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Chrétiens dans le monde musulman

Soudan : le recensement et les blessures ouvertes entre Nord et Sud

Fr Pacifico Salvatore

Dans l'accord de paix entre le Gouvernement de Khartoum et la SPLA (Sudan People's Liberation Army) de 2005, une importante étape prévue était le recensement nécessaire afin d'avoir un cadre évident de la situation du pays : le nombre d'habitants, leur localisation, leur appartenance ethnique et religieuse et d'autres aspects.

 

Le processus de recensement aurait dû commencer le 15 avril et durer deux semaines. Mais juste à la veille du commencement du recensement, il y eut un coup de théâtre : le gouvernement du Sud-Soudan, par la bouche de son président Salva Kiir, annonça publiquement que dans le Sud le recensement serait reporté parce que les conditions de son exécution n'étaient pas rassemblées et que certaines questions que le Sud considérait comme essentielles et à propos desquelles un accord avait été trouvé avec les autorités centrales avaient été ignorées sur les formulaires.

 

Parmi les conditions qui suggéraient le renvoi, citons le fait que de nombreux sudistes réfugiés au Nord ou à l'étranger n'ont pas encore eu la possibilité de rentrer dans leur zone d'origine, le fait que la sécurité est absente dans certaines zones à cause de la présence de milices ou de groupes armés et que les véhicules et les fonds mis à disposition pour le recensement étaient insuffisants. Le problème de la démarcation des frontières entre Nord et Sud était toujours présent. Parmi les rubriques que l'on demandait d'insérer, les demandes sur l'appartenance religieuse et tribale, aspects importants, parce qu'on tend souvent à considérer que le Nord est peuplé uniquement d'arabes musulmans et non de chrétiens, et qu'au Sud les chrétiens sont seulement une minorité. L'appartenance tribale aura en outre son importance quand il s'agira de définir quelle langue utiliser dans l'enseignement etc.

 

Après une série de tractations, on est arrivé à un compromis qui est apparu à beaucoup plus fictif que réel : le recensement a été reporté du 15 au 22 avril, l'ajout dans le questionnaire des questions sur l'appartenance religieuse et tribale a été garanti, les réfugiés internes voteraient où ils se trouvent tout en déclarant leur religion et leur tribu.

 

Maintenant que le recensement est terminé, il est difficile de dresser un bilan et de nombreuses personnes restent perplexes.

 

Mon impression est que dans de nombreuses zones du Sud, les gens ne soient pas convaincus des promesses qui ont été faites. Certains groupes ont boycotté le recensement, d'autres se sont plaints de ne pas avoir de formulaires en suffisance pour enregistrer toutes les personnes. Dans d'autres zones, la sécurité n'est pas encore rétablie et dans certaines régions du Sud, des observateurs non autorisés envoyés par les autorités du Nord sont apparus pendant le déroulement.

 

A El Obedi, par exemple, les étudiants catholiques de l'Université ont écrit une lettre aux autorités compétentes en se plaignant que dans leur ville, parmi le personnel chargé de mener le référendum, il n'y avait même pas un chrétien et que l'enregistrement ait été fait au crayon et non pas au stylo. La conséquence de cette lettre fut l'expulsion du Père Hailu Abraham, missionnaire combonien, curé de la cathédrale, accusé d'être impliqué dans la rédaction de la lettre et donc d'avoir fait de la politique, chose interdite aux étrangers. Après deux jours de détention dans les locaux de la police, il reçut l'injonction de quitter El Obeid et de ne plus jamais y remettre les pieds.

 

Il faut dire aussi que les préparatifs n'avaient pas été négligés. Dans la semaine du 10 au 17 avril, j'étais à Raga et j'ai pu voir personnellement comment, au moins là le recensement avait été préparé avec sérieux. Après une rencontre, chacun a reçu le matériel nécessaire et a rejoint la zone assignée, certains en vélo, d'autres en moto ou en profitant d'une voiture qui passait par là. J'ai parlé avec différentes personnes chargées de mener le recensement et j'ai eu l'impression qu'ils savaient clairement ce qu'ils devaient faire.

 

Le recensement est un passage important avant les élections générales prévues pour l'année prochaine et avant le référendum de 2011 qui devrait décider une fois pour toutes si le Sud restera uni au Nord ou s'il se séparera.

 

Il faut souligner qu'il est important que les personnes et l'autorité soient devenues plus conscientes du fait qu'on ne peut pas prendre de décisions à l'égard des personnes sans que celles-ci ne puissent exprimer leur avis.

 

L'espérance est que les résultats ne soient pas falsifiés et que le cadre qui émergera serve aussi à mieux distribuer les services. Et là où le recensement n'a pas pu avoir lieu parce que les conditions n'étaient pas réunies, il faut espérer que les autorités nationales et internationales travaillent avec davantage de conviction pour que ces conditions se concrétisent.

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