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Chrétiens dans le monde musulman

Le Soudan du Sud et le prix sanglant de l’autocratie

Après neuf années de paix, quatre États du Soudan du Sud sont de nouveau descendus dans l’enfer de la guerre. Les combats ont débuté le soir du 15 décembre par un affrontement confus à l’intérieur de la garde présidentielle, exploité par le leadership politique pour réprimer les opposants au sein du parti au gouvernement. Les bagarres se sont transformées entre-temps en un conflit ethnique à Juba, qui s’est étendu aussi aux États de Jonglei, de Unity et du Haut Nil. Jusqu’à la mi-janvier, dix mille personnes ont perdu la vie et presque six cent mille sont déplacées à cause des combats.

 

 

Consolidation du pouvoir

 

 

La crise actuelle au Soudan du Sud se présente comme une lutte politique devenue violente entre le président Salva Kiir Mayardit et l’ex-vice-président Riek Machar Teny. En effet, il s’agit d’un affrontement entre Kiir, qui manœuvre pour consolider son pouvoir sur le parti SPLM, au pouvoir au Sud Soudan, et une série de leaders historiques, mécontents de sa dérive autoritaire.

 

 

Durant la période ad interim, entre 2005 et 2011, Kiir a réalisé un travail excellent. Il a maintenu l’unité du peuple du Sud, en surveillant, au moyen d’amnisties et de dessous-de-table, les chefs militaires qui avaient assiégé Khartoum durant la guerre civile. Il a aussi réussi à éviter les nombreuses “peaux de banane” que le Soudan a laissé tomber le long du parcours vers le référendum pour essayer de faire dérailler tout le processus.

 

 

Le premier signal du changement sur le champ de Kiir est arrivé avant le Jour de l’Indépendance, durant la révision de la Constitution ad interim, qui a conduit à la Constitution transitoire. L’opposition et les groupes de la société civile ont été exclus du processus, sous prétexte qu’il s’agissait d’activités de moindre importance : la véritable révision constitutionnelle devait avoir lieu lors de la rédaction de la Constitution permanente.

 

 

La Constitution transitoire, signée et présentée par Kiir à la nation le 9 juillet 2011 durant la proclamation d’indépendance, a considérablement augmenté ses pouvoirs, sans contrepoids ni garanties adéquats. Après l’indépendance, le leadership du SPLM, très actif durant les mois qui ont précédé le référendum, s’est terminé dans l’incertitude, en s’occupant uniquement de ses intérêts personnels. Kiir a gouverné le pays principalement au moyen de décrets prononcés durant le journal télévisé du soir sur la chaîne d’État SSTV.

 

 

Le Sudd Institute, un think-tank très actif, a affirmé que « dans tous les cas, le problème du Sud Soudan est qu’on ne voit pas son Président très souvent en public, surtout lorsque apparaissent des événements d’importance nationale ». (http://www.suddinstitute.org/publications/show/in-2013-reflect-upon-2012-a-review-of-the-new-year-s-call-from-president-kiir/). En outre, il a affirmé que Kiir est davantage un gouvernant qu’un homme d’État.

 

Le conflit de pouvoir au sein du SPLM a explosé en février 2013, lorsque les 19 membres de la Direction politique se sont réunis à Juba pour renouveler les quatre documents clés du parti : Constitution, Manifeste, Règles et Règlement et Code éthique.

 

 

Ces documents auraient dû être votés durant un congrès extraordinaire en mars et, ensuite, le leadership du parti devait être renouvelé durant le congrès ordinaire de mai. Au début du politburo, le vice-président Riek Machar Teny, le secrétaire général Pagan Amum et la conseillère présidentielle Rebecca Nyandeng, veuve de John Garang, ont déclaré qu’ils contesteraient le leadership du parti durant le congrès. Il est possible qu’ils aient tablé sur l’hypothèse que Kiir ne se présenterait pas à la course à la présidence en 2015.

 

 

De plus, il a répété à plusieurs reprises que son travail était de conduire la nation au référendum et d’en appliquer les résultats. Mais Kiir a changé d’avis, peut-être sous l’influence de ses proches collaborateurs, et il a essayé d’étouffer la compétition au sein du parti au gouvernement.

 

Le bureau politique a réussi à faire passer la nouvelle Constitution et le nouveau Manifeste du SPLM, mais il n’a pas atteint un consensus sur Règles, Règlements et Code éthique, documents fondamentaux pour la discipline du parti.

 

 

Une autre sonnette d’alarme a sonné en mai 2013 : le licenciement de la part de Kiir du juge Ajonge Perpetuar, vice-directeur du groupe qui rédige les textes législatifs pour le bureau du Président, et ce, par décret de la République. Et Ajonge Perpetuar, toujours elle, a été rétrogradée dans la hiérarchie de la magistrature à travers un décret républicain, en violation évidente du principe de séparation des pouvoirs, sacro-saint dans toute démocratie efficace.

 

 

Licenciement

 

 

Le mécontentement a fermenté à l’extérieur et au sein du SPLM : le pays vit dans l’austérité depuis janvier 2012, tandis qu’impunité et corruption continuent à augmenter sans contrôle, bien que Kiir ait déclaré vouloir les combattre avec la méthode de la tolérance zéro.

