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Islam

Le Liban, un cas unique dans le monde arabe

La situation du Liban est assez différente de celle du reste du monde arabe : c'est le seul des 22 pays arabes qui ne soit pas « musulman » mais qui est plutôt une réalité « bi-religieuse ». Une charactéristique propre au pays, est qu'en fait, tout le système du Pays est construit sur deux communautés: l'une musulmane et l'autre chrétienne, composée chacune de sous-communautés. Toutes deux vivent dans une condition de parité qui se manifeste, par exemple, au Parlement dans lequel siègent 64 chrétiens et 64 musulmans. Tout comme dans la division des postes à responsabilités inhérents au pouvoir. Le Président de la République est un chrétien du sous-groupe catholique-maronite, le Premier Ministre est musulman sunnite et le Président du Parlement est musulman chiite.

 

En général, dans tous les bureaux de l'État, le nombre d'employés chrétiens et musulmans de haut niveau doit toujours être équilibré, même si cela devient de plus en plus difficile étant donné l'augmentation du nombre de musulmans (actuellement 60-65 % de la population) et la diminution des chrétiens (environ 35-40 %).

 

Tout cela est très significatif parce que cela signifie que les musulmans libanais - bien qu'ils représentent la majorité et qu'ils le deviennent toujours davantage - considèrent important pour leur vie de maintenir l'équilibre islamo-chrétien, même si cela va contre une logique étroite de proportionnalité de la représentation qui défavoriserait la minorité chrétienne.

 

On ne peut pas savoir jusqu'à quand continuera cette situation, mais pour le moment, l'expérience libanaise est positive sous cet aspect et il en sera ainsi tant que d'autres formes de confessionalisme ne prévaudront pas.

 

D'autre part, nous n'avons pas en Orient un système que l'on pourrait qualifié de parfait. Il n'est pas possible d'adopter et de transposer en Orient des systèmes qui sont valables en Occident, comme le système d'un Etat qui considère tous les citoyens comme anonymes et égaux ou un système comme le français ou l'américain. Cela n'aurait pas de sens ni de fondement parce que cela présuppose une référence très forte et exclusive à l'Etat qui est placé au premier rang tandis qu'au Liban l'appartenance religieuse est le premier point de référence et l'Etat arrive en second lieu.

 

 

Le fondamentalisme se déclenche lorsque la religion devient la première, l'unique et la dernière référence. Au Liban, grâce à ce type d'organisation, le problème de la liberté religieuse est résolu en partie ou évité.

 

Un exemple récent peut illustrer cela : il y a trois ou quatre ans, on découvrit par hasard dans les bureaux du Ministère de l'Intérieur un document déjà prêt à être signé. Ce document prévoyait l'insertion du Liban dans un projet du Sisco (association islamique qui correspond plus ou moins à l'Unesco) qui promeut des programmes islamiques dans les écoles. Il fut immédiatement bloqué. Tous les journaux chrétiens réagirent en faisant référence au principe de liberté qui a toujours caractérisé le Liban également dans le domaine religieux.

 

Cet exemple montre que lorsque quelqu'un essaie de modifier la situation actuelle, c'est le principe d'équilibre et de parité dans les représentations et les traitements à l'égard des différentes communautés religieuses qui prime.

 

Au Liban, les cloches des églises sonnent sans problèmes et la même chose vaut pour l'appel à la prière, liberté qui n'est pas valable dans d'autres pays où tout est contrôlé et mesuré.

 

Un autre exemple est tiré du monde universitaire : au Liban, il est possible d'étudier dans une Université chrétienne, ce qui n'est le cas dans aucun des 22 pays arabes. Le principe de parité ainsi considérée est en vigueur : si l'on veut construire une Université catholique ou orthodoxe, c'est possible, mais alors on doit aussi établir une musulmane (ou vice versa). Lorsque les moines Antonins proposèrent de construire une Université, le permis leur fut accordé, mais ils durent attendre qu'une telle demande soit introduite aussi de la part des musulmans. Ainsi deux nouvelles Universités virent le jour.

 

Le Liban peut enseigner aux autres pays musulmans que la présence chrétienne est un « plus » pour le monde arabe-musulman.

 

Même si l'expression peut sembler simpliste, la présence des chrétiens, qui sont par une certaine prédisposition plus ouverts et proches de l'Occident, ce dernier étant de matrice chrétienne, peut aider le pays à être plus ouvert et à comprendre autant l'Orient que l'Occident.

 

L'expérience du Liban peut montrer au Moyen-Orient que la liberté religieuse et au sens large la dimension religieuse, qui ne correspond pas avec le fanatisme, ne constituent pas un frein pour la société, mais une stimulation continuelle ; ce n'est pas un danger pour la laïcité, mais une richesse à partager. Parce que là où se confrontent des opinions et des jugements différents, la possibilité d'une critique réciproque qui permette de grandir et de se perfectionner est davantage concrète et réaliste.

 

Au Liban, nous le voyons aussi en ce qui concerne les problèmes liés aux valeurs fondamentales de la vie, de la bioéthique, par exemple, et les problèmes éthiques en général.

 

Une certaine façon de vivre les traditions peut représenter un frein en limitant cette liberté. Par exemple, dans le domaine des mariages entre personne de confessions différentes. La loi ne les rend pas impossibles, mais les traditions en vigueur les rendent difficiles à gérer, surtout si l'on considère l'éducation des enfants, leur baptême éventuel, les relations entre proches parents, etc.

 

Tant dans les milieux catholiques que sunnites ou chiites, les vieilles traditions et habitudes limitent la liberté religieuse.

 

A la lumière de tout cela, le Liban reste une réalité à connaître, un modèle qui doit aussi être considéré comme un exemple duquel s'inspirer dans d'autres pays et surtout au Moyen-Orient et à protéger de ceux qui cherchent à le dénaturer.

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