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Combien les arabes aiment l’X Factor des poètes

Le logo de Prince of Poets

Un programme télévisé attire les jeunes poètes de tous les pays arabes : ils sont en lice pour le titre de prince des poètes

Les lumières bleues tamisées illuminent uniquement le centre de la scène, où montent l’un après l’autre des personnages vêtus d’habits tellement beaux qu’on dirait les costumes d’un spectacle théâtral. Ils s’asseyent chacun à leur tour sur un trône, et récitent à haute voix des textes poétiques, en langue arabe, avec une passion à rendre jaloux des acteurs professionnels. L’atmosphère qui se crée semble emmener le public sous une tente perdue dans le désert, et peut-être aussi faire un saut dans le passé de quelques siècles. Les smartphones de dernière génération des spectateurs, prêts pour le télévote, nous rappellent que nous sommes en 2017, en direct du plateau de al-Raha Beach Theatre, à Abu Dhabi.


Les poètes proviennent de tout le monde arabe, ils sont jeunes – maximum 40 ans – et grâce à leurs rimes ils sont capables d’enchanter le public de la salle et celui qui est assis derrière son écran. Les taux d’audience du spectacle, une sorte de X Factor arabe de la poésie, sont très élevés : il est suivi dans tous les pays arabes mais aussi par les communautés arabes en Europe et en Amérique. 

 Un saut dans le passé de quelques siècles 


C’est Prince of Poets, en arabe Amîr al-shu‘arâ’, le spectacle qui est diffusé depuis 2007 sur la chaîne télévisée Abu Dhabi TV, d’abord annuellement et maintenant tous les deux ans. Le programme est financé par l’Abu Dhabi Authority for Culture and Heritage (ADACH), une agence gouvernementale qui promeut des activités culturelles dans la capitale des Émirats. Parmi les vingt concurrents sélectionnés, les cinq premiers reçoivent un prix en argent, qui varie suivant leur place. Le gagnant reçoit aussi un anneau, une cape dorée et un parchemin : ils symbolisent le prestige de la position atteinte, celle de prince des poètes. 


Avant de monter sur scène, une vidéo présente les jeunes poètes dans leur quotidien : ils sont habillés normalement, en jeans et t-shirt, et parfois ils s’expriment dans leur dialecte national au lieu de l’arabe classique. En revanche, lorsqu’ils apparaissent quelques instants plus tard sur scène, les hommes portent souvent des tuniques et des couvre-chefs blancs (les habits traditionnels émiratis, la dishdasha et la ghutra) tandis que les femmes – elles sont toujours plus nombreuses dans les dernières éditions – s’affichent avec d’élégants vêtements de sultane. Tous déclament leurs vers en arabe classique, en s’insérant dans le scénario du studio télévisé où l’art calligraphique est souverain, ornant un décor au design élégant, à la fois classique et moderne. 



Les poèmes récités peuvent durer plusieurs dizaines de minutes, sans que le poète ne perde un instant l’attention du public. Pour un spectateur occidental, il est difficile d’imaginer que ce rythme très lent puisse fonctionner sur les chaînes télévisées européennes ou américaines. Durant les déclamations, le silence n’est interrompu, entre une strophe et l’autre, que par les applaudissements qui prouvent que, encore aujourd’hui, la poésie peut émouvoir un studio télévisé

Les concurrents ont quelques secondes pour improviser des vers

Des défis de composition sont aussi prévus dans la compétition : les concurrents ont quelques secondes pour improviser des vers, dans une version plus érudite qu’un freestyle de nos rappeurs.


Il n’existe aucune limite au contenu des poésies, excepté celle de la pudeur et de la décence. Souvent, les textes abordent aussi des sujets politiques. Un cas emblématique fut celui de l’égyptien Hisham al-Jakh, qui a raté en 2011 une transmission pour participer aux manifestations de la place Tahrir. À son retour il fut accueilli par un public agitant des drapeaux égyptiens tout en entonnant l’hymne national tandis qu’il déclamait sa poésie : « Un regard d’en haut sur la place Tahrir ». 

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