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Chrétiens dans le monde musulman

Ma dernière rencontre avec Benazir Bhutto

2007 en Pakistan : decisions politiques et judiciaires et attentats ont miné le futur du Pays. Ma dernière rencontre avec Benazir Bhutto

Dernière mise à jour: 21/02/2018 13:02:23

Le 2007 a été pour le Pakistan une année riche d’événements et sera rappelée comme une année damnée pour la raison qu’elle renferme une série d’événements tragiques sans précédents dans l’histoire des soixante dernières années de ce pays. Il n’est pas exagéré de dire que ses répercussions continueront à hanter ce pays pour les prochaines années à venir. Une de ses particularités est que chaque incident qui succédait avait un impact si choquant qu’il semblait qu’aucun autre événement ne pouvait le surpasser en gravité et en intensité négative. Cependant, à chaque fois le peuple pakistanais et le monde furent frappés d’horreur et de douleur par un autre événement répudiant toutes les impressions précédentes. Le point le plus cruel étant la persistance de ce cycle infernal jusqu’à la fin de l’année en cours. Les débuts de la nouvelle d’année n’ont pas réussi à se décharger, oublier des mauvais coups de 2007.

 

 

La chronologie des événements qui succédèrent au Pakistan durant l’année 2007 est comme suit :

 

 

9 mars 2007: Le président du Pakistan, général en fonction de l’armée du Pakistan, General Pervez Musharraf a suspendu le président de la Cour Suprême le juge Iftikhar Muhammad Chaudhry avec l’accusation d’abus de pouvoir, népotisme et mauvaise conduite. Cela provoqua un mouvement massif de protestations à travers tout le pays. Mouvement mené par les avocats et la société civile contre les velléités autocratiques du général. Les protestations des avocats ne trouvèrent aucun écho et graduellement un nombre toujours plus important de personnes se joignait à eux dans leur combat contre les failles du système judiciaire.

 

 

10 juillet 2007: L’opération militaire contre les autoproclamés Gardiens de l’Islam a été déclenchée à la mosquée Rouge d’Islamabad. C’était le cadeau empoisonné de la guerre afghane durant laquelle l’Amérique a contribué de bon cœur à former une armée de religieux fanatiques pour combattre par procuration sa guerre contre l’URSS. A la fin de la Guerre Froide il n’y a eu aucune politique de suivi sur les éléments les plus durs dont la politique consistait en une tolérance zéro envers tout ce qu’ils ne considéraient pas conforme à leur idéologie. En leur sein même certaines factions ne pouvaient tolérer de quelconques différences, ce qui résultait en des guerres intestines sanglantes. Ces éléments fondamentalistes, dans leur volonté d’imposer leur propre conception d’un certain Islam, ont très souvent défié et mis à l’épreuve l’autorité même du gouvernement. Durant ce raid militaire au moins 105 personnes ont été tuées mais ce n’était que le début qui dégénéra en un cercle vicieux d’attentats suicides à travers tout le pays.

 

 

20 Juillet 2007 : La Cour Suprême du Pakistan en statuant sur le décret présidentiel contre le Président de la Cour a rejeté toutes les allégations en référence et délibéra en une décision historique de réinstallation, réintégration du juge déposé, démissionné. Apparemment le régime de Musharraf accepta la décision et promit d’honorer, respecter la décision de la cour mais le temps révéla bien le contraire.

 

 

27 juillet 2007 : Le Président Musharraf, dans un effort de sauver sa popularité déjà bien entamée, a voulu redorer son blason et reconquérir le soutien du plus populaire leader du Pakistan, à savoir l’ex premier ministre Benazir Bhutto et pour ce faire la rencontra a Abû Dhabi, ceci, sans aucun doute, a contribué à relever le moral en baisse du camp de Musharraf. Cependant, les pourparlers furent bien loin d’être un succès.

 

 

10 septembre 2007 : L’ex-premier ministre Navez Sharif, à son retour après sept ans d’exil, est arrêté par les services gouvernementaux à son arrivé à l’aéroport international d’Islamabad et par la suite déporté. Les images de l‘ex premier ministre malmené et bousculé ont fait le tour du monde. Tout cela n’a fait qu’aggraver la situation, vu que la Cour Suprême du Pakistan avait déjà statué que M. Navez devait être autorisé à retourner à son pays. Une fois encore les gouvernant et les hommes de loi s’affrontèrent en antagonistes.

