La Haute Cour de justice a tranché, mais, depuis vendredi 9 janvier, les manifestants rejètent sa décision : en Malaisie, les musulmans veulent être seuls à avoir le droit d’utiliser le nom d’allah. Pourtant, allah signifie simplement « le Dieu » en arabe et, dans tous les autres pays arabophones, les chrétiens prient allah ! Pourquoi cette crise dans ce pays et pas ailleurs ? Les autres chrétiens de langue arabe pourraient-ils être touchés ?
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Une histoire missionnaire Benoît XVI appelle au respect des immigrés après les chasses à l'homme dans le sud de l'Italie Mots clés islam Moyen-Orient chrétiens Arabes Malaisie Indonésie En trois jours, une église et un temple ont été partiellement incendiés, et sept autres bâtiments religieux attaqués. Ces débordements étaient prévisibles mais le Premier ministre malaisien Najib Abdul Razak, condamnant ces actes qui « détruisent l'harmonie du pays », s’était dit dans l’incapacité d’empêcher les manifestations islamistes de vendredi.
La cause de ces troubles ? La Haute Cour de Kuala Lumpur, à l'issue d’une longue bataille juridique, autorisait le 31 décembre les non-musulmans à utiliser allah dans leurs écrits. Elle répondait en cela à une demande du Herald Weekly, principal hebdomadaire catholique du pays, qui rappelait que le mot allah, d’origine pré-islamique, a toujours été employé par les chrétiens de langue malaise.
Une menace pour tous les chrétiens qui parlent arabe
Le fait est que tous les chrétiens de langue arabe utilisent allah pour parler de Dieu. Ce qui ne pose pas ailleurs de problèmes. Quoique…
L’arabe est la langue du Coran et les annonces paroissiales des catholiques ne doivent donc pas être écrites en arabe : c’est ce qu’énonçait l’Algérie au lendemain de son indépendance, comme le rappelle Mgr Pierre Boz, exarque (1) des melkites catholiques en Europe. L’auteur de L'islam, rencontre et découverte (DDB), explique que « pour les musulmans intégristes, l’arabe est, autant que le Coran, donné directement par Dieu. Il est, en quelques sortes, divin et "appartient" aux musulmans. Sans la justifier, on peut comprendre la crainte des croyants que les religions ne se confondent avec l’usage d’un même mot. Même si allah en arabe signifie simplement le dieu, la divinité. Je célèbre chaque jour la messe en arabe et le premier mot de la liturgie est justement allah ». Une liturgie célébrée dans tout le Moyen-Orient, en particulier en Jordanie où le Père Boz a longtemps été curé de paroisse « Non, ce rejet n’a pas lieu en Jordanie et c’est sans doute parce que les musulmans ont l’habitude de cohabiter avec des communautés chrétiennes très anciennes. Est-ce une garantie, est-ce que les chrétiens d’Orient ne se verront jamais interdire le nom d’allah ? Je n’en jurerais pas, à cause de la radicalisation de l’islamisme. »
Pourquoi en Malaisie ?
Selon le directeur de l’agence de presse des Missions étrangères de Paris, Régis Anouil, la religion chrétienne reste perçue comme étrangère, voire occidentale, même si l’arrivée des premiers missionnaires en Malaisie remonte à 1511. « Soixante pour cent des Malaisiens sont des Malais, tous supposés de religion musulmane. C’est dans les minorités indienne (10 %) et chinoise (25 %) que se trouvent habituellement les chrétiens. Pas de problème tant que les chrétiens parlaient anglais, chinois ou tamoul mais, sur l’île de Bornéo, les chrétiens parlent de plus en plus malais. Par ce conflit soi-disant religieux, s’expriment en outre des compétitions : l’ethnie chinoise a longtemps régenté l’économie, alors que les Malais tenaient le pouvoir politique. Ces derniers avaient donc imposé des mesures favorisant leur ascension économique, mesures qui sont remises en cause aujourd’hui. Dans le même temps, ethnies et religions commencent à se mêler ; le nombre des conversions d’une religion à l’autre est minime, mais les équilibres bougent, et cela suffit pour cristalliser les inquiétudes d’une société par ailleurs en pleine mutation. »
« Allah » de l’autre côté de la frontière
Un conflit proprement malais, donc, et de manière d’autant plus frappante que cette même île de Bornéo où les chrétiens parlent malais est partagée entre à la Malaisie et l’Indonésie, le plus grand pays musulman en nombre de croyants. Même si les troubles interreligieux ne manquent pas dans l’archipel indonésien, la question du nom d’allah ne semble pas se poser, pas même de l’autre côté de la frontière, chez les Indonésiens de Bornéo, qui compte 24 % (2) de catholique dans sa partie ouest (Kalimantan).
Sybille d’Oiron
(1) NDLR : Dans la tradition byzantine, l'exarque est le délégué du patriarche là où ce dernier ne peut se rendre.
(2) Chiffres repris à l’étude F. Raillon, CNRS, 2002
http://www.famillechretienne.fr/societe/monde/le-nom-dallah-pourquoi-pas_t7_s36_d55189.html
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