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Muhammad Fadhil al-Jamali, Invito all’Islam. Lettere di un padre incarcerato a un figlio

Muhammad Fadhil al-Jamali, Invito all’Islam. Lettere di un padre incarcerato a un figlio (Invitation à l’Islam. Lettres d’un père détenu à son fils), a cura di Valentina Colombo, texte arabe traduction italienne, Arab Scientific Publisher, Beyrouth 2013 (première édition Da'wa ilâ al-Islâm, Dar al-Kitâb al-Lubnânî, Beyrouth 1963 traduction anglaise Letters on Islam, Oxford University Press, London 1965)

Le 14 janvier 1958, le général al-Qasim renverse la monarchie irakienne. Les medias du monde entier rapportent que Muhammad Fadhil al-Jamali, huit fois ministre des Affaires étrangères et premier ministre en 1953-1954, a été tué lors du coup d’État. En réalité, al-Jamali est capturé trois jours plus tard dans une zone isolée au Nord de Baghdad, interrogé, jugé, et condamné à mort sous des accusations mensongères. Par la suite, la peine capitale est commuée en dix ans de prison. Mais sous l’effet des pressions internationales, trois ans après le coup d’État, le général al-Qasim se décide, le 13 juillet 1961, à remettre les prisonniers politiques en liberté. Al-Jamali quitte l’Iraq et se transfère en Tunisie, à l’invitation du président Bourguiba. Il y enseigne pédagogie à l’université de Tunis, chaire qu’il conservera jusqu’en 1988. Il meurt en 1997, à l’âge de 94 ans.

 

 

Alors qu’il se trouve en prison, suspendu entre la vie et la mort, al-Jamali amorce une correspondance avec son fils ‘Abbas, qui vient d’être admis à l’université américaine de Beyrouth. Al-Jamali, qui a reçu une formation occidentale de premier ordre à Beyrouth et au Teachers College de la Columbia University, est resté un musulman pratiquant. Un choix qui n’était pas évident: selon l’auteur, «l’adoption de l’instruction occidentale sans que celle-ci soit accordée au substrat éducatif national […] a entraîné une sorte de shi’isme, de dualisme dans la structure sociale et intellectuelle de la population». (p. 270). Mais l’ancien ministre n’est pas parvenu à transmettre sa foi à ses enfants, à cause notamment de ses engagements politiques. Réduit à présent à une inaction forcée, il cherche à récupérer le temps perdu et expose à son fils la signification que l’Islam recouvre dans sa vie. Après sa libération, ces lettres sont rassemblées en un volume qui reçoit un accueil très positif, tant dans le monde arabe qu’en Occident. Son but est «d’informer mes frères (êtres humains vivants) de ce que j’ai éprouvé durant cette année et demie où j’ai failli être pendu» (p. 94). Mais «le fait le plus important, ajoute l’auteur, c’est que mon fils, le Dr ‘Abbas al-Jamali, est devenu, grâce à Dieu, un musulman pieux dans sa foi» (p. 91).

 

 

Ce volume, publié en Italie à l’initiative du ministre plénipotentiaire Enrico Granara, directeur adjoint de l’Institut des Hautes Études pour la Défense, présente de nombreux mérites. En premier lieu, son caractère profondément essentiel. Au début de sa détention, al-Jamali n’a dans sa cellule que le Coran, et rien d’autre; et sa condition de prisonnier l’oblige à ne pas se perdre en divagations. Le résultat est un dialogue intense avec son fils, mais aussi avec lui-même et implicitement avec Dieu, sur la foi, et sur la consolation qu’elle offre face à la mort. En revanche, peu ou pas de ton apologétique ni de rhétorique nationale, qui souvent gâchent des œuvres de ce genre.

 

Mais ce qui frappe surtout, c’est la défense passionnée de la légitimité du pluralisme interne à l’Islam, dont al-Jamali est un partisan fervent. Il écrit en effet, à propos de lui-même: «Je suis un simple musulman, rien d’autre» (p. 173). Lui qui a grandi dans une famille de dignitaires shi’ites, il croit en la nécessité de surmonter les divisions entre musulmans au point que, lorsqu’il décide de se marier, il le fait selon une école juridique sunnite. Sa femme, en effet, qu’il a connue à la Columbia University, est chrétienne, et le shi’isme n’autorise pas les mariages mixtes. Al-Jamali se défie également de la pensée unique: «Je ne crois pas que les salafites, avec tout le respect que j’ai pour eux, soient disposés à entendre les points de vue des autres et à permettre la liberté de pensée dont j’ai besoin. Je suis un croyant, mais ma foi requiert la recherche scientifique, surtout dans le domaine des sciences naturelles et des études sociales, et elle exige que l’on accepte le concept d’évolution, que l’on doit considérer comme provenant de la volonté de Dieu – Il est le Très-Haut – et de sa modalité de gérer l’univers. Je crois profondément dans la liberté de pensée, à condition qu’elle soit accompagnée d’honnêteté. Je n’hésite pas à accepter intellectuellement ce que les civilisations orientales et occidentales produisent dans le domaine scientifique ou spirituel, tout comme leurs acquis moraux et matériels. Bien plus, j’exhorte à s’approcher de tout cela avec force, et je ne pense pas que les salafites puissent se trouver d’accord avec moi sur ce point».

