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La résistance du Christianisme sur sa terre d’origine

Chrétiens d’Orient. Résister sur notre terre

« Je crains qu’à force de discours sur ces gens qui souffrent nous ne finissions par en faire une entité abstraite » (p. 117).

 

Cette observation, si vraie, est prononcée par Mgr Pascal Gollnisch, depuis 2010 directeur général de l’Œuvre d’Orient. Cette œuvre importante, née en France en 1856, soutient aujourd’hui plus de mille projets dans la région. Comme pour compenser le danger de l’abstraction, ce bref ouvrage « se veut plus un témoignage, une réflexion personnelle, qu’une analyse d’expert» (p. 9). Un témoignage qui s’appuie toutefois sur des milliers de kilomètres parcourus au Moyen-Orient, depuis les années de formation au séminaire et sur une série ininterrompue de rencontres avec des responsables ecclésiaux et politiques mais aussi avec beaucoup de personnes normales, comme les réfugiés du Kurdistan irakien, auxquels sont consacrés les premières pages du livre.

 

 

Comme on le sait, l’histoire des églises orientales est complexe et déjà les rites catholiques dans la région s’élèvent à sept. Par rapport aux nombreuses explications superficielles qui circulent dans les médias, la première partie de l’ouvrage explique clairement comment se sont produites les divisions qui ont conduit à la naissance de ces églises et les principaux points de débat théologique, tandis qu’un appendice très utile fournit une brève présentation de chaque église catholique orientale, avec sa référence en France. Il faudrait peut-être seulement nuancer la prise de distance plutôt nette par rapport aux « déferlantes tardives de missionnaires européens, envoyés par l’Église latine de Rome » (p. 26) et à l’Occident « conquérant et latin » (p. 21). Même si on comprend bien les raisons historiques de cette critique, il est juste de rappeler que si le patrimoine théologique et liturgique de ces Églises ne s’est pas perdu, on le doit aussi à l’œuvre de nombreux missionnaires latins qui se sont donnés généreusement durant des siècles au service de ces communautés.

 

 

L’auteur souligne le choix fondamental des chrétiens orientaux en faveur de la non-violence, même et surtout dans les conflits en cours, et la contestation radicale qu’elle produit par rapport aux logiques de puissance et de domination responsables de l’effondrement des sociétés du Moyen-Orient contemporaine. Et ici le discours, pour éloigner tout soupçon d’intellectualisme, évoque plusieurs épisodes récents de martyre, dont l’attaque à la cathédrale syro-catholique de Bagdad en 2010, presque un sinistre présage de ce qui allait se produire peu après en Irak.

 

 

Cela ne signifie pas cependant que les communautés chrétiennes orientales n’ont pas le droit de se défendre au moment où elles sont menacées d’extermination. Le témoignage, reproduit entièrement, de Mgr Hindo, archevêque syro-catholique de Hassaké-Nisibe, illustre par exemple combien la situation des villages chrétiens est précaire dans le nord-est syrien, pris en tenaille entre la menace de l’EI, les ambitions des milices kurdes et le désintérêt du régime syrien qui, tout comme la communauté internationale, avait encore dernièrement d’autres priorités que le contrôle de ces régions périphériques. Sans se cacher derrière les mots, l’auteur demande ouvertement une intervention militaire internationale pour sauver ce qui reste de ces communautés, tout en étant bien conscient que la véritable solution consiste à proposer une perspective crédible à la communauté sunnite, en Irak comme en Syrie. Mgr Gollnisch insiste également sur la promotion d’une culture des droits : s’éloignant sur ce point de nombre de ses interlocuteurs orientaux, il demeure convaincu que les grands principes libéraux (séparation des pouvoirs, État de droit, une forme de laïcité quel que soit le nom qu’on veuille lui attribuer) ont quelque chose à dire à ces pays et à leurs sociétés majoritairement islamiques. Pour être plus exact, ils ont déjà commencé à exercer une certaine attraction sur elles : « Si je crois tant qu’une coexistence est possible […] c’est bien parce qu’il me semble qu’une partie conséquente de la population musulmane du Moyen-Orient ne veut pas entendre parler de Daesh ou d’Al-Qaïda » (p. 136).

 

 

Mais à côté des chrétiens orientaux, le livre présente un second pôle : c’est nous, les européens. En effet, « il serait dramatique de croire une seconde de plus que le sort du Moyen-Orient n’est pas directement lié au nôtre » (p. 19). L’enjeu est crucial : montrer que chrétiens et musulmans peuvent encore vivre ensemble. S’ils n’y arrivent pas au Moyen-Orient, où ils partagent la même langue et la même culture, comment pourraient-ils y arriver en Occident ? Et pourtant, cette dimension du problème est difficilement prise en considération. « La France – mais le discours pourrait s’appliquer, de manière variable, aussi aux autres pays européens – est malade de ses religions. Tant qu’elle refusera de leur accorder une place légitime dans le paysage citoyen, elle ne sera pas non plus en mesure de comprendre ces populations qui affluent vers nous et questionnent nos sociétés » (p. 116). Agir, aujourd’hui et pas demain, pour que l’expérience de pluralisme religieux vécue au Moyen-Orient ne soit pas complètement effacée, en maintenant des canaux de dialogue et en même temps en conservant les liens entre les diasporas et les communautés d’origine, signifie donc construire un avenir meilleur aussi pour nos sociétés européennes.

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