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Moyen Orient et Afrique

Dans l'ére des révolutions, l’Algérie se cherche une réforme pacifique

Samedi 26 mars. Sur la place du 1er mai, à Alger, une vingtaine de personnes entourant l’infatigable militant des droits de l’homme, maître Ali Yahia Abdennour (90 ans !), tentaient, encore une fois, de lancer une « marche pour le changement » de régime. Sans succès.

 

 

La première tentative de marche remonte au 12 février dernier où 2000 personnes avaient essayé de braver l’impressionnant dispositif policier. Depuis et d’une semaine à l’autre, le nombre des candidats à la manifestation n’a cessé de s’amenuiser. En cours de route, la Coordination nationale pour le Changement Démocratique qui regroupait des militants des droits de l’homme, des associatifs, des syndicalistes et les militants de deux partis laïcs s’est scindée. Désormais il y a une CNCD « association » et une CNCD, « partis politiques ».

 

 

Les algériens seraient-ils en marge des révolutions arabes qu’ils ont suivies, avec passion dans le cas de la Tunisie et l’Egypte et désormais avec inquiétude pour la Libye ? Pourquoi les « algériens ne bougent-ils pas ? ». A cette question beaucoup d’Algériens sourient. C’est qu’ils « bougent » beaucoup les algériens et depuis longtemps. Leurs tentatives de changer le régime ont été couteuses en vie humaines. Plus de 500 morts lors des grandes émeutes d’octobre 1988 qui ont vu, pour la première fois dans l’histoire de l’indépendance, l’armée réprimer la population. Ces émeutes ont débouché sur une ouverture vers le pluralisme politique avant de sombrer dans la guerre civile après l’annulation des élections législatives emportées par les islamistes du FIS en décembre 1991. La tentative de changement islamiste échoue mais à un cout élevé : de 150.000 à 200.000 morts, des milliers de disparus et l’exil des meilleurs des cadres du pays (40.000 selon les estimations les moins exagérées). Et surtout un profond traumatisme qui rend les algériens réservés à l’égard des mots d’ordres politiques. Les plus âgés, craignant que le pays ne bascule à nouveau dans la violence, les plus jeunes ne se reconnaissant guère dans le personnel politique en place. Cette désaffection à l’égard de la politique, fruit de deux décennies marquées par la violence et de verrouillage politique, n’est pourtant plus une garantie de tranquillité du régime.

 

 

Fin de résignation

 

 

Les opposants politiques, installés dans la résignation face à un régime qui pouvait compter sur des caisses rendues pleines par l’augmentation des revenus pétroliers (plus de 200 milliards de dollars entre réserves de change et fonds de régulation des recettes) se sont réveillés après le succès de la révolution tunisienne. L’impact de cette dernière était d’autant plus extraordinaire que le régime de Ben Ali était devenu le modèle autoritaire à suivre pour les tenants du régime. L’effet de la révolution égyptienne est encore plus massif tant les similitudes avec l’Algérie sont fortes. Pour faire bonne figure, le président Abdelaziz Bouteflika s’est empressé de lever l’état d’urgence en vigueur depuis 1992 et qui était devenu l’instrument par excellence de la gestion autoritaire. Sans pour autant aller vers l’ouverture politique. Ainsi le gouvernement continue, au mépris de la loi, de refuser l’agrément à des partis politiques au motif qu’il est occupé par les questions économiques et sociales prioritaires du citoyen. « Le gouvernement décidera du moment opportun » a indiqué le ministre de l’intérieur Dahou Ould Kablia au sujet des demandes d’agréments en souffrance depuis une dizaine d’années. Propos dénoncés par les opposants mais qui correspondent clairement à la vision autoritaire du régime qui a entrepris au cours des quinze dernières de grignoter toutes les concessions démocratiques qu’il a concédées après les grandes émeutes d’octobre 1988. Le champ politique est verrouillé, la loi sur les partis neutralisée, le monopole du pouvoir sur les médias audiovisuels conforté. La seule avancée qui a été préservée est celle d’une liberté relative de la presse écrite. En dépit de l’agacement qu’elle suscite au sein du pouvoir, cette presse permet de donner une image ouverte du régime.

