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Religion et société

L’effervescence interreligieuse du Kosovo

Les années qui ont conduit, en février 2008, à l’indépendance du Kosovo ont suscité pour longtemps un vif intérêt pour cette région des Balkans jusqu’alors presque inconnue. Les médias, la communauté internationale et les analystes en histoire et politique y ont consacré de nombreux articles et études. Mais, comme en toute chose, une fois les faits analysés et disséqués, le Kosovo est retombé dans l’oubli ou du moins dans un désintérêt quasi général des différentes instances.

 

 

Pays de 10'000 km2, le Kosovo aspire à intégrer l’Union européenne, mais comment se construit et développe l’identité kosovare dans ce projet ? Nous voulons ici présenter quelques réflexions en partant de notre angle d’observation qui est celui des communautés catholiques vivant dans un contexte majoritairement musulman.

 

 

En Occident, le Kosovo est surtout connu comme pays qui vient juste de sortir d’un conflit. Le Kosovo apparaît comme une très vaste campagne, la terre est fertile et le travail de la terre constitue très souvent la seule source de revenu des Kosovars. Le chômage, selon les estimations de la Banque Mondiale, frappe au Kosovo environ 70% des jeunes, et presque un habitant sur deux n’a pas de travail.

 

Ce pays en pleine reconstruction révèle la recherche d’identité spécifique de sa population qui s’inspire du passé et veut montrer à l’Europe qu’elle est toujours attachée aux valeurs chrétiennes, et plus précisément catholiques. Les relations avec les quelques Serbes, plutôt orthodoxes ou protestants, qui n’ont pas quitté le pays sont en effet souvent tendues et distantes.

 

 

Le catholicisme constitue surtout, du moins à première vue, la source sur laquelle le Kosovo semble avoir parié pour construire son identité. Le catholicisme est une référence culturelle présente aussi bien au sein des gens aisés, de l’élite, que de l’ensemble de la population. D’ailleurs, l’immense cathédrale en phase de construction, dans la capitale, Pristina, s‘insère parfaitement dans cette logique. Les 3’000 catholiques habitant la capitale ne parviendront jamais à remplir l’espace prévu pour les offices religieux. C’est le premier président du Kosovo, Ibrahim Rugova, qui a tenu à réaliser ce projet gigantesque. Mgr Dodë Gjergji, Évêque de Pristina et de tout le Kosovo, voit dans la cathédrale le signe de l’espoir, la marque de l’avenir. Pour les musulmans elle représente l’ouverture de l’islam autochtone qui reconnaît ses racines historiques dans le catholicisme et qui veut se distinguer de toute forme de fondamentalisme.

 

L’héritage historique, anthropologique et les mentalités des gens sont profondément liés au christianisme. L’islam, d’après lui, nourrit la vie intérieure du musulman croyant comme lui, mais ne s’extériorise pas.

 

 

Au Kosovo, catholiques et musulmans vivent séparés, dans leurs propres villages. Les grandes villes et la capitale sont presque exclusivement habitées par des musulmans. Ce sont donc eux qui accèdent facilement aux postes clés de l’Etat et de la politique.

 

 

Dans un passé récent, l’Eglise catholique a vécu la persécution, ce qui lui a permis de faire une expérience religieuse forte et tonifiante. Les fidèles, condamnés à vivre ensemble dans leurs villages, ont vécu une expérience communautaire unique. Il est ainsi bien évident que la persécution par les ottomans ou celle de la période communiste sont encore bien présentes dans la mémoire des gens.

 

 

Le catholicisme kosovar s’inscrit ainsi aisément dans un discours nationaliste et patriotique. Ce discours semble faire l’unanimité dans le pays. Mais le grand défi pour l’Eglise locale est de transformer cette vision culturelle de la religion en une démarche spirituelle. Elle devra savoir adopter une pastorale répondant aux exigences de la nouvelle évangélisation à l’égard de ceux qui veulent quitter le pays. Elle devra aussi adopter une pastorale à l’égard des mariages mixtes ; enfin, elle devra renouveler sa vision des choses envers les convertis.

 

 

Une proposition intéressante pour les jeunes est représentée par l’Ecole Don Bosco. Gérée par deux prêtres italiens, elle vise à donner aux jeunes une solide formation dans différents métiers pour qu’ils puissent, une fois leur diplôme en poche, travailler ou lancer leur propre entreprise au Kosovo. En même temps que la formation, les Pères offrent une catéchèse à ceux qui le désirent. C’est cette année seulement qu’a débuté cette catéchèse, après dix ans d’existence de l’Ecole. Mais, selon les mots de Don Matteo, la semence croît dans la patience.

 

 

S’il est vrai que la construction de l’identité se nourrit des éléments du passé, il faut admettre que le changement des générations et l’actuelle tendance généralisée à la migration pourraient un jour faire disparaître de la mémoire historique individuelle et collective la contribution de la foi catholique au pays et lui substituer d’autres références. Quelle seraient alors la valeur et la signification de la grandiose cathédrale de Pristina ?

 

 

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