 

 

L’ouverture d’al-Jamali se tourne donc aussi vers l’Occident, non seulement dans le domaine scientifique – ce que tous les penseurs musulmans acceptent plus ou moins aujourd’hui – mais aussi dans le domaine spirituel. Ceci implique pour l’auteur de porter un regard nouveau sur le Christianisme. Lorsqu’il était arrivé à l’American University de Beyrouth, institution fondée vers le milieu du XIXe siècle par des missionnaires protestants, al-Jamali était animé d’une «attitude hostile vis-à-vis des non-musulmans» (p. 25) au point que, lorsqu’il assistait à des fonctions religieuses, il remplaçait toujours les mots de Jésus et Seigneur par Muhammad et Dieu. Mais l’atmosphère de Beyrouth finit par le conquérir : c’est lui qui propose, en 1952, au président libanais, le maronite Bishara al-Koury, d’organiser une conférence des pays islamiques précisément à Beyrouth, dans la conviction que «la présence du Liban servirait la cause de la fraternité entre chrétiens et musulmans, et la compréhension réciproque entre les deux religions» (p. 49). En réalité, écrit-il à son fils ‘Abbas, «il n’existe aucun motif rationnel pour que se poursuive l’hostilité entre Islam et Christianisme»(p. 231). Et il cite dans la foulée le verset 3,64 du Coran sur la Parole commune qui, un demi-siècle plus tard, constituera le titre de la lettre adressée par 138 personnalités musulmanes au Pape. Pour al-Jamali, «il est nécessaire d’organiser des rencontres et des échanges d’idées touchant les questions fondamentales sur lesquelles Christianisme et Islam concordent, et qui sont beaucoup plus nombreuses que celles qui les séparent» (p. 231). Il avait affirmé par ailleurs dès 1956, lors d’une rencontre avec Pie XII, formulant le vœu que chrétiens et musulmans puissent s’unir pour affronter «le danger d’un matérialisme athée» (p. 75). De ce point de vue, certaines pages sont particulièrement significatives, où al-Jamali affirme, contre le marxisme, l’impossibilité d’organiser une économie saine sans une dimension non spirituelle, parce que «la morale précède l’aspect matériel […] et la volonté précède l’action» (p. 221).

 

 

Mais al-Jamali est surtout un pédagogue raffiné, convaincu que «le problème de l’éducation est un problème humain. C’est le problème de l’homme en tant qu’individu et en tant qu’espèce […] Comment l’éducation peut-elle l’aider à réaliser sa propre mission sur la terre comme agent de Dieu (comme le dit le Coran) ou comme être créé à l’image et ressemblance de Dieu (comme le dit la Bible)? Comment l’Islam et l’Occident peuvent-ils coopérer pour accomplir cette noble et sublime mission ? » (p. 275). L’attention qu’il porte à l’éducation vient non seulement de sa formation universitaire, mais aussi de la tragédie familiale qu’il a vécue. Son fils Layth à la suite d’une encéphalite contractée dans les années 40, souffrait en effet d’un grave retard mental. Ses parents s’attachèrent tout particulièrement au problème des handicapés que la société irakienne ignorait délibérément. L’épouse de al-Jamali, Sara Powell, devait fonder une école pour enfants souffrant de retard mental.

 

 

Pour conclure, Invitation à l'Islam aide à connaître non tant les doctrines théologiques et juridiques islamiques, sur lesquelles il y a aujourd’hui abondance de publications, mais plutôt l’expérience de foi d’un penseur qui fut sans aucun doute libéral et progressiste, surtout en regard des standards du salafisme actuel, mais aussi homme profondément croyant et d’une grande honnêteté intellectuelle (voir par exemple la partie sur le jihad où l’auteur tempère mais n’ignore pas le précepte sur la guerre sainte: unique point faible, l’appréciation qu’il formule sur Sigrid Hunke). On peut regretter seulement les nombreuses coquilles qui émaillent le texte italien. La traduction, parfois hâtive, aurait gagné à une seconde relecture. En dépit de ces quelques réserves, le contenu du livre, le style très direct et les nombreuses notes qui accompagnent le texte, recommandent l’ouvrage sans aucun doute à quiconque veut se faire une idée de l’Islam non comme système de dogmes ou comme idéologie politique, mais comme une expérience de foi vécue.

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