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Chrétiens dans le monde musulman

Les difficultés du Soudan dans les paroles de ses Évêques

Salvatore Pacifico

C'est la première fois, en novembre dernier, que la Conférence épiscopale soudanaise a pu tenir sa réunion annuelle dans le sud du pays.

 

 

En effet, jusqu'à il y a trois ans, la rencontre se déroulait dans une zone neutre à l'étranger, en Ouganda, au Kenya ou en Italie, parce que les Évêques qui dépendent du gouvernement du Sud ne pouvaient pas rejoindre Karthoum, ni ceux du Nord se déplacer au Sud. La paix signée au Kenya en 2005, qui a mis fin au conflit qui déchirait le pays, a permis de dépasser cette situation: déjà en 2006 et 2007, les Évêques se sont réunis au Soudan, mais ce n'est qu'au mois de novembre dernier qu'ils ont pu se réunir dans la partie méridionale.

 

 

Dans de telles circonstances, les Évêques ont eu l'occasion de réfléchir sur la situation du pays avec les responsables des différents secteurs de la Conférence épiscopale: ils ont reconnu que de nombreux pas en avant ont été accomplis, les armes sont silencieuses, la possibilité de se déplacer est réelle et il y a en général davantage de sécurité. Cependant, ils ont admis qu'on ne peut pas dire que les choses aillent bien : un malaise est respirable dans la population, un fait en un certain sens inévitable étant donné que les attentes nées avec la signature de paix étaient trop élevées.

 

 

Les Évêques sont convaincus que chacun à son niveau peut faire quelque chose de plus. En particulier, ils ont souhaité que la politique prenne plus à cœur le bien commun et contribue à créer un tissus social et familial positif et qu'en général, tous les croyants se sentent appelés à s'impliquer davantage dans la participation et dans la responsabilité pour améliorer la vie de tous.

 

 

Dans cet horizon, la richesse du témoignage récent de trois Évêques soudanais se déploie davantage.

 

 

Le premier, mons. Antonio Menegazzo, évêque d'El Obeid, a représenté les Évêques du Soudan au récent Synode des Évêques à Rome. Dans son intervention dans la salle synodale, en parlant des fruits produits par l'évangélisation des cent dernières années, il a admis que l'évangélisation n'a pas œuvré en profondeur et qu'une seconde évangélisation est nécessaire qui se préoccuperait davantage que les valeurs évangéliques proclamées soient assumées et vécues réellement. La preuve d'une vraie évangélisation est selon lui, la vie nouvelle qui en naît.

 

 

Le deuxième est Mons. Daniel Adwok, évêque auxiliaire de Khartoum. Lorsqu'il rencontra récemment une représentation de l'Église sudafricaine en visite à Khartoum avec des opérateurs pastoraux, fut abordé le sujet de l'apport de l'Église durant les années de guerre pour préparer les chrétiens à gérer l'après-guerre. L'évêque souligna que la hiérarchie ecclésiastique a offert une grande contribution, comme par exemple les documents Letters to the Church of the Sudan, qui reprenaient de nombreux textes de la Doctrine sociale de l'Église, mais il a admis qu'au niveau du laïcat, l'après-guerre a démontré que seule une infime partie de ce message avait été intégrée. Il a cité le cas de l'organisation des professionnels catholiques dans le diocèse de Khartoum, les Mages : dès que qu'il fut possible d'occuper des positions plus élevées, chacun ne s'est plus préoccupé que de son intérêt. Et il n'y avait aucune différence entre ceux qui sont catholiques et ceux qui ne le sont pas. Il a cité aussi le fait que de nombreux catholiques siègent au Parlement ou occupent des postes ministériels et néanmoins, les valeurs chrétiennes ne sont pas leur première préoccupation. Et cela, a-t-il commenté, dans un climat musulman où la religion vient avant tout, même si c'est par simple exhibition.

 

 

Le troisième, Mons. Paride Taban, évêque émérite de Torit, de passage à Khartoum, a parlé de la tristesse qu'il éprouve chaque fois qu'il est obligé de passer par Juba, dans le Sud-Soudan : chaque jour, des centaines de camions arrivent de l'Ouganda et du Kenya et transportent des marchandises de toute sorte qui pourraient être produites à Juba même mais qui sont importées de l'étranger. De la même façon, de nombreux travaux sont confiés à des étrangers, qui pourraient très bien être accomplis par des soudanais. Il a évoqué le manque d'esprit d'initiative de la population locale, habituée à cause de la guerre à être « dépendants » (c'est la parole utilisée par l'évêque). Les soudanais du Sud qui ont construit Khartoum, ont renoncé à construire leurs villes et leurs maisons. On s'attendait à ce qu'ils profitent de l'expérience acquise pour en faire bénéficier leurs familles et leur pays. Cela provoquait une grande tristesse chez l'évêque, cette impression que trop de personnes considèrent comme un droit de gagner de l'argent sans travailler, une sorte de compensation pour les longues années de guerre et de privations.

 

 

Justement, les Évêques parlent de la culture de la paix qui remplace la culture de mort et invitent les croyants à prendre en charge les situations de besoin, à dénoncer les injustices, à coopérer avec les musulmans de bonne volonté pour promouvoir la justice et la paix. Mais cette culture de paix se concrétise par l'acceptation des valeurs de l'honnêteté, de la compétence et de l'efficacité. Peut-être faudrait-il donner davantage de place à ces valeurs dans la formation chrétienne et dans l'éducation scolaire.

 

 

Encore trop souvent, la religion est vue comme une série de notions à apprendre et de pratiques à effectuer ; l'école est encore considérée comme un moyen pour obtenir un diplôme et recevoir un salaire, et non comme une préparation à un travail, comme formation pour assumer des engagements dans la vie.

 

 

La recherche du travail sans effort finira par faire prévaloir de nouveau une culture de la violence.

 

 

À Juba, on parle de l'existence de bandes qui mettent en péril la sécurité des personnes. Cela arrive même à Khartoum que lors des célébrations de masse, on doive engager des agents de sécurité parce que les « Lost Boys » ne profitent pas des grands rassemblements pour faire des actions criminelles.

 

 

La parabole de l'Évangile qui parle des talents (Mt 25, 14-30) apparaît comme une icône de ce temps de transition : à la fin, nous serons jugés sur l'amour, mais l'amour s'exprime dans l'utilisation des talents reçus dans une attitude de gratitude et de service. Les soudanais sont riches en talents, ce serait un péché qu'ils ne s'en rendent pas compte ou qu'ils ne les utilisent pas. Le problème ne se trouverait-il pas ici ?

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