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Religion et société

Point 46 : Respect de la liberté d’expression et respect des croyances et valeurs sacrées ainsi que des symboles religieux

Monsieur le Président,

 

 

S'il est un lieu public et politique où une parole sérieuse et profonde peut être émise et entendue, c'est bien l'UNESCO. Nous venons d'en avoir une preuve saisissante à l'occasion de la crise internationale provoquée à propos des caricatures de Mahomet. En effet, le communiqué du groupe des Ambassadeurs des Etats membres de l'Organisation de la Conférence islamique accrédités auprès de l'UNESCO a affirmé son attachement aux principes de la liberté d'expression dans la fidélité à la Charte internationale des droits de l'homme des Nations unies. Cependant, cette liberté est assortie de la responsabilité qui en découle, car la liberté d'expression, érigée en droit fondamental, n'est pas illimitée. Chaque personne doit pouvoir être protégée contre toute forme de discrimination fondée sur la race, l'ethnie, la religion ou l'appartenance à telle ou telle nation. La liberté d'expression a pour objet l'épanouissement de la personne et la défense de sa dignité. Il y a donc une limite raisonnable à ce droit d'expression. L'article 19 du Pacte international relatif aux Droits civils et politiques l'exprime très clairement. L'exercice de la liberté d'expression comporte des devoirs spéciaux et des responsabilités spéciales. "Il peut en conséquence être soumis à certaines restrictions qui doivent toutefois être expressément fixées par la loi et qui sont nécessaires au respect des droits ou de la réputation d'autrui; à la sauvegarde de la sécurité nationale, de l'ordre public, de la santé ou de la moralité publiques". Dans leur communiqué, les Ambassadeurs ont aussi affirmé leur attachement à l'oeuvre de paix à laquelle se consacre l'UNESCO par le dialogue, l'alliance des civilisations et le respect du fait religieux.

 

 

Oui, quel est le lieu public et politique capable aujourd'hui de débattre sérieusement d'une question aussi fondamentale que la foi religieuse, qui structure l'existence de millions de personnes et reste pourtant étrangère à ceux qui ne la partagent pas, sinon l'UNESCO! C'est pourquoi, aujourd'hui j'aimerais revenir sur un thème essentiel et sous-jacent à tout ce que nous venons de vivre avec la crise des caricatures, celui du respect de la dignité de l'homme. Comme l'ont souligné le Concile Vatican II, en particulier la Déclaration "Dignitatis humanae" (7 décembre 1965), ainsi que les Papes Paul VI et Jean-Paul II, et le Saint-Père Benoît XVI, les racines de la liberté résident dans la dignité singulière de l'homme (4 décembre 2005).

 

 

Le sens de notre travail est de mettre en oeuvre toutes nos ressources pour que cette dignité soit reconnue, vécue, promue et respectée. Mais il importerait de reconnaître aussi le caractère sacré de cette dignité. En effet, la liberté, si souvent invoquée durant la crise liée aux caricatures, ne doit pas seule être sacralisée en oubliant la dignité de la personne. Parlant des réaction pourtant équilibrées de l'Eglise catholique pendant ladite crise, certains esprits critiques ont osé parler d'une "coalition d'intérêt" entre religions. Il ne s'agit pas d'intérêts mais tout simplement de la défense de la dignité et de la liberté de la personne, tant de s'exprimer que de croire. Or, cet aspect essentiel du respect, de la défense et de la promotion de la dignité humaine se trouve confronté à la question de la liberté et la justice. Lorsque la liberté d'expression n'est pas limitée par la norme du respect de la dignité de la personne, la justice apparaît souvent comme le seul recours. La liberté sans justice ne veut rien dire d'autre que le déchaînement des intérêts privés. Et la justice sans la liberté est une justice formelle, celle des totalitarismes et des dictatures de tout genre. Il est donc essentiel d'oeuvrer en faveur de la liberté et de la justice afin de les garantir à tous. En effet, l'homme qui n'est pas libre, l'homme privé de justice, est un homme aussi mutilé que l'homme réduit à la réalité biologique de son corps. Ici encore, toute une dimension de son être, qu'il faut bien appeler spirituelle, se trouve niée.

 

 

Permettez-moi enfin de faire référence à un de nos sujets de conversation les plus fréquents à l'UNESCO, celui de l'éducation. J'ai évoqué jusqu'ici l'homme. Je voudrais maintenant me référer à la personne, entendant par là l'homme intégral, l'homme pris dans la totalité de son être, psychique, somatique, culturel, moral, politique, religieux. Pour respecter, défendre et promouvoir la dignité humaine, il faut pouvoir très simplement accepter la thèse suivante: ou bien l'éducation veut prendre l'homme en charge dans toutes ses dimensions, ou bien elle manque purement et simplement son but. Il n'existe pas d'éducation "bon marché". Si nous ne voulons éduquer que des détenteurs de cartes électorales, si nous ne voulons éduquer que de bons informaticiens, nous aurons manqué notre objectif. Le but de l'éducation n'est pas de former des citoyens et seulement des citoyens. Il n'est pas de former des hommes cultivés et seulement des hommes cultivés. Il est de former des personnes. But incontestablement plus élevé, et plus difficile à atteindre.

 

 

 

Mgr Francesco Follo

 

Observateur Permanent du Saint-Siège auprès de l'UNESCO, 12 avril 2006

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