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Islam

Derrière qui se cache l'État islamique en Libye

Fusion, cohabitation, tolérance, conflit : comment interagissent l’État islamique et Ansar al-Sharia, les groupes les plus dangereux du pays, et pourquoi cela doit nous intéresser

Misrata - La montée de l’État islamique en Libye pose le problème de son rapport avec le groupe jihadiste le plus puissant du pays, Ansar al-Sharia. Il s’agit d’une faction créée durant les mois de la révolte contre le colonel Mouammar Khadafi en 2011 et son retour sur le devant de la scène l’année suivante, grâce à l’étalage public de sa force militaire et à l’assaut mortel contre les diplomates américains du 11 septembre 2012.

 

 

Il s’agit d’un rapport complexe, qui varie de ville en ville – ce qui reflète la situation de la Libye, pays fragmenté. Cela vaut la peine de faire un état des lieux, parce que si Ansar al-Sharia s’unit à l’État islamique (chose improbable, parce qu’il penche dans une direction opposée, vers al-Qaida), l’État islamique en Libye n’aurait plus ce problème de manque de main d’œuvre dont il souffre aujourd’hui. Si, par contre, une lutte sans quartier éclatait entre les deux formations, l’État islamique serait obligé de faire face à un ennemi qui lui ressemble, et donc plus dangereux.

 

 

Quatre exemples peuvent bien décrire les différentes nuances de cette relation. Le cas d’accord le plus complet s’est vérifié à Syrte, où la colonne locale d’Ansar al-Sharia a rejoint presque totalement l’État islamique, (à l’exception de plusieurs individus qui se sont éloignés de la région ou qui ont promis de ne plus faire de prosélytisme). Selon des sources du quotidien anglais Telegraph, c’est précisément Ansar al-Sharia qui a formé le noyau originel de l’État islamique à Syrte, qui ne serait pas aussi fort aujourd’hui dans cette région s’il n’avait pas profité de cet avantage au moment de sa mise en place.

 

 

Le bouclier contre les interventions militaires

 

À Sabratha, beaucoup plus à l’ouest, à mi-chemin entre la capitale Tripoli et la frontière tunisienne, un rapport de cohabitation fonctionnelle s’est établi entre Ansar al-Sharia et l’État islamique. L’État islamique cache son existence derrière l’écran créé par la présence très forte de Ansar al-Sharia, qui même s’il est considéré comme un groupe jihadiste et extrémiste n’est pas associé au terrorisme international comme c’est le cas de l’État islamique (bien qu’il figure sur la liste des groupes terroristes), et donc il ne suscite pas de propositions d’interventions militaires étrangères. Une source de la ville portuaire proche de Zuwara tend à décrire cette double présence comme une sorte d’illusion optique: "En réalité, ils sont tous les mêmes, avec des étiquettes différentes", mais il est important de souligner que tant qu’il se protège sous le man-teau de Ansar al-Sharia, l’État islamique de Sabratha ne court pas le risque d’être dérangé.

 

 

À Benghazi, le front le plus violent de la guerre des groupes islamistes contre l’armée libyenne du général Khalifa Haftar, loyal au gouvernement de Tobrouk, il existe un pacte pragmatique de non-belligérance entre l’État islamique et Ansar al-Sharia. C’est un troisième type de rapport: ce n’est pas la fusion comme à Syrte, ni la cohabitation intéressée comme à Sabratha, il s’agit plu-tôt d’une deconfliction, parole en vogue pour décrire la relation entre la Russie et les États-Unis dans la guerre en Syrie contre l’État islamique: ils ne se gênent pas, mais ne peuvent pas être considérés comme alliés. À Benghazi, les deux groupes fonctionnent de cette manière. Il y a de fortes tensions entre eux, mais ils n’ont pas les forces suffisantes pour s’opposer, alors qu’ils font la guerre aux forces du général Haftar. Du point de vue tactique, leur situation est difficile, parce qu’ils n’ont pas d’accès à la ville sauf par la mer, avec des barques. S’ils s’affrontaient, la première chose qui sauterait serait cet accès logistique à travers la zone du port, et sans logistique le front contre les soldats gouvernementaux ne pourrait pas tenir. Une source à Misrata affirme qu’à Benghazi l’État islamique ouvrirait volontiers les hostilités contre Ansar al-Sharia, en représailles pour les événements de Derna.

 

 

Le conflit total

 

Derna est le modèle de l’autre extrême : le conflit total. À la mi-juin, le conseil local des mujaheddin, dont fait aussi partie Ansar al-Sharia, a pris les armes pour chasser l’État islamique et l’a obligé à se retirer vers les campagnes du sud-est, dans la région de Fattayah. Si à Benghazi, Ansar al-Sharia est aux commandes du Conseil local des révolutionnaires, par contre à Derna il n’est qu’une composante minoritaire. Mais on peut dire qu’en général les autres groupes gravitent dans son orbite en Libye, et pas le contraire.

 

 

L’État islamique, dans une vidéo diffusée il y a peu de temps, a défini Ansar al-Sharia comme “un groupe déviant”, qui est une étape en direction de l’accusation d’apostasie. Cette dynamique rappelle celle de la Syrie, où l’État islamique évite d’excommunier complètement certains mouvements, en espérant les coopter, tout en mettant toujours des conditions claires et inévitables : aucun mouvement n’est autorisé là où l’État islamique est présent, celui qui ne se dissout pas devient de fait un ennemi. Il est révélateur que l’État islamique a inséré dans une image le logo de Ansar al-Sharia parmi les groupes qui, même sans avoir pris de décision consciente, sont de fait en train d’aider l’Amérique "infidèle".

 

 

*Daniele Raineri est envoyé de Il Foglio

 

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