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Islam

Ce vent rageur et ignoré

Auteur: Jeffrey Tayler Titre: Angry Wind: Through Muslim Black Africa by Truck, Bus, Boat and Camel Editeur: Houghton Mifflin Co., Boston, 2005, 256 p.

Quand l'Harmattan souffle, des populations entières de l'Afrique centrale et occidentale voient empirer chaque jour davantage, impuissants, leurs conditions de vie déjà misérables. Mais ces dernières années il y a aussi un autre vent qui souffle sur le Sahel, un vent rageur qui secoue les âmes de millions de personnes du Tchad au Nigeria, du Niger au Mali.

 

C'est le vent d'un ressentiment contre l'Occident, et en particulier contre l'Amérique, qui se nourrit d'un islamisme idéologique prêt à alimenter la rage de ceux qui se sentent sans espérance. Une région dont le monde se souvient presque toujours seulement dans les moments de crise court le risque de se transformer en un "Afghanistan africain", un foyer où se créent de nouvelles générations de terroristes. Chrétiens et musulmans cohabitent avec beaucoup de peine dans un scénario dont le cas exemplaire est celui du Nigeria qui, avec ses 137 millions d'habitants court le risque de devenir le plus vaste (et dangereux) état raté sur la face de la terre, avec des conséquences catastrophiques pour l'Afrique, et pas seulement pour elle.

 

C'est le journaliste américain Jeffrey Tayler, officiellement correspondant de Moscou pour The Atlantic, mais pratiquement freelance autour du monde depuis des années, spécialisé en lieux difficiles et oubliés (ses volumes consacrés à la Sibérie, au Congo et au Sahara sont devenus des bestsellers aux Etats-Unis) c'est lui qui a voyagé pendant des mois à travers l'Afrique noire musulmane pour en raconter les humeurs dans un livre.

 

Angry Wind documente la longue flânerie de Tayler dans les pays du Sahel, loin des routes communes, dans des villages perdus au milieu du désert où ce n'est que la maîtrise de l'arabe et du français en plus d'une bonne dose de « pourboires » aux gardiens et bureaucrates locaux corrompus qui lui ont permis de ne pas se mettre (trop) dans le pétrin. Une Afrique islamique et en colère, où les manœuvres des Etats-Unis au Moyen-Orient créent un ressentiment qui s'étend à tout l'Occident et aux chrétiens.

 

Oublier et sous-estimer ce qui agite le Sahel est un risque que le reste du monde ne doit pas courir, c'est la thèse de Tayler. En décrivant une zone de l'Afrique qui envoie des signaux de radicalisation, l'auteur tente de faire des analyses religieuses et sociologiques qui se démontrent la partie la moins convaincante du livre. Mais si Tayler a d'évidentes difficultés à comprendre ce qui anime et nourrit les tensions sur fond religieux de la zone, il donne au contraire le meilleur de lui-même quand il décrit les lieux qu'il visite et qu'il conduit le lecteur à la découverte de paysages, traditions, odeurs et saveurs de zones où peu d'Occidentaux ont mis pied.

 

Les dangereuses traversées dans des déserts peuplés de miliciens et de soldats corrompus, les repas à base de délicieuse viande de chameau ou les récits de bals au cours de la fête musulmane du Tabaski célébrée au milieu des nomades touaregs, capturent comme seuls les grands livres de voyages savent le faire. Le vent qui souffle continuellement et qui appauvrit la terre, en outre, avec les descriptions des conditions misérables de vie locale, font venir à l'esprit des pages de Fureur de John Steinbeck (un auteur dont l'influence est si grande que très peu d'écrivains américains réussissent à s'en détacher).

 

Tayler offre des instruments de connaissance de grande importance en ce qui concerne le socle qui est en train de s'ouvrir dans le Sahel entre chrétiens et musulmans, amenés toujours davantage à se regarder avec soupçon et à se diviser en zones géographiques, avec la tentation qui circule parmi beaucoup d'entre eux d'en arriver à un accrochage. Le Tchad, point de départ du voyage qui a amené l'auteur américain jusqu'au Sénégal, confine du reste avec le Soudan où ces tensions ont abouti à des massacres.

 

La souffrance de l'Afrique émerge peu à peu à chaque étape du voyage de Tayler, mais elle se manifeste dans toute son énormité historique quand l'écrivain arrive sur l'île de Gorée, la petite île en face des côtes du Sénégal à travers laquelle passèrent des millions d'esclaves noirs en route vers le continent américain.

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