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Religion et société

Encourageant les Nations Unies à retrouver le rôle perdu

La quatrième visite d’un Pape à l’ONU, celle qu’a rendu Benoît XVI le 18 avril 2008, a eu lieu à un moment historique troublé pour cette Institution. Fragmen¬tations culturelles, difficultés et parfois indisponibilités à se comprendre mutuellement, dérives de la politique dans toutes les parties du monde et défis à la sécurité humaine trouvent dans le Palais de Verre une caisse de résonance. Le pape Benoît XVI, qui connaît tout cela et en partage le poids et l’espérance dans son ministère de Pontife, « constructeur de ponts », a redressé le moral et rendu vigueur à ceux qui dans le cadre des Nations Unies travaillent pour affirmer la justice, la paix et la liberté. Il l’a fait par sa présence, ses rencontres, ses regards, ses poignées de mains, ses paroles et ses gestes imprégnés d’une grande sérénité, douceur et sincérité. Ce message était d’une grande qualité et fut bien accueilli : le sens des droits humains ; la

 

« responsabilité de protéger », cette base indispensable pour l’autorité de tout gouvernement et administration ; et le dialogue entre personnes de cultures et religions différentes, greffé sur la reconnaissance commune de la dignité de toute personne et groupe humain.

 

 

Que le pape Benoît XVI ne vienne pas prononcer des paroles de circonstances, politiquement correctes, tout le monde s’y attendait. Depuis des semaines, j’étais assiégé de questions sur ce que le Pape allait dire. Signe que la parole du Pape compte encore aujourd’hui et qu’il était attendu à l’ONU non pas en tant que chef d’État mais comme autorité morale. Autorité qui garde un dessein, conserve les principes et les valeurs fondant la vie de l’individu et de la communauté. Autorité morale qui est reconnue comme « loi naturelle », laquelle précède, et ne peut être contredite par les lois de l’État.

 

 

Voilà pourquoi le Pape ne s’est pas attardé – d’ailleurs, il n’en aurait pas eu le temps – sur les différentes crises et défis qui préoccupent le monde d’aujourd’hui, mais il est allé à la racine de chaque problème, c’est-à-dire aux droits de l’homme qui sont basés sur la loi naturelle inscrite dans le cœur de l’homme et présente dans les diverses cultures et civilisations.

 

 

L’ONU est le résultat de la volonté politique des pays membres en son sein, il est évident, depuis longtemps, que le compromis et la négociation sur n’importe quoi ont substitué l’accueil et le respect pour les principes non négociables. L’insistance dont a fait preuve Benoît XVI concernant la conviction que certains principes, comme celui de la vie, de la responsabilité de protéger et du dialogue, ne sont pas à disposition de la volonté de la majorité ou des gouvernements, devra nous guider dans les débats et les résolutions en vue du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

 

 

Il a affirmé que de fait, la base morale pour le droit d’un gouvernement à exercer l’autorité et la souveraineté est constituée par sa responsabilité, volonté et efficacité dans la protection des populations contre toutes formes de violation des droits humains. Le pape Benoît XVI a emprunté l’expression « responsabilité de protéger » au Document produit par le Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement en 2005. Cependant, il l’a située dans un contexte beaucoup plus large : la responsabilité de protéger ne se limite pas, à vrai dire, à l’intervention humanitaire, souvent armée, elle s’avère de plus comme une dénomination nouvelle pour désigner la souveraineté, laquelle, justement, n’est pas seulement un droit, mais principalement une responsabilité envers la protection et la promotion des populations civiles.

 

 

À plusieurs reprises, lors de son voyage aux états-Unis, il a parlé de la liberté de religion et du dialogue interreligieux. Sur ce point, il a également confié un message clair et fécond aux Nations Unies, actuellement à la recherche d’une stratégie efficace pour le dialogue et la coopération entre personnes de différentes cultures et religions. Le Pape a relié le discours sur la laïcité avec ceux relatifs à la transcendance, la liberté et la démocratie. L’État est laïc justement par amour de la religion, dans son authenticité, vécue librement. Il y a ici quelques éléments indispensables qui font du respect et de la promotion de la liberté religieuse la clé de voûte d’un gouvernement et d’une société qui respectent tous les droits humains de base. Avant tout, « par amour de la religion », lorsque la religion n’est pas considérée comme un problème, mais partie intégrante de la solution. Les pionniers américains fuyaient des situations d’oppression religieuse en Europe, mais ils gardaient la conscience du rapport Dieu/société solidement et précieusement ancrée. La religion est authentique quand on ne la manipule pas à des fins contraires à celles qui lui sont propres, c’est-à-dire rendre gloire à Dieu et rendre l’homme heureux et épanoui. « Vécue librement » : quand des gouvernements, sociétés civiles, y compris les religions, sont tous convaincus que la liberté religieuse se greffe sur l’égale ¬dignité de chaque personne et rendent concrète cette prémisse.

 

 

L’ovation finale, hommage de l’Assemblée, fut longue et chaleureuse. Elle ne pouvait provenir que du tressaillement du sens de devoir qui habite chaque cœur, au-delà des politiques quotidiennes.

 

 

Le pape Benoît a lancé un message éthique, moral, que toute personne engagée doit faire sien pour qu’il se traduise en critères opérationnels. Dans ce sens, on peut comprendre dans sa juste dimension l’expression que beaucoup utilisent : le Pape est la conscience de l’humanité et parle à la conscience des hommes.

 

 

 

* S.E. Mgr. Celestino Migliore est Nonce apostolique, Observateur Permanent auprès des Nations Unies, New York

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