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Islam

La fronde chiite qui paralyse l’Irak

Pas seulement Daech : les trois fronts ouverts du gouvernement Abadi

Chiites en manifestation en Irak

Dans son discours télévisé à la nation à la fin décembre, le Premier ministre Haider al-Abadi a déclaré : « Si 2015 fut l’année de la libération (de Ramadi, ndr), 2016 sera une année de grandes victoires qui mettront fin à la présence de Daech en Irak et en Mésopotamie… Nous sommes sur le point de libérer Mossoul et ce sera le coup mortel contre Daech », acronyme arabe de État islamique en Irak et en Syrie.

 

 

En réalité, le combat contre Daech n’est qu’un des fronts ouverts par Abadi, Premier ministre chiite, et ce n’est même pas le plus dangereux. Le Premier ministre est faible, sous attaque. Ses ennemis ne sont pas uniquement les jihadistes aux drapeaux noirs, mais aussi ses ministres tirés à quatre épingles, chefs des partis chiites, la majorité religieuse au pouvoir en Irak. Étant donné la gravité de la menace jihadiste dans le pays et l’absence d’une alternative partagée, les mouvements politiques chiites ne provoquent pas de crise de gouvernement, mais ils ne permettent pas non plus à Abadi de gouverner.

 

 

Les milices chiites soutenues par l’Iran

 

 

Le gouvernement irakien actuel est impliqué sur trois fronts : militaire, économique et politique.

 

 

Sur le front militaire, le prochain objectif est Mossoul. Pour les forces armées irakiennes, il s’agit d’une entreprise difficile : ils doivent avancer sur plus de 200 kilomètres en territoire ennemi et donner l’assaut à un grand centre urbain que l’État islamique défendra avec acharnement, étant donné la valeur politique – c’est la deuxième ville du pays – et économique – une source de taxes et de pétrole. En outre, le gouvernement est fortement limité par le rôle des Hashed al-Sha‘bi, les milices chiites soutenues par l’Iran. C’est une armée puissante dans le combat armé contre l’État islamique, mais son action délégitime le gouvernement. Les milices de Hashed al-Sha‘bi prennent progressivement le contrôle de plusieurs régions d’Irak, tout en essayant de s’imposer en tant que sujets politiques. Une solution à ce renforcement des milices hors des rangs de l’armée serait de regrouper les différentes unités non officielles en une seule Garde nationale à recrutement local, mais cela signifierait reconnaître un rôle aussi aux milices sunnites : de nombreux politiciens chiites y sont fortement opposés. En décembre2015, Abadi aurait approuvé le recrutement de 40.000 unités sunnites.

 

 

Le deuxième front est le front économique. Le prix du pétrole qui n’a jamais été aussi bas n’aide pas un pays dont 90 % de ses revenus proviennent de l’exportation. L’Irak a besoin d’investissements, à commencer par les secteurs fondamentaux comme l’eau potable et l’énergie électrique. Des villes comme Ramadi doivent être entièrement reconstruites, alors que le pays ressent encore les effets de trente ans de guerre et d’embargo.

 

 

Le troisième front, peut-être le plus insidieux, est le front politique. Ici, les problèmes sont essentiellement trois : le processus de réconciliation et d’inclusion de la composante sunnite. En deuxième lieu, les réformes politiques, économiques et de lutte contre la corruption et, enfin, la politique étrangère. Concernant la réconciliation nationale, le Premier ministre est occupé à trouver une sorte de solution politique pour réadmettre les sunnites au sein des institutions de l’État irakien, en les arrachant ainsi à la zone de gravitation de Daech et au pouvoir de sa force. Dans son programme politique à l’époque, Abadi avait annoncé un projet de réconciliation nationale, dont les piliers reposent sur deux lois : celle sur la débaathification et sur la Garde nationale. La première réadmettrait les sunnites au sein des institutions de l’État et de la vie politique, en excluant seulement les cas les plus éclatants de collusion avec le régime déposé. La loi a été approuvée en décembre mais n’a pas été votée par les partis sunnites – qui espéraient une loi plus favorable en leur faveur – indice que la question n’est certainement pas en voie de résolution. En ce qui concerne la Garde nationale, la loi est bloquée par l’opposition des partis chiites, qui veulent maintenir la domination sur le terrain avec leurs milices. La seule consolation pour les sunnites fut l’approbation d’une amnistie pour les centaines de détenus emprisonnés pour des raisons sectaires par l’ex-Premier ministre Nouri al-Maliki.

 

 

Un système de contrôle féodal

 

 

Les réformes économiques, politiques et anticorruption qu’Abadi a essayé de voter ont également été bloquées. La question de fond est l’instauration par les partis irakiens d’un système de contrôle “féodal” des ministères et des institutions, qu’ils utilisent comme des instruments de pouvoir et une source de revenus. Par exemple, pour se garantir les voix des électeurs, les ministères ont engagé des dizaines de milliers d’employés, beaucoup plus que les besoins réels. Naturellement, diminuer leur budget ou réduire leur personnel signifie se mettre exactement en travers de la trajectoire des partis-patrons. L’opposition aux réformes de la part du système partitique est donc forte, et plusieurs fois le Parlement n’a pas atteint la majorité ou a renvoyé l’approbation de lois spécifiques. À la fronde parlementaire s’ajoute aussi une opposition croissante des citoyens, étant donné l’impopularité extrême des propositions de réformes, comme la réduction des salaires et des pensions du secteur public.

 

 

Même son parti, Da‘wa, figure parmi ceux qui veulent la chute du gouvernement Abadi. En son sein circulent depuis longtemps les noms de ses remplaçants éventuels, de son prédécesseur Nouri al-Maliki, à Ali al-Adib, un des leaders de Da‘wa, pro-iranien et candidat par le passé au poste de Premier ministre, ou même Hadi al-Amiri, commandant des milices Badr, créées dans les années 80 en Iran, formées par des expatriés et des anciens prisonniers irakiens.

 

Il est préoccupant de voir qu’en novembre Abadi a rencontré les responsables religieux à Najaf, mais cette fois-ci l’ayatollah Ali Sistani – la figure religieuse chiite la plus importante d’Irak qui par le passé l’avait appuyé ouvertement – n’a pas voulu le rencontrer.

 

 

Un dernier terrain d’affrontement est celui de la politique étrangère. Aujourd’hui, les États-Unis et l’Iran se trouvent devant un ennemi commun, l’État Islamique; mais en réalité les rapports entre les deux gouvernement sur le terrain militaire et politique irakien restent très tendus, et cela influence négativement également les forces politiques irakiennes. Il suffit de penser à la forte poussée de Washington pour une inclusion politique des sunnites, à laquelle sont opposées les milices chiites, appuyées ouvertement par Téhéran.

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