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Classiques

La décision fondamental Nous proposons le premier chapitre de ce livre - L'avènement de Jésus

La décision fondamentale Cette petite brochure de Romano Guardini (Vérone 1885- Monaco 1968) constitue sans l'ombre d'un doute un classique parmi les essais du XXe siècle sur le Christianisme. Le célèbre professeur et écrivain des centaines d'étudiants suivaient ses cours, chaque année, sur la vision chrétienne du monde à l'Université de Munich ne choisit pas au hasard le même titre que Feuerbach et Harnack avaient donné à leurs œuvres d'interprétation du Christianisme et rentrait ainsi dans le vif du débat. Le point de départ de Guardini n'est toutefois pas le désir de répondre à des interprétations erronées sur l'essence du Christianisme, mais celui de favoriser la "décision" du croyant à l'égard de la foi. Pour prendre une telle décision le chrétien ne peut pas en effet ne pas reconnaître le Christianisme pour ce qu'il est réellement, surtout dans le climat actuel multiculturel et multireligieux. Nous présentons le premier chapitre dont le titre significatif est la question. Guardini pose "le problème" en ses termes fondamentaux: est-il possible de comprendre le Christianisme si ce n'est à partir de lui-même? Et qu'est-ce que cela signifie? La lecture de ces pages pourra nous aider à reconnaître le noyau essentiel de notre foi: Jésus de Nazareth, Son existence concrète,Son œuvre, Son destin.

Romano Guardini

 

 

Dans l'ouvrage désormais classique L'essence du christianisme, Romano Guardini, l'un des plus grands penseurs du XXe siècle, accompagne le croyant dans la reconnaissance et dans la compréhension de la nature de sa foi. Nous proposons le premier chapitre de ce livre.

 

 

L'avènement de Jésus

 

 

Au cours de la vie chrétienne, il y a un moment où le croyant est chrétien spontanément. Être chrétien, pour lui, signifie la même chose qu'être croyant, voire être pieux tout simplement. Le Christianisme forme sans doute tout son monde religieux et toutes les questions se posent dans ce cadre. C'est la ligne générale suivie par la collectivité occidentale au cours de tout le Moyen Âge et par chaque individu tant qu'il grandit dans une atmosphère chrétienne unitaire. Par la suite le chrétien se rend compte qu'il existe d'autres religions. Le croyant jusqu'ici sans incertitude, commence à se demander où est la vérité. Il compare, juge et se sent poussé à prendre une décision.

 

Dans cette prise de conscience et de position, la question de savoir en quoi le Christianisme est si particulier revêt une importance décisive. Qu'est-ce qui constitue la qualité particulière qui lui est propre et en vertu de laquelle le Christianisme se créée en lui-même et se distingue des autres religions?

 

Dans la mesure où la connexion immédiate avec la réalité chrétienne se relâche et où les autres religions non seulement sont prises en considération mais aussi perçues intérieurement, la question devient de plus en plus urgente.

 

Le problème relatif à l'"essence" du Christianisme a été résolu de différentes manières. Certains ont dit que l'essence consistait dans le fait que l'individu occupe le point central de la conscience religieuse; que Dieu se manifeste comme Père et l'individu est devant Lui dans un rapport de pure instantanéité; que l'amour du prochain devient une valeur décisive, pour en arriver aux tentatives de démontrer que le Christianisme, qui serait dans la plus haute conformité avec la raison, contiendrait la moralité la plus pure et s'accorderait au mieux avec les exigences de la nature.

 

Ces réponses sont toutes erronées; tout d'abord parce qu'elles limitent la plénitude de la totalité chrétienne en faveur d'un moment particulier qui est ressenti pour différentes raisons comme le plus important. Bien que ces réponses ne puissent satisfaire, il en ressort déjà qu'il est presque toujours possible de leur opposer d'autres solutions aussi soutenables et naturellement aussi peu satisfaisantes. On peut alors dire en s'appuyant sur des motifs fondés que le noyau du Christianisme est la découverte du "nous" religieux, voire même de la totalité au-delà de l'individu; que ce noyau manifeste l'inaccessibilité de Dieu et donc que c'est sans doute la religion d'un médiateur; qu'à travers la suprématie de l'amour pour Dieu, il élimine l'amour direct du prochain et ainsi de suite, - pour en arriver à des affirmations selon lesquelles il s'agirait d'une religion qui conteste de la façon la plus radicale la prétention de la raison, qui nie la suprématie de la morale et suggère à la nature d'abriter ce qui lui est contraire dans le profond de soi.

 

Toutefois ces réponses sont également fausses - et c'est là que se trouve l'élément fondamental - parce qu'elles sont données sous forme de définition abstraite, qu'elles réduisent leur "objet" à un concept général; mais cela contraste justement avec la conscience plus profonde du Christianisme parce que de cette façon celui-ci est ramené à des présupposés naturels: c'est précisément ce que, soit l'expérience, soit la pensée placent sous les noms de personnalité, instantanéité religieuse, amour, raison, éthique, nature... En réalité, le Christianisme ne se réduit pas à de telles catégories naturelles. Ce que le Christ prêche comme "amour", celui auquel Paul et Jean se réfèrent quand ils parlent d'amour à la lumière de leur conscience chrétienne, n'est pas ce phénomène universel humain que l'on désigne généralement par ce terme, et ce n'est pas non plus sa purification ou bien sa sublimation, mais quelque chose de différent. Il présuppose la progéniture de Dieu. À son tour, celle-ci se distingue nettement de ce qu'on entend communément par concept de l'histoire des religions quand on dit par exemple que l'homme religieux se rapproche de la divinité sous la forme d'un rapport fils-père. Elle exprime plutôt la renaissance du croyant en Dieu vivant qui se réalise à travers l'Esprit du Christ. Ainsi l'amour du prochain tel que l'entend le Nouveau Testament veut signifier l'appréciation et l'attitude qui sont possibles dans cette perspective.

