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Religion et société

Arabes à Chicago : sans scrupules et inquiets

 

 

Auteur: ‘Alâ’ al-Aswânî,

 

Titre: Chicago

 

 

Éditeur: Feltrinelli, Milano 2008

 

 

La production d’essais arabe, surtout lorsqu’elle croise le niveau des questions relatives à la religion (ce qui signifie, pratiquement, toujours... étant donné l’omniprésence de la tradition islamique dans tous les aspects de l’existence), souffre de fortes limitations et de formes d’autocensure pesantes que certains intellectuels locaux dénoncent sans détour : « Tout ce que l’auteur écrira, en dépit de la neutralité qu’il s’efforcera de maintenir, sera perçu comme une décision du domaine religieux, idéologique, ethnique ou politique. Bien qu’il tentera de se dissocier, la société continuera à l’évaluer selon ses propres critères et lui niera toute neutralité. Il le sait comme il sait que, en s’impliquant dans la recherche, il est condamné à perdre son innocence, car il sait qu’à la fin, il risquerait la condamnation. Il est donc tout naturel que, tout intellectuel n’étant pas nécessairement un héros en de telles conditions tout ne soit pas dit et que le discours de l’intellectuel à propos de la religion, du droit, de la politique soit diplomatique, empli de silences, prudence et d’astuces, soit en définitive un discours corrompu » (Yadh Ben Achour).

 

 

Heureusement, dans le domaine plus spécifique de la littérature, il reste de la place pour traiter de thèmes même de l’actualité brûlante et controversée. Tout en ne manquant pas de difficultés pour publier et diffuser des œuvres de cette ampleur, la modalité de la narration offre souvent des possibilités heureuses et inattendues. L’écrivain ¬imagine une fiction dans laquelle il nous emmène comme dans une aventure personnelle et unique.

 

 

Fils d’une famille ouverte et formé dans l’Égypte pluriconfessionnelle de l’époque nassérienne, après avoir étudié à l’étranger et tout en continuant à exercer sa profession de dentiste, l’auteur se fait l’interprète de son pays et des destins de son peuple avec une spontanéité extraordinaire. Son deuxième roman se déroule au sein de la communauté d’émigrés qui des rives du Nil se sont établis dans la capitale de l’Illinois (comme il l’a fait lui aussi dans sa jeunesse) pour terminer leurs études.

 

 

De nombreux thèmes déjà présents dans son premier livre sont à nouveau proposés, comme la pauvreté, la corruption, les comportements sexuels désordonnés des protagonistes, sans jamais porter d’évaluation morale ou d’intention explicite de dénoncer. Le but de l’auteur est celui d’observer et de fournir au lecteur un miroir dans lequel se réfléchit l’image de la réalité, désolante et contradictoire, comme d’autres grands narrateurs arabes (à partir du prix Nobel Naghib Mahfuz) ont fait avant lui. Le décor américain lui offre pourtant l’occasion de traiter certains problèmes très délicats avec moins de scrupules. L’absolue liberté et l’extrême compétitivité qui caractérisent la société américaine, dont des possibles involutions ne sont pas passées sous silence, semblent surtout servir de loupe aux grandeurs et misères humaines qui y sont décrites. Et en particulier, celles des expatriés qui doivent affronter l’épreuve difficile d’un dépaysement culturel potentiellement aliénant, mais aussi capable de les mettre face à eux-mêmes sans concessions.

 

 

Désillusions, ambitions, hypocrisies et préjudices se mélangent à la nostalgie, aux sentiments, aux idéaux et à la généro¬sité, abattant tous les types de barrières qui -prétendent séparer le bien du mal entre les différents types de personnages et en eux. Cela ne signifie pas le renoncement à affronter même des thèmes tabous, comme dans la relation entre un jeune égyptien et une fille américaine dont l’origine juive est découverte par la suite, ou même, dans le cas (inspiré à un fait réel) d’un cardiologue copte contraint à abandonner l’Égypte vu que sa confession religieuse lui interdisait de poursuivre sa carrière et qui se trouve à devoir opérer son supérieur musulman qui lui avait mis des bâtons dans les roues en égypte, partagé entre l’instinct de vengeance et l’impératif moral de ne pas rendre le mal pour le mal. Une société vivante ne peut prospérer si elle se refuse à affronter ses contradictions, en se cachant derrière une barrière de réticences enracinées dans un mélange très complexe de peurs, d’intérêts et de refoulements.

 

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