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Islam

Après Nice, le courage de prendre position

Fleurs sur la promenade des Anglais à Nice

L’époque du gris est terminée. Il ne reste que le blanc et le noir, pour et contre la violence

Deux secousses très rapprochées : le massacre de Nice et le coup d’état raté en Turquie. Deux coup de tonnerre, mais le plus assourdissant est le premier : en effet, tandis que les événements turcs s’inscrivent dans une logique « normale » de lutte pour le pouvoir, avec ses coups bas, ses manœuvres dans les coulisses, ses purges et, naturellement, ses morts ; dans le cas de Nice, nous sommes devant l’inexplicable. Tellement inexplicable que la plupart des experts en djihadisme ont hésité presque un jour avant de se prononcer, espérant peut-être secrètement qu’il s’agissait du geste d’un fou isolé que personne n’oserait reconnaître. En revanche, la revendication de l’État islamique est arrivée, avec seulement quelques heures de retard.

 

 

Deux penseurs viennent à l’esprit face à cette tragédie : le premier est Benoît XVI. Le bien est rationnel, tandis que le mal est un abysse obscur dont la raison ultime nous échappe. Des locutions comme « raptus homicide » ne sont que des expressions de facilité pour couvrir notre malaise insurmontable devant ce phénomène.

 

 

Le second penseur est René Girard et sa lecture anthropologique de la violence comme un virus de la civilisation. L’état islamique et les autres mouvements djihadistes ont mis en circulation leur venin et certains individus – que pour notre tranquillité, nous voudrions toujours issus de milieux défavorisés et déséquilibrés – le recueillent, s’infectent et frappent, à Nice comme à Würzburg. Qu’il s’agisse d’une action isolée revendiquée ensuite par l’organisation terroriste ou qu’il existe une « régie », cela fait peu de différence finalement.

 

 

Le mécanisme est vieux comme le monde, mais la nouveauté, c’est qu’aujourd’hui le phénomène émulateur est énormément amplifié par les moyens de communication. Si, dans le passé, cette contagion pouvait toucher un groupe limité sur un territoire précis, jusqu’à le conduire, hypothèse extrême, à l’anéantissement, elle peut maintenant rejoindre toute la communauté globale.

 

 

Face à cette situation, il faut avoir le courage de dire que le système de canalisation et de finalisation de la violence que la charia médiévale avait prévu ne tient plus. Il ne faut pas être un expert en droit islamique pour savoir que le massacre à grande échelle de civils désarmés, en particulier des enfants, n’a jamais été autorisé et les tentatives de certains milieux djihadistes de retrouver des antécédents à leurs actions dans l’utilisation médiévale de balistes et de catapultes, sont risibles. Et pourtant, ce système de normes et d’exceptions, de concessions et de rétractations, de poids et de contrepoids, cette casuistique fondée sur des textes finalement contradictoires, ne suffit plus. Devant la violence exhibée et célébrée d’un camion lancé à toute allure sur une foule sans protection, le docteur de la loi semble redondant. Et, en effet, dans le monde musulman, qui les suit encore ces ulémas « officiels » dont nous réclamons, après chaque attentat, une prise de distance et une condamnation ?

 

 

Il y a quelques jours, un attentat a frappé Médine. Peu de morts, relativement parlant, mais l’impact symbolique est énorme, parce qu’il s’agit d’un territoire sacré pour les musulmans. Par cette action, la violence, qui durant ces années a déjà si durement frappé le Moyen-Orient, fait irruption dans le sanctuaire même de l’Islam, comme à l’époque des Omeyyades et puis des Qarmates, comme sous les wahhabites fanatisés du début du dix-neuvième siècle et – presque une répétition générale – comme lors de l’insurrection salafiste-djihadiste de 1979. L’époque du gris est terminée. Il ne reste que le blanc et le noir, pour et contre la violence.

 

 

Et il reste surtout les exemples. Si Oasis continue à raconter également des expériences de rencontres entre chrétiens et musulmans, ce n’est pas par irénisme, par envie de tout justifier ou par peur. C’est parce que nous voulons opposer une autre contagion à la contagion du mal, celle du bien. Lui aussi continue à agir, grâce surtout au témoignage fécond des martyrs de notre époque, en particulier les nombreux chrétiens du Moyen-Orient qui, malgré les persécutions subies, ont choisi de ne pas alimenter le cycle de la vengeance. Leurs vies illustrent ce renoncement à la violence sacrée, toujours à renouveler, que le Christianisme offre à tous les hommes de bonne volonté.

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