 

 

2 octobre 2007 : Le gouvernement annonce unilatéralement l’abandon des charges contre Mme. Bhutto et son époux. Le peuple pakistanais devait encore le percevoir comme une tentative désespérée du Président pour sauver sa peau devant la montée de la contestation menée par les hommes de loi et les politiciens.

 

 

6 octobre 2007 : Le président a remporté les élections haut la main avec l’abstention massive du pari majoritaire PPP de Benazir Bhutto. La Cour Suprême devait encore confirmer la validité des élections. Mais il était évident, qu’à l’issue de la confrontation ouverte entre la justice et Musharraf, de quel coté la balance de la justice aller pencher.

 

 

19 octobre 2007: Benazir Bhutto retourne de l’exil volontaire alors que des rumeurs de menaces contre sa vie circulaient aussi bien dans les media nationaux qu’internationaux. Les craintes d’attentat contre sa vie devaient se concrétiser dans les 24 heures de son retour quand une attaque suicide eut lieu durant une gigantesque manifestation et tua au moins 139 personne. Heureusement Mme. Bhutto a survécu à la tentative d’assassinat.

 

 

2 novembre 2007 : La Cour Suprême se réunit pour délibérer sur la légitimité des élections présidentielles et l’avenir du président Musharraf comme chef d’état du Pakistan.

 

 

3 novembre 2007: Musaharraf prétextant de l’imbroglio politique de plus en plus inextricable, la situation sécuritaire et les interventions des hommes de loi, suspend la Constitution et déclare l’Etat d’Urgence dans le pays. La promulgation de L’état d’Urgence fut suivi par l’arrestation et la détention d’un certain nombre d’avocats et de membres de la société civile et le corps judiciaire fut guillotiné une fois pour toutes quand plus de 10 Grands Juges de la Cour Suprême furent purement et simplement suspendus.

 

 

11 novembre 2007 : Au beau milieu du chaos de l’état d’urgence le président Musharraf annonce des élections générales pour le 8 janvier 2008.

 

 

15 novembre 2007 : Le président du Sénat Muhammad Mian Soomro prête serment comme premier ministre par intérim du Pakistan.

 

 

25 novembre 2007 : L’ex premier ministre Navez Sharif retourne au Pakistan.

 

 

28 novembre 2007 : Musharaf délègue le commandement de l’armée du Pakistan au général Pervez Ashfaq Kayani et se désiste officiellement de la fonction de Commandant Suprême de l’armée. Et par ce faire se consacre à temps plein à la politique en continuant comme président civil.

 

 

29 novembre 2007 : Le général Pervez Musharraf prête serment comme président civil du pays.

 

 

10 décembre 2007 : Ma dernière rencontre avec Benazir Bhutto

 

 

J’ai rencontré Mme. Benazir Bhutto, feu présidente du Parti du Peuple pakistanais le 10 décembre 2007 au siège de son secrétariat a Islamabad. L’occasion en était sa rencontre avec les plus importants représentants de la société civile pakistanaise. Je ne sais si je devrais ressentir de la fierté de la préoccupation à être que j’étais le seul chrétien au sein de cet auguste rassemblement. Parce que j’avais été invité en personne, nominativement, je considère cela comme un signe de profonde connaissance et estime pour le CSC. Cependant, du point de vue de la communauté chrétienne je sens que nous sommes encore très en retard et il reste encore beaucoup à faire en terme d’établir notre rôle de citoyens responsables et ne pas nous confiner seulement à ces affaires relatives aux minorités religieuses au Pakistan. Au contraire, mon opinion est que nous avons le devoir moral de participer dans tous les domaines et de partager la même responsabilité dans le bien être du pays.

 

 

Depuis sa fondation même les objectifs primordiaux du CSC consistent en l’action pour une société égalitaire au Pakistan. Une société débarrassée des préjugés et des préconceptions parce que l’existence de tels maux empêche une société d’être unie, de progresser et d’évoluer vers la prospérité. Pour ce faire la démocratie est telle la lumière à l’autre bout du tunnel, distante mais elle reste notre unique espoir. Durant ses soixante années d’histoire le Pakistan a été privé de démocratie et quand par intermittence la démocratie a été appliquée, elle l’a été de manière si confuse et faussée que les gens en arrivaient à reconsidérer la conception même de la démocratie et de penser qu’il valait mieux se s’en passer puisque la règle démocratique de quelque manière a acquis une couleur autocratique. Le CSC travaille sans relâche pour promouvoir les vraies valeurs de la démocratie et la règle de la légitimité. CSC a joué un rôle édifiant à porter à la lumière les aspects négatifs des électorats séparés et a travaillé pour la reprise des élections jointes ce qui fut finalement reconsidérée en 2002.

