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Des forêts des Mayas à la Russie glaciale la demande d’un nouveau commencement

Et aussi de Londres, la ville multiethnique qui n'a plus d'enfants, inventée par un écrivain anglais, portée à l'écran par un metteur en scène espagnol. Dans les bobines de film les plus intéressantes de cette saison, il y a l'attente ou le besoin de quelque chose de positif qui remplisse le regard et l'avenir. Non pas de fables sentimentales et de voyages d'évasion, mais de réalités et de faits où l'espérance puisse mettre de solides racines

Dernière mise à jour: 23/02/2018 13:08:25

C'est l'homme le plus politiquement incorrect que l'Amérique ait connu. Il a été arrêté pendant qu'il conduisait en état d'ivresse. Il a agressé le policier avec des insultes antisémites. Il a sept enfants. Il a été élu « l'homme le plus sexy du monde » par le People Magazine. Il a tenté une fois le suicide. Il boit du coca-cola. C'est un catholique préconciliaire. Il a gagné deux Oscars pour Braveheart. Il porte des bottines en serpent. Il a conquis le monde avec un film en araméen sur Jésus. Sur un tableau noir d'école, Mel Gibson serait en tête de liste des méchants. Et le pire, c'est qu'il le sait : « Je sens un besoin profond d'être pardonné », dit-il.

 

 

C'est un sentiment qui le définit, beaucoup plus que les milliards qu'il a gagnés avec les divers épisodes de Mad Max et Arme létale. Et qui définit aussi les personnages qu'il crée. « J'ai vu un trou dans l'homme », dit Jaguar Paw, le protagoniste de Apocalypto. «Profond, comme une faim qui ne sera jamais rassasiée ». Peut-être est-ce seulement une fragilité de plus : mais elle suffit à lui ouvrir tout grand l'horizon du génie, une évidence que le monde, même parmi beaucoup de polémiques parfois justifiées, a dû reconnaître depuis que, en 1993, il s'est déplacé derrière la caméra. C'est pour cette raison, et pour beaucoup d'autres qu'il vaut la peine d'écouter Mel Gibson, Australien autarchique en séjour aux Etats-Unis. S'il dit que Apocalypto, titre du nouveau film sur la disparition mystérieuse de l'empire maya, raconte « une histoire qui a beaucoup de ressemblance avec celle que nous vivons aujourd'hui », il nous faut le croire. Et s'il traduit le mot « apocalypse » par « nouveau commencement », dressons l'oreille : il parle de nous, de la « révélation » qui jettera une nouvelle lumière sur ce millénaire déjà tellement vieux. « Même dans une société qui finit, dit Gibson, il y a une étincelle de vie, une espérance ».

 

 

La Bonne Nouvelle

 

 

C'est d'un nouveau commencement que nous avons besoin : cela est certain désormais. Et c'est un fait curieux que la fin et le commencement, la mort et la renaissance s'identifient dans les films les plus charismatiques du moment, avec la naissance d'un enfant. Prenons Les enfants des hommes, qui, comme film est comme-ci comme-ça, mais qui naît d'une suggestion significative. Le puissant roman dont il est tiré, The children of men, de l'Anglais P.D. James (Mondadori 93), commence par ces mots :

 

 

« Aujourd'hui, trois minutes après minuit, le dernier être humain né sur la terre a été tué dans une bagarre »

 

 

En 2027 il n'y a plus d'enfants qui naissent depuis vingt ans (attention, nous y sommes !). Un monde fait de règles qui ont perdu toute référence aux choses, dictateurs et attentats, drogues libéralisées qui aident à apaiser les dernières questions et kit pour l'euthanasie destinés aux personnes âgées qui se rappellent encore comment nous étions : les conséquences d'un monde en bout de course. Le film d'Alfonso Cuaròn renouvelle l'alarme lancée par le roman : des fondamentalistes islamiques armés de mitraillettes, des immigrés enfermés dans des cages, des bombes qui explosent dans le cœur de la ville de Londres multiethnique. Ce sont les images que nous voyons tous les jours à la télévision, transportées dans l'automne d'une ville sans couleurs, qui décrivent la « fantaconscience du présent ».

