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Chrétiens d’Irak : « Le mal n’a pas d’avenir. Le bien est victorieux »

« Ne nous oubliez pas !» Le SOS du patriarche des chrétiens d’Irak, Pré-face du cardinal Philippe Barbarin.

Aucun journal, aucun reportage, aucun type de documentaire ne permet au lecteur de s’identifier aussi bien avec l’expérience que vivent aujourd’hui les chrétiens d’Irak que ne le fait le témoignage de S.B. Louis Sako, patriarche de Bagdad des Chaldéens, condensé dans « Ne nous oubliez pas ! ». C’est un petit ouvrage qui, à travers le regard d’un témoin-pasteur engagé sur le terrain, dévoile les histoires de martyrs et d’assassinats, les actes de destruction et les gestes de charité, sur fond d’une histoire qui est en train de transformer le visage du Moyen-Orient et qui concerne également l’Occident, sans exceptions, dans des modalités inattendues.

 

 

Structuré en différentes étapes, grâce aux questions très pertinentes de Laurence Desjoyaux, l’entretien passe en revue l’épreuve de l’État islamique, les deux mille ans d’histoire du Christia-nisme en Irak, la vie du patriarche depuis son enfance jusqu’à son ministère actuel, le dialogue avec l’Islam et la possibilité d’un avenir pour les chrétiens en Irak.

 

 

Toute la première partie est un sujet brûlant, construite sur une question omniprésente entre les lignes : pourquoi tant de haine à l’égard des chrétiens ? Qu’est-ce qui dans l’antique communauté chrétienne chaldéenne est tellement insupportable pour les hommes de l’État islamique ? Parmi les nombreux passages du texte dans lesquels le patriarche aborde les raisons de la tragédie actuelle, une se détache particulièrement, qui se propose comme une provocation de fond pour les chrétiens de toutes les latitudes : « Quant aux membres de l’organisation “État Islamique”, ils trouvent que les chrétiens, avec leur liberté, avec leurs mœurs, sont gênants. Regardez les jeunes filles chrétiennes habillées en jeans sans voile ! Une jeune fille musulmane, selon eux, ne peut pas se vêtir ainsi. C’est pour cela que la présence des chrétiens est un obstacle à la création d’un véritable État islamique […]. Dans ce prétendu « califat », une chrétienne libre, habillée différemment, oblige les autres jeunes femmes à se poser des questions. Les chrétiens, par leur différence, sèment le doute ».

 

 

Dans cette parole « différence », sont concentrés deux millénaires de présence chrétienne dans ces terres sur lesquels le chef de l’Église chaldéenne retourne à plusieurs reprises : une longue histoire qui a vu maintes fois les chrétiens payer un prix élevé, dans leur chair, à cause de leur foi. Hier et de nouveau aujourd’hui : l’évêque de Mossoul, Mgr. Raho enlevé et tué en 2007, les trop nombreux prêtres et les simples fidèles qui ont préféré mourir ou tout quitter, maison, travail, ville, patrie, pour ne pas se convertir à l’Islam témoignent d’une manière lancinante jusqu’à quel point Jésus Ressuscité est présent, vivant et reconnu entre eux et par eux.

 

 

Dans les églises chaldéennes, la croix, explique le patriarche, ne porte pas le corps du Crucifié. C’est une croix glorieuse : elle indique – par l’absence – que le Crucifié, qui a pris sur lui tout le mal de tous les temps, est mort mais qu’il est ressuscité et qu’il n’est plus sur cette croix en bois. Cette lumière pascale filtre de tout le témoignage de Mgr. Sako et constitue le critère avec lequel il interprète le présent et pense à l’avenir possible qui attend les chrétiens irakiens.

 

 

Avec beaucoup de réalisme, le patriarche comprend que beaucoup sont obligés de quitter leur patrie pour ne pas mourir à cause de la violence des terroristes ou de la misère. L’hémorragie semble inexorable : d’un million et demi avant la guerre de 2003, les chrétiens aujourd’hui sont environ 300.000-400.000 selon des estimations non officielles. Mais on ne peut pas se résigner, observe le patriarche, il faut endiguer le phénomène, essayer immédiatement d’inverser la tendance. Ce n’est pas seulement une question « chrétienne », l’Irak tout entier se replierait encore davantage sur lui-même, vidé d’une présence vitale et garante de pluralité.

 

 

Sans mâcher ses mots, Mgr. Sako interpelle les forces occidentales qui ont contribué à créer le chaos en Irak en 2003 : « Les Américains qui ont envahi l’Irak, qui ont changé le régime et qui ont dit qu’ils allaient protéger les droits de l’homme et apporter la démocratie et la liberté, où sont-ils ? Où est la liberté ? Où est la démocratie ? Il faut maintenant réaliser ce grand projet et permettre à tous les citoyens de ce pays de vivre dignement ». Les Occidentaux, ajoute-t-il, doivent comprendre que le fanatisme de l’État islamique constitue un grave danger pour eux aussi. Et à la question ultime de savoir si un avenir est possible pour les chrétiens en Irak, le patriarche répond par l’affirmative en disant que ce futur, il faut le préparer ensemble.

 

 

L’Irak avance vers une division, de fait, il est déjà divisé en trois grandes zones, géographiquement mais aussi psychologiquement : la région chiite, la sunnite et la kurde. Même si maintenant cela semble un horizon impossible, Mgr. Sako souhaite qu’à long terme l’Irak puisse devenir une fédération d’États, une forme qui pourrait sauvegarder l’unité du pays, garantir l’autonomie revendiquée par chaque partie et marquer un nouveau développement économique. Les chrétiens pourraient vivre là où ils sont restés et faire en sorte d’être représentés de manière adéquate auprès des organes du gouvernement. La solution, le patriarche en est convaincu, n’est pas de fuir, mais de résister et de participer, désireux d’être reconnus comme citoyens tout comme les musulmans et avec les mêmes droits. Mais le temps presse, c’est le moment de vivre à nouveau pleinement : « J’ai cette grande espérance qu’à la fin, la résurrection viendra. Nous sommes dans un tunnel […] mais au bout il y a la lumière, il y a le jour [… ] Le mal n’a pas d’avenir. […] Alors que le bien est lent, laborieux, mais il dure. Il est stable. Il est vainqueur ».

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