 

 

CSC contribue aussi activement en faisant pression en faveur de la dénationalisation d’un certain nombre d’institutions éducatives et médicales. Nationalisations dont les majeures victimes sont les institutions gérées par les Missions Chrétiennes. CSC fournit un soutien important à la société civile au Pakistan et en est considérée un membre extrêmement important et j’en veux pour preuve le fait qu’à l’occasion du dernier meeting de Benazir avec les personnalités éminentes travaillant pour les libertés civiles la légitimité et les valeurs démocratiques, le CSC a été invité sur des bases préférentielles

 

 

J’aimerais rappeler la rencontre du 10 décembre 2007 pour un certain nombre de raisons par seulement parce qu’il s’agit de son dernier meeting avec une poignée de personnalités travaillant pour des changements constructifs dans le système. Non ce meeting était remarquable parce que Benazir a démontré une telle maturité et prudence qu’on peut rarement trouver chez un homme politique mais plutôt chez un grand homme d’état. Il était évident de sa prestance et son éloquence que pour elle la politique n’était plus un jeu qu’elle maîtrisait parfaitement mais quelque chose de plus sensé et de plus profond. Il y avait une telle aura de sérénité autour d’elle qui et elle était pleine de détermination à résolue à surmonter ce moment de détérioration notre nation subissait. Elle parlait avec passion de sa lutte pour la démocratie et comment le Pakistan pourrait sortir des problèmes en unissant les personnes et leur donnant la confiance pour diriger le pays en s’élevant au dessus des différences et des préjugés. Elle insistait sur la nécessité d’élections libres, transparentes et justes, et elle a exprimé ses doutes et ses réserves sur la transparence du vote mais elle a répété que chaque vote a le pouvoir de changer le destin du pays et doit être utilisé avec une extrême prudence et intégrité. Elle disait que le Pakistan a subi assez de tribulations et de souffrances et devait prendre part au courant du pouvoir au Pakistan.

 

 

Durant la session interactive j’ai apprécié sa rigueur et sa méthodologie pour faire que chacun se sente faire partie de sa mission pour un Pakistan prospère et progressiste. Je lui ai exprimé le besoin de sortir la communauté chrétienne de ses frustrations et de son isolement. Lui donner plus de pouvoir de façon qu’ils puisent sentir le sens d’appartenance au pays, concernant ce point je lui ai conseillé d’organiser et de conduire un tel meeting avec le leadership local chrétien du Pakistan et les inviter à faire part de leurs pensées et de leurs suggestions pour faire que chaque segment de la société soit une entité importante et prenne part au processus de prise de décisions.

 

 

En fait, elle ne réussira pas seulement à obtenir le soutien des chrétiens au Pakistan mais elle a réussi à acquérir une meilleure compréhension des réalités de terrain. Elle a été impressionnée, intéressée par ma suggestion et apprécié le point valide que j’ai élevé et elle a promis qu’elle assurait que cela trouvera sa place dans un temps à venir. Mais les événements successifs ont découvert un revers de la médaille tout à fait diffèrent et provoquèrent une onde de choc et de colère à travers le monde entier quand après dix-sept jours de ce meeting elle a été assassinée à sang froid a Rawalpindi le 27 décembre 2007.

 

 

15 décembre 2007 : Le président Pervez Musharraf a levé l’état d’urgence et a restauré la Constitution du Pakistan.

 

 

27 décembre 2007 : Après son rallye pour les élections en cours Benazir Bhutto est assassinée à Liaqat Bagh, au même endroit où a été assassiné, en 1951, le premier Chef de gouvernement du Pakistan Liaqat Ali Khan. Bhutto fut la cible simultanée de coups de feu et d’un attentat suicide durant lequel au moins 16 autres personnes ont perdu la vie. Trois jours de deuil national ont été officiellement décrétés. Benazir Bhutto a été enterrée le jour suivant dans son village natal aux côtés de son père Zulfiqar Ali Bhutto.

 

 

2 janvier 2008 : A la suite de la mort tragique de Mme. Bhutto, les élections ont été reportées pour six semaines supplémentaires et une nouvelle date pour le vote a été arrêtée au 18 février 2008.

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