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Islam

La démocratie libanaise: tournant décisif au printemps 2009

Fady Noun

C'est placidement que les Libanais, toujours divisés en deux grands courants politiques, ont accueilli la nouvelle d'un prochain échange d'ambassadeurs entre le Liban et la Syrie, conformément à une décision figurant en tête du communiqué conjoint publié à l'issue du sommet entre les présidents Bachar el-Assad et Michel Sleiman (13-14 août).

 

 

 

 

Certes, pour le Liban il s'agit d'un cadeau considérable, un cadeau attendu depuis 1943, année de l'Indépendance libanaise. Mais tout cela arrive bien en retard, et la joie de voir l'ancienne puissance de tutelle enfin reconnaître l'indépendance du Liban ne peut effacer les 30 années de luttes, d'ingérences et de souffrances que cet objectif a coûté, avant d'être atteint.

 

 

 

 

Bien entendu, tout le monde veut croire à la bonne nouvelle, mais un certain scepticisme l'emporte, dans les milieux de la majorité, d'autant plus que dans la bouche du ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, les Libanais ont entendu les échos d'une terminologie d'un autre temps. M. Moallem a parlé de « relations privilégiées » entre le Liban et la Syrie, une expression qui renvoie directement à un Traité de coopération, de coordination et d'amitié imposé par la Syrie au Liban en 1991, qui stipulait "le plus haut degré de coordination" dans les domaines politique, économique et de sécurité entre la Syrie et le Liban. Une « coordination » si forte que les rapports diplomatiques et sécuritaires avaient fini par parvenir à Damas, avant d'être transmis aux responsables libanais !

 

 

 

 

En outre, le début d'assainissement des relations entre le Liban et la Syrie intervient alors que la confiance entre une bonne partie des forces politiques libanaises et la Syrie, continue de manquer. Symptomatique de cette méfiance, le chef du puissant Courant du Futur, M. Saad Hariri, a déclaré sans ambages aux journalistes qu'il ne se rendra pas en Syrie, tant que la vérité sur l'assassinat de son père, Rafic Hariri (14 février 2005), n'aura pas été établie, et que les lourdes présomptions pesant sur le régime syrien dans cet attentat, et dans ceux qui l'ont suivi, n'auront pas été levées.

 

 

 

 

On attend, à ce sujet, les conclusions de l'enquête internationale destinée à éclaircir les circonstances de l'assassinat de Rafic Hariri. Le rapport quasi final de cette commission est prévu pour la fin de l'année 2008, date à laquelle devrait commencer à siéger, à La Haye (Hollande), un tribunal spécial destiné à examiner les indices et preuves qui ont pu être réunies en trois ans de travail assidu.

 

 

 

 

Ce n'est pas la seule hypothèque qui pèse sur l'avenir du Liban. Le pays, qui se relève d'une guerre absurde lancée par Israël, contre le Hezbollah, en Juillet 2006, doit faire face, après deux ans de crise où toutes ses institutions ont été paralysées, à deux fondamentalismes antagonistes, sources potentielles de violence: celui du Hezbollah, d'inspiration iranienne et chiite et celui de groupes sunnites inspirés de la doctrine salafiste.

 

 

 

 

Avec un arsenal comprenant des fusées pouvant atteindre Tel Aviv et le site nucléaire de Dimona, le Hezbollah est un défi constitutionnel à l'Etat. Il refuse de placer ses forces sous commandement libanais, alors même que sa politique est subordonnée, religieusement, au Guide suprême de la révolution islamique d'Iran.

 

 

 

 

Les groupes intégristes sunnites, de leur côté, ont été exacerbés par une opération militaire lancée par le Hezbollah, en mai dernier, contre les miliciens du Courant du Futur (sunnite) et du Parti Socialistes progressiste (Druze). Le réveil militaire de l'islamisme sunnite se manifeste essentiellement, pour le moment, à Tripoli, capitale du Nord-Liban.

 

 

 

 

Indépendamment de ces deux sources potentielles de violence, l'armée libanaise fait face à une menace terroriste directe, en provenance de groupes qui se situent plus ou moins directement dans la mouvance d'Al-Qaëda, qui seraient responsable d'un récent attentat qui a tué dix militaires à Tripoli. C'est dans cette région que la troupe avait écrasé en 2007, au prix de lourdes pertes, un mouvement insurrectionnel mené par un groupe suspect, Fateh el-Islam, proche de la Qaëda, retranché dans le camp palestinien de Nahr el-Bared.

 

 

 

 

A ces défis politiques et militaires s'ajoute ceux qui proviennent de la situation économique et sociale: chômage, pauvreté, exode rural, émigration des jeunes, inégalités criantes. Un « dialogue national », sous l'égide du président de la République, doit en principe aborder tous les défis auxquels le Liban fait face, mais il se présente sous de mauvais auspices, compte tenu des leçons du passé.

 

 

 

 

Le contexte régional et mondial, lui, est dominé par la présidentielle américaine, en novembre 2008, l'évolution du dossier du nucléaire iranien et celle des négociations indirectes entre la Syrie et Israël.

 

 

 

 

C'est dans ces conditions délicates et difficiles que le Liban aborde une phase déterminante de sa vie politique, qui doit déboucher au printemps 2009, sur des élections législatives. Ces élections seront organisées sur base d'une ancienne loi électorale, et la partie est plus ou moins égale, entre la majorité actuelle et l'opposition. L'issue du scrutin est connue à l'avance partout ou les grands blocs politiques musulmans imposent leur loi, qu'ils soient sunnite, chiite ou druze. C'est l'électorat chrétien qui fera la différence, dans les circonscriptions ou l'issue de la bataille est incertaine. Le sort de la démocratie libanaise dépendra de l'intelligence avec laquelle cette bataille sera menée.

 

 

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