 

À la fin juillet, le président a dissous le gouvernement, en licenciant aussi le vice président Machar. L’opération a causé la mise à l’écart de plusieurs personnages plutôt insignifiants qui depuis 2005 passent d’un ministère à l’autre sans jamais laisser de trace significative. Cette décision de Kiir a aussi produit un nouveau soulèvement de l’opposition qui a commencé à se faire entendre.

 

 

Le secrétaire général Amum a accordé un entretien à la chaîne privée CTV dans un hôtel de Juba, et a attribué à Kiir la responsabilité de presque tout ce qui s’est mal passé depuis l’indépendance. Kiir a donc suspendu Amum, limitant sa marge de manœuvre et il lui a interdit tout contact avec les médias, en instituant une commission conduite par l’ex-speaker et nouveau vice-président James Wani Igga, pour mener une enquête sur le secrétaire général.

 

 

Les tensions ont augmenté à la mi-novembre durant l’inauguration du siège du SPLM à Juba : Kiir a déclaré toutes les structures du parti illégitimes, y compris la Direction politique et le Conseil de Libération Nationale, excepté sa présidence, étant donné que leur mandat était terminé en mai 2013, en disant que « le parti ne fonctionnait pas, et il se décomposait » (http://www.sudantribune.com/spip.php?article48843).

 

 

Plusieurs membres historiques du politburo se sont rencontrés le 6 décembre à Juba, tandis que le Président participait à Paris à un sommet africain organisé par le gouvernement français. Au moyen d’une déclaration très dure, ils ont affirmé que Kiir avait fait preuve de « tendances dictatoriales » et qu’il avait « immobilisé complètement le parti, en abandonnant le leadership collectif et a sacrifié la méthode démocratique sur l’autel du décisionnisme ». (http://www.gurtong.net/ECM/Editorial/tabid/124/ctl/ArticleView/mid/519/articleId/14076/categoryId/120/Press-Statement-by-Riek-Machar.aspx) Le 14 décembre Kiir a poursuivi avec le Conseil de Libération Nationale sans l’autorisation du bureau politique, qui selon son statut, a le pouvoir d’établir son agenda.

 

 

Les combats entres la garde présidentielle Dinka et Nuer dans une caserne de Juba se sont produits précisément à la fin d’un meeting du Conseil, le 15 décembre, et la bagarre entre soldats s’est transformée en une chasse à l’homme Nuer à Juba.

 

L’organisation Human Rights Watch a prouvé que dans la journée du 16 décembre, les soldats ont massacré entre 200 et 300 Nuer de Gudele, à Juba. (http://www.hrw.org/news/2013/12/19/south-sudan-soldiers-target-ethnic-group-juba-fighting). Le même jour, Kiir est apparu à la télévision, vêtu de l’uniforme de la garde présidentielle, en affirmant que l’armée avait déjoué une tentative de coup d’État conduit par Machar, soutenu par plusieurs ministres mécontents d’avoir perdu leur travail après leur licenciement en juillet dernier.

 

Kiir avait quitté l’armée en 2010 pour pouvoir courir pour la présidence. Les agents de la sécurité ont arrêté dix suspects de la conspiration, tandis que quatre autres, y compris Machar, se sont échappés. Trois jours de combats à Juba ont causé la mort d’au moins mille personnes. Le 18 décembre, Peter Gadet a conduit une révolte à Bor. Gadet est Nuer et il avait obtenu le commandement de la Huitième division dans l’État de Jonglei après avoir signé la paix avec le gouvernement pour la deuxième fois et avoir été réintégré dans l’armée.

 

Au moins mille autres personnes ont été tuées dans les combats, mais l’armée a repris Bor un mois plus tard, aidée par les forces ougandaises. Les combats se sont étendus aux États de Unity et du Haut Nil et leur capitale respective, Bentiu et Malakal sont restées sous le contrôle des forces rebelles pendant une certaine période.

 

 

Les médias décrivent le conflit au Soudan du Sud comme un combat pour le pouvoir entre Kiir et Machar. En revanche, ce qui est en train de se produire, c’est un combat pour le contrôle du SPLM entre les acolytes de Kiir et les membres historiques du parti, qui contestent les décisions autocratiques du gouvernement Kiir. Puis l’affrontement est devenu interethnique à cause de vieilles diatribes entre Nuer et Dinka. En effet, en 1991, les forces Nuer, fidèles à Machar, avaient tué quasi 2000 Dinka à Bor. Auparavant, Machar s’était détaché du SPLM, en contestant le leadership de John Garang et il s’était rangé dans le camp de Khartoum.

 

 

Pour reconquérir la paix et reprendre la voie de la prospérité, l’actuel leadership national du Soudan du Sud devrait passer à une nouvelle génération, avec des nouvelles idées et une autre mentalité. Les vieux libérateurs ont déjà eu leur récompense pour leur rôle joué dans la lutte pour l’indépendance : ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui ont empoché des milliards de dollars depuis 2005. Le moment est arrivé de laisser la place à une génération de technocrates du SPLM et de la société civile, mieux préparés pour le travail de gouvernement. La vieille garde, Kiir y compris, devrait profiter de leur retraite avec leurs épouses, leurs vaches et la “merissa” (la bière locale) par amour du futur du Soudan du Sud.

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