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Histoire d’un État « accidentel »

A History of Modern Libya. Second edition

« Nous ne produisons rien. Nous vendons seulement du pétrole et nous consommons tout. Le type de commerce où l’on ne produit rien et où l’on importe des biens en échange de pétrole est une catastrophe » (p. 191). On sera peut-être étonné d’apprendre que cette analyse lucide de l’éternel problème d’un pays pétrolier, on la doit à l’ancien dirigeant libyen Mu‘ammar Kadhafi. De ce point de vue, le cas libyen n’a rien de particulièrement exceptionnel. Territoire presque entièrement désertique, la Libye a connu un enrichissement soudain à partir de 1959. Jusqu’alors, le pays, historiquement divisé entre les deux régions rivales de Tripolitaine et de Cyrénaïque, avait été une lointaine province ottomane avant d’être colonisé par l’Italie, notamment sous le fascisme. Après la guerre, l’incapacité des puissances victorieuses à parvenir à un accord avait débouché sur la naissance du Royaume de Libye, en 1951. Un « État accidentel », pour reprendre la définition caustique d’un diplomate de l’époque, qui fut confié à la dynastie des Senoussi.

 

 

Toutefois, parallèlement aux problèmes communs à tous les États rentiers, Vandewalle illustre de façon extrêmement lucide la particularité de la Libye : le choix qu’a fait sa classe dirigeante d’empêcher le plus possible la naissance d’un État moderne. Un choix qui résulte davantage d’une inaction que d’une volonté précise durant la période monarchique, mais qui a été activement poursuivi par Kadhafi après la révolution de 1969. Si l’objectif politique affiché était l’instauration d’un « État des masses », la politique économique a pris la direction opposée. En effet, l’initiative privée était entièrement assumée par l’État. Si l’on ajoute à cela l’écart entre les structures formelles et les centres informels de pouvoir, mais aussi le système complexe de patronat mis en œuvre par Kadhafi pour se maintenir au pouvoir, on comprend bien la situation paradoxale d’un pays qui avait à la fois « trop et trop peu d’État ». Les trois vagues de réformes économiques qui ont été tentées à partir de 1986 n’ont pas su venir à bout de cette contradiction, qui a provoqué l’écroulement du régime, en 2011.

 

 

Grâce, précisément, à cette analyse de longue haleine, bien que non exempte de négligences occasionnelles (les mises à jour insuffisantes de certaines parties du chapitre V pour la deuxième édition, par exemple, ou dans certaines expressions italiennes), le livre évite un raccourci facile, suivre le colonel histrion dans tous ses mouvements. La liste de toutes les bizarreries (et les crimes) de Kadhafi serait presque sans fin. Il y eut d’abord ses tentatives, somme toute modestes, de s’ériger en héritier de Nasser, puis le Livre vert, un pamphlet de moins de cent pages mais d’une profondeur telle que des centres d’étude s’y furent consacrés dans tout le pays, et même à l’étranger dans les dernières années. Citons encore les sept tentatives, toutes échouées, d’unification avec d’autres pays arabes, et les aventures militaires au Tchad, pour arriver au terrorisme international, que le dictateur libyen a largement soutenu avant de le combattre en concluant une alliance inédite avec l’ancien ennemi américain ; parallèlement, après une grande ivresse panarabe, un revirement soudain lui permettait de se présenter aux Nations Unies, en 2009, comme le « roi des rois d’Afrique », accompagné de son imposante garde d’amazones.

 

 

La sagesse de ne pas se laisser piéger par le personnage de Kadhafi apparaît également dans l’épilogue. Le colonel éliminé, les problèmes de la Libye restent les mêmes : une dépendance totale vis-à-vis du pétrole, une absence de fort sentiment national, un État à la fois faible et omniprésent. Même si les premières élections libres ont donné des raisons d’espérer, « le double défi consistant à construire un État et une nation se révèlera incontestablement ardu, compte tenu du parcours politique sinueux sur lequel le pays s’est engagé depuis son indépendance » (Préface, xi).

 

 

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