 

Il en va de même pour l'"intériorité" du Christianisme qui n'est pas un phénomène de l'histoire de la psychologie générale comme cela aurait été le cas si elle avait débuté par la dissolution de la conscience objective des anciens, par la pénétration de la spiritualité nordique et si son développement historique s'était réalisé dans l'individualisme de la Renaissance ou dans la conscience personnaliste de l'époque moderne.

 

Elle représente plutôt une sphère particulière dans laquelle le croyant est soustrait en dernier lieu à une signification sur la base du monde et de l'histoire; il se trouve au-dessus de ceux-ci ou bien à l'intérieur d'eux. C'est là le lieu où le pécheur racheté dans le Christ se tient devant «Dieu, Père de notre Seigneur Jésus Christ» (2Cor 1, 3) et a fondement seulement pour Lui. Dès que le Christ disparaît, l'intériorité chrétienne s'évanouit elle aussi. Naturellement, l'amour chrétien est un amour humain et dans sa concrétisation on retrouve toutes les attitudes et les actes qui le caractérisent; le phénomène de l'intériorité chrétienne intègre également toutes les forces et les valeurs des différents processus d'intériorisation qui se manifestent au cours de l'histoire et de la vie d'un individu; cependant, ce qui importe avant tout c'est la distinction. Dans la conscience de la responsabilité devant Dieu révélant, il faut souligner ce qui est spécifiquement différent; différent du moins du point de vue de sa prétention et de sa source première, même si la réalisation peut également se révéler confuse.

 

Ce qui est chrétien ne peut être dérivé par des préliminaires mondains et des catégories naturelles ne peuvent en déterminer son essence, parce que de cette façon sa particularité est annulée. Sa signification ne peut donc

 

être saisie que dans ses limites propres. C'est le Christianisme qui doit être interrogé directement et c'est de lui qu'on obtiendra la réponse. Alors seulement son essence prend forme comme quelque chose de particulier et d'insoluble. Il est au-delà de la pensée et du langage, qui réduit toutes choses, bien que différentes entre elles, sous les catégories de l'expérience et de la logique. Le Christianisme ne s'adapte pas à ces catégories. Par conséquent, quand la réflexion amène à la constatation que, malgré tous les éléments communs de l'existence matérielle, le Christianisme ne peut finalement se résoudre et se réduire au "monde", c'est seulement à ce moment-là que sa structure essentielle en émerge clairement.

 

 

***

 

 

Enfin le Christianisme n'est pas une théorie de la Vérité ou une interprétation de la vie. Il est cela aussi, mais ce n'est pas en cela que consiste son noyau essentiel. Ce dernier est constitué par Jésus de Nazareth, par Sa vie concrète, Son œuvre, Son destin - c'est-à-dire par une personnalité historique. Celui pour qui un homme acquiert une signification essentielle perçoit une certaine analogie de situation. Dans ce cas, ce n'est pas l'"humanité" ni l'"humain" qui comptent, mais la personne. Elle détermine tout le reste, et d'autant plus universellement et profondément que la relation est intense. Cela peut arriver de façon si puissante que tout se réalise à travers la personne aimée: monde, destin, devoir; elle est présente en tout, tout nous la rappelle, elle donne un sens à tout. Dans l'expérience d'un grand amour, le monde se ramène à un rapport de couple Toi-Moi, et tout ce qui se passe devient un événement dans cette sphère. Finalement l'élément personnel vers lequel tend l'amour, et qui représente ce qu'il y a de plus grand parmi les réalités du monde, pénètre et en détermine toutes les autres formes: l'espace et le paysage, les pierres, les arbres, les animaux...

 

Tout cela est vrai mais ne garde un sens qu'entre ce Toi et ce Moi. Au fur et à mesure que l'amour s'éveille, il prétendra de moins en moins que ce qui constitue pour lui le centre du monde le soit également pour les autres. Une telle prétention pourrait être sincère du point de vue lyrique, mais pourrait sembler insensée sur d'autres plans. Pour le Christianisme les choses fonctionnent différemment. Le fait que Jésus, personne unique, devienne la réalité religieuse décisive pour l'homme, ne dépend pas d'une rencontre d'amour, mais cette réalité existe, sans condition, et pour elle-même. Elle est ressentie comme telle par chaque individu; il ne s'agit pas d'une possibilité laissée au hasard, comme une inclination subite qui surgit tout à coup, mais c'est une exigence qui s'impose à la conscience.

 

Le Christianisme affirme que pour l'incarnation du Fils de Dieu, pour Sa mort et Sa résurrection, pour le mystère de la foi et de la grâce, toute la création doit renoncer à son autonomie - apparente -, se plier à la domination d'une personne concrète, Jésus-Christ, et en faire sa propre règle décisive. Du point de vue logique, cela peut paraître paradoxal car la réalité propre d'une personne semble mise en danger. Mais le sentiment personnel se rebelle également à cela. Un individu accepte facilement une loi qui a fait preuve de justice, qu'il s'agisse d'une loi de la nature, de la pensée ou de la moralité. L'individu réalise qu'à travers cette loi, il reste lui-même; plus encore, la reconnaissance de ces lois générales peut se traduire par une action personnelle. L'individu est en vif contraste avec l'exigence de reconnaître une "autre" personne en tant que loi suprême de toute la sphère de vie religieuse et par conséquent de la propre existence; on comprend ainsi ce que peut vouloir dire "renoncer à son âme".

 

 

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