 

 

Le protagoniste a perdu un enfant et le chagrin l'a séparé de sa femme. Le destin lui offre une nouvelle possibilité à travers une immigrée de couleur qui se trouve enceinte, sans savoir de qui. Le professeur fatigué donnera la vie pour cet enfant, pour cette « petite espérance » enveloppée dans du linge sale, qui a faim et qui crie. Dans le roman de la femme écrivain octogénaire, la fin est plus suggestive, plus nette, avec la mère qui demande à l'homme de baptiser le nouveau-né :

 

 

« Le rite remonta de la mémoire de son enfance : il fallait faire couler de l'eau, prononcer des paroles. Avec le pouce mouillé de ses propres larmes et taché du sang de la mère, il traça le signe de la croix sur le front de l'enfant »

 

 

La Digue Idéale

 

 

D'accord, direz-vous, mais c'est toujours de l'Occident qu'il s'agit. Du très vieil Occident qui ne sait rien nous dire de nouveau, soit qu'il raconte l'histoire de l'enfant maya, en fuite avec ses parents d'un empire qui s'effondre sous la perte de sens, ou du dernier homme sur la terre, dans une Europe où la science s'est arrogée le droit de détruire la vie. Mais ailleurs ? Dans le nouvel empire, dans l'usine du monde, sur la terre qui compte autant d'âmes que l'Europe et l'Amérique mises ensemble, multipliées par deux ? Comment cela se passe-t-il, à propos d'apocalypse, du côté du géant asiatique, la Chine ? Cela se passe très mal, à en juger par les films. Un exemple vient du film qui a gagné le prix du Festival de Venise. Tout en étant hypercapitaliste, jusqu'à preuve du contraire, la Chine est encore communiste. Et comme la Russie de Staline, elle raffole des grandes œuvres qui la rendent importante aux yeux du monde. Elle a une multitude d'ouvriers qui ne lui coûtent rien. Et elle ignore allègrement les problèmes quotidiens de millions de personnes qui habitent là-bas.

 

 

Au centre de Still Life de Zhang-Ke, le barrage colossal des Trois Gorges : 185 mètres de hauteur, une longueur de 436 kilomètres, une capacité de 22,15 milliards de mètres cubes d'eau. Au fur et à mesure que la construction avance, un million de personnes disparaissent, quinze villes, cent quinze villages. Parmi ceux-ci, Fenjie, où un mineur se rend pour retrouver sa femme et sa fille qu'il ne voit pas depuis quinze ans. Inutile de dire que pour les racheter il devra accepter de s'engager comme esclave. En attendant, toutefois, l'eau qui avance de façon vertigineuse, qui submerge le pays et qui annule les identités restantes d'un peuple effacé de la surface de la terre, c'est seulement une des métaphores de l'apocalypse annoncée, d'abord anthropologique, puis qui fait disparaître l'environnement. Dans la couleur grise de la boue et de l'eau, des baraques et du ciel, un enfant chante une chanson. La poésie réussira-t-elle à vaincre l'idéologie ?

 

 

Un Nouveau Commencement

 

 

Il y a encore un lieu, entre l'Occident et l'Asie où nous pouvons nous rendre pour trouver un chemin. C'est la Russie, où on ne voit pas encore le « nouveau commencement » , même si la fin de l'empire date désormais de quinze ans. « C'est le laboratoire de ce qui se passera dans le monde », jure Pavel Lounguine, metteur en scène de L'île (Ostrov). Il a compté les monastères orthodoxes rouverts dans les dix dernières années : « Il y en a cinq cents », dit-il. Un bon signe. C'est à lui qu'il revient en 1990 de commencer avec Taxi Blues, un film qui racontait la paranoïa et le désespoir liés à la fin du monde connu, l'attente apeurée du nouveau. Et il l'avait fait en empruntant le visage expressif d'une célèbre rockstar, Pyotr Mamonov. Entre-temps le musicien s'est retiré se faisant ermite et il revient aujourd'hui au cinéma pour raconter « le besoin de Dieu ».

 

 

L'histoire du film suit les traces de la sienne : un marin russe tue un supérieur au cours de la seconde guerre mondiale et s'enfuit dans un monastère orthodoxe, sur une île de neige et de glace. C'est là qu'il se convertit et qu'il devient un saint guérisseur, un starec, un « fou de Dieu ». Dans l'hiver très froid et gris qui enveloppe l'île inhospitalière, il y a un enfant, voire deux. Le premier arrive porté par sa mère et repart de ses propres jambes. « Parce que Dieu existe ». Le second n'est pas encore né. La fille est sur l'île pour demander une bénédiction, un pardon préventif du péché qu'elle commettra. « Tu veux une bénédiction pour tuer ? » hurle le moine en lui montrant le poing. « La voilà, ma bénédiction ! Tu veux aller en enfer et m'y emmener aussi avec toi ? ». « Personne ne me voudra avec un enfant » pleure la fille apeurée. « Personne ne te prendra sans un enfant » lui répond-il. « C'est déjà écrit. Tu auras un enfant qui sera ta consolation. Un enfant en or ». La fille s'échappe, bouleversée : le moine prend la pelle et commence à creuser la terre, la glace. C'est un sourire inattendu, plein de lumière, qui illumine en premier plan son visage brûlé de froid. Le voilà, le nouveau commencement : quoi d'autre ?

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