 

 

Sortir de l’émeute permanente

 

 

Avec des forces d’opposition étouffées et encore très marquées par les divergences des années 90, une contestation islamiste armée largement vaincue, la question de la réforme politique ne se posait pas aux yeux des tenants du régime. Un scénario à l'égyptienne ou à la tunisienne d'une opposition unie contre le régime paraît inenvisageable sur le court terme. Le seul et très sérieux « ennui » du régime tient à la permanence d’une contestation sociale qui s’exprime souvent par des émeutes et des petites jacqueries autour des questions de l’emploi, du logement ou de l’eau. Or, pour la première fois, ces émeutes ont pris en janvier 2011, à la même période où la Tunisie entrait en contestation, un caractère généralisé. Les émeutes qui ont fait cinq morts et près d’un millier de blessées se sont arrêtées après trois jours. En raison du refus de nombreux algériens de s’engager dans la spirale de la violence. Pour de nombreux opposants, l’enjeu est de sortir de l’émeute et de construire une alternative au régime. Ce dernier a d’ailleurs multiplié les mesures d’apaisement afin de découpler les attentes sociales des revendications du changement politique réclamé par l’ensemble des courants politiques en Algérie. Ainsi, l’Etat a décidé de cesser de traquer le commerce informel auquel s’adonnent de nombreux jeunes sans emplois, de faciliter l’accès au logement (crédit et aides) et d’étendre la subvention des prix à de nouveaux produits de base. D’autres mesures ont été prises comme l’octroi de crédits sans intérêt à des jeunes chômeurs qui veulent créer des entreprises. Des mesures jugées « démagogiques » mais dont le but est clairement d’éviter la « contamination » des révolutions arabes. Une inquiétude clairement perçue dans la société où les revendications sociales se multiplient : émeutes pour le logement, revendications salariales… même les champs pétroliers n’échappent pas à la vague.

 

 

« C’est un changement qui peut se faire avec le pouvoir »

 

 

Les algériens jouent au chat et à la souris avec le régime. Le régime affirme que la priorité est aux questions sociales alors ils revendiquent en profitant de la phobie du changement politique du pouvoir. Beaucoup en Algérie disent que les Tunisiens ont fait un « octobre 1988 » qui a réussi car ils ont obtenu la fin du régime. En Algérie, c’est le même régime qui est en place. Et qui face à des révolutions arabes dont l’impact profond est inéluctable même s’il n’est pas mécanique tente de répondre aux demandes sociales pour les découpler des demandes de démocratie politique. Pourtant, après une réaction de rejet initiale, le régime laisse désormais entendre qu’il est prêt à des réformes politiques. Sans se presser alors que les évolutions, totalement inattendues, de la situation dans de nombreux pays arabes montrent que le temps peut manquer aux régimes. «Continuer à verrouiller comme le fait le pouvoir alors que la carte arabe est en train d’être changée est un vrai risque que prend le régime qui n’est même pas assuré de durer. C’est dans l’intérêt du régime lui-même de s’ouvrir, plus tôt que tard, et accepter d’aller vers la démocratie, sans que tel ou tel n’ait à s’enfuir » avertit le président de la Ligue Algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), M. Mustapha Bouchachi dans un entretien au site maghrebemergent.info. Le président de la Ligue se fait clairement l’écho de ceux qui en Algérie militent pour un changement réel et sans violence. « C’est un changement qui peut se faire avec le pouvoir. Il faut d’abord que cesse la démocratie de façade.

 

 

Les militaires et les services de sécurité qui gèrent le pays par téléphone il faut que cela cesse d’abord. Ensuite, nous savons tous que personne ne souhaite de vacance de pouvoir dans ce pays, nous savons tous à quel point c’est dangereux, surtout dans un pays comme l’Algérie, cela peut nous mener tout droit vers une situation à la libyenne. Il faut éviter une vacance du pouvoir dans un pays aussi grand, avec une classe politique non unifiée, un pouvoir qui a travaillé pendant des années sur le principe de diviser pour mieux régner, sans parler de l’avidité des uns et des autres. La raison veut que nous tous, opposition et société civile, nous fassions tout pour que le changement se passe pacifiquement ».

 

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