finances 2016. L’une des propositions de ce document en cours de préparation ôte à l’état le droit de préemption, c’est-à-dire la possibilité de se réapproprier une concession accordée précédemment à un investisseur étranger en cas d’interruption du projet (“le Bouteflika que je connais ne pourrait jamais approuver une chose de ce genre” déclare Zohra Difr Bitat). La loi de finances est un thème qui suscite de fortes tensions au cours de ces semaines en Algérie: elle pourrait porter à l’augmentation des prix de denrées de première nécessité, maintenus à un bas niveau par le gouvernement depuis 2011 pour préserver la paix et l’équilibre social.

 

Une autre récriminatioin, et de poids, concerne “l’abandon des dirigeants algériens, livrés à des sanctions arbitraires et partisanes”: aucun nom n’a été cité, mais l’allusion est claire pour la population. Il s’agit des “purges” de trois généraux de niveau supérieur, considérés comme des héros de la guerre contre le terrorisme des années 1990, et incarcérés il y a quelques mois : des “purges excellentes” qui suivent celle plus spectaculaire de septembre dernier, la mise à la retraite du général Mohamed Mediène, dit Toufik, “l’homme le plus mystérieux de l’Algérie”, resté à la tête des services secrets pendant 25 ans sans jamais paraître en public. En cinquante ans de carrière, il n’a jamais fait une déclaration.

 

Tout ceci, assurent encore les signataires de la lettre, ne peut être dû à l’initiative de Bouteflika, qui avait en particulier des liens d’amitié avec l’un des généraux arrêtés, Djamel Kehal Medjdoub.

 

Fin novembre, une autre lettre est venue bouleverser les rédactions des principaux quotidiens algériens: lettre du général Toufik, qui a décidé, après être resté si longtemps dans les coulisses, de prendre la parole pour condamner les arrestations de “ses” généraux. On murmure que le groupe des 19 lui-même est piloté par Toufik, vu son amitié de longue date avec Louisa Hanoune. Le fait que le Secrétaire du Front de libération nationale, parti au pouvoir sans interruption depuis l’indépendance en 1962, ait répondu avec irritation à la requête des 19 de pouvoir rencontrer le président – il leur a même conseillé, sur un ton frôlant la dérision, de demander au président français François Hollande des nouvelles sur son état mental et sur sa capacité de prendre des décisions - a alimenté encore davantage le mystère sur les personnes autour du président qui, selon ce groupe de pression appartenant lui aussi à la “vieille garde”, n’ont même pas remis la lettre à son destinataire.

 

 

La dernière bataille

 

Qui y a-t-il réellement aujourd’hui autour de Bouteflika? Certainement les fidélissimes, comme son frère cadet Saïd Bouteflika, qui, selon d’aucuns, a une influence si forte sur son aîné malade qu’il signe lui-même décrets présidentiels et nominations de ministres; le premier ministre Abdelmalek Sellal, homme qui a la confiance absolue du président, qui a mené sa campagne électorale et se fait son porte-parole ( c’est lui qui a rencontré le président du conseil italien Matteo Renzi en mai dernier en Italie) et le directeur de cabinet du président, Ahmed Ouyahia. Qui d’autre travaille dans l’ombre, dans la résidence-clinique hypersurveillée de Bouteflika – où, selon des rumeurs non confimées, quelqu’un aurait cherché à pénétrer une nuit vers la mi-juillet? Une tentative de coup d’état qui a incité les fidélissimes à lancer les “purges”? Le mystère continue à planer sur ces événements. Peut-être nous trouvons-nous devant un affrontement final tout interne au “système” politico-militaire qui gouverne le pays, un dernier combat pour s’adjuger la succession du vieux président malade.

Inscrivez-vous à notre newsletter

Pour obtenir des informations et des analyses, abonnez-vous à notre revue semestrielle