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Islam

Pourquoi l’Arabie Saoudite n’est pas un Daech qui a réussi

Même idéologie à la base. Mais la raison d’être de l’État Islamique est la réadaptation du monde à travers la restauration du califat. Les 47 exécutions et les craintes de Riyad

Comme cela s’était déjà passé après le 11 septembre, les exploits de l’islamisme djihadiste - à présent sous la forme de l’État islamique - ont ramené au centre de l’attention médiatique l’Arabie Saoudite, souvent accusée d’être le principal inspirateur, le principal organisateur, enfin le principal bailleur de fonds du terrorisme djihadiste. L’exécution, le 2 janvier, de 47 détenus, dont le religieux chiite Nimr al-Nimr, a contribué, si besoin en était, à aggraver davantage encore son image de fomentateur majeur des violences au Moyen Orient.

 

 

Le fanatisme de l’Un

 

 

Ali Khamenei, guide suprême de l’Iran, s’est donc trouvé en bonne compagnie pour comparer l’Arabie Saoudite à l’État Islamique. Cette dernière année, nombre d’observateurs ont mis en évidence les affinités entre l’État des Saoud et celui d’Abu Bakr al-Baghdadi. Même idéologie wahhabite, même approche littérale des écritures, même système pénal s’inspirant d’une interprétation extrêmement rigide de la charia. Selon un éditorial du New York Times du 20 novembre, l’Arabie Saoudite ne serait autre qu’ « un Daech qui a réussi ».

 

 

Les analogies entre le royaume des Saoud et le néo-califat ne manquent certes pas, ce que nous montre fort bien la participation au conflit syro-irakien de très nombreux jeunes djihadistes saoudites, désireux de mettre en pratique le zèle religieux appris sur les bancs de l’école. Mais les différences entre les deux entités, ponctuellement relevées par Stéphane Lacroix, professeur de Sciences Po à Paris et spécialiste de l'Arabie Saoudite, ne sont pas moins significatives pour autant. L’Arabie Saoudite est un État islamique, bien qu’en position hégémonique dans le monde sunnite, alors que Daech prétend être l’État Islamique par excellence, le Califat universel auquel doivent obédience tous les musulmans du monde. Le système saoudite est bicéphale, se fondant sur la diarchie entre pouvoir politique exercé par les Saoud et autorité religieuse détenue par les oulémas, gardiens de la doctrine hanbalite-wahhabite. Dans l’État Islamique prévaut en revanche le « fanatisme de l’Un » sous sa forme la plus extrême. L’Arabie Saoudite a vu le jour en tant qu’État djihadiste et éradicateur (sa conquête de la péninsule arabique des années 1920 a été une lutte « sur la voie de Dieu » contre les musulmans considérés « déviants »). Mais, comme l’a écrit sur Oasis le spécialiste tunisien Hamadi Redissi, avec le temps, elle s’est « assagie » pour s’affirmer en tant qu’autorité néo-traditionnelle. L’État Islamique refuse quant à lui tout compromis avec l’ordre établi car sa raison d’être est la reconstruction du monde à travers la restauration du Califat. À n’en pas douter, l’État Islamique entend « réussir », mais pas à la manière du Royaume saoudien, lequel traverse par ailleurs une phase extrêmement délicate de son histoire.

 

 

 

Les messages des 47 exécutions

 

 

C’est de ce moment critique qu’il nous faut partir pour comprendre la raison des exécutions par lesquelles l’Arabie Saoudite a inauguré la nouvelle année. Se concentrant sur l’élimination de l’ayatollah chiite Nimr al-Nimr et oubliant les 46 autres condamnés à mort, de très nombreux commentateurs ont interprété unilatéralement le geste de Riyad comme une insolente provocation à l’égard de l’Iran chiite. En réalité, le message lancé par les régnants saoudites - tel qu’exposé sur sa page twitter par Madawi Al-Rasheed, un des experts les plus éminents du pays du Golfe - est bien plus complexe. Parmi les 47 exécutés figuraient notamment des militants de la société civile et des membres d’Al-Qaïda dont l’idéologue Faris al-Shuwail, arrêté après toute une série d’attaques faites en 2004 par l’organisation djihadiste. Plus préoccupés par la dissidence sunnite que par la dissidence chiite, les régnants saoudites ont voulu lancer un avertissement à leurs coreligionnaires les plus intransigeants tout en les rassurant par l’exécution de l’important leader chiite Nimr al-Nimr. La réaction de l’Iran qui - les performances de ses bourreaux (289 exécutions en 2014 selon Amnesty International) ne sont pas sans le prouver - n’a rien à envier à la brutalité de Riyad, loin de préoccuper la maison royale lui fournit le surplus de légitimité « confessionnelle » qu’elle recherchait dans une phase où, entre chute du rendement du pétrole et résultats modestes au niveau des conflits régionaux, elle avait vu son pouvoir se révéler particulièrement vulnérable.

 

 

Dans ces conditions, l’union fatale entre absence de scrupules de la famille saoudite et rigorisme des clercs wahhabites semble plus irréformable que jamais, vu que chacun des deux sujets est probablement incapable de survivre sans l’appui de l’autre. Or il est difficile d’imaginer un Moyen Orient enfin pacifié tant que l’Arabie Saoudite exercera son magistère fondamentaliste sur le reste du monde arabo-musulman sunnite.

 

 

 

 

 

 

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