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Islam

Femmes au djihad : la sociologie ne suffit pas toujours à expliquer

Les foreign fighters font l’objet d’études et de recherches d’instituts renommés. Et pourtant, on ressent le risque que l’analyse, même si elle est bien articulée, s’arrête aux explications sociologiques, nécessaires mais pas suffisantes pour expliquer le phénomène dans toute son ampleur. Parce que l’approfondissement de la motivation religieuse ne peut pas être évité. L’histoire et les faits l’exigent.

À l’époque du djihad global, le nombre de musulmanes occidentales qui quittent leur pays pour rejoindre la cause de l’État Islamique est en augmentation constante. Selon certaines estimations récentes, le Califat aurait attiré aujourd’hui au moins 20.000 foreign fighters dont plus de 550 femmes occidentales. Des estimations qui révèlent d’un côté le pouvoir attractif inédit du drapeau noir et de l’autre l’efficacité de la propagande pratiquée via internet par les médias du Calife. En effet, jusqu’à aujourd’hui, aucun groupe djihadiste, même pas al-Qaïda en Afghanistan, n’était parvenu à mobiliser autant de volontaires.

 

 

Pour cette raison, certains instituts influents, par exemple l’International Center for the Study of Radicalization du King’s College de Londres et le Center for Terrorism and Security Studies de l’Université du Massachusetts ont récemment tenté d’étudier le phénomène des néo-djihadistes.

 

 

Ces nouvelles combattantes qui en émigrant dans l’État Islamique s’autoproclament muhâjirât en mémoire des femmes qui en 622, année de l’Hégire, déménagèrent avec le Prophète et ses compagnons de la Mecque païenne à Médine et qui, durant les premières batailles, se levèrent pour défendre Muhammad. Mais qui sont ces citoyennes de la Vieille Europe qui décident de s’enrôler dans les rangs des djihadistes ? Ces derniers jours, la question est revenue sur le devant de la scène avec les déclarations délirantes de Maria Giulia Sergio – Fatima, la djihadiste italienne partie en Syrie – et le mariage de Amira Abase – l’étudiante d’origine éthiopienne qui a quitté la Grande-Bretagne en février dernier pour s’unir au djihad – avec Abdullah Elmir, un des plus célèbres djihadistes de l’État Islamique.

 

 

Il est difficile de dresser leur profil et encore plus d’identifier les raisons de leur adhésion au djihadisme militant. Comme le souligne un article de la chercheuse Anita Perešin publié par Perspectives on Terrorism, les muhâjirât sont le plus souvent des jeunes femmes qui ont entre 16 et 24 ans, filles de deuxième ou troisième génération de musulmans émigrés, elles sont plus rarement converties. En général, ce sont des personnes cultivées et qui ont grandi dans des familles aisées et insoupçonnables.

 

Selon cette étude, une combinaison de facteurs intervient pour alimenter le désir des femmes de se transférer au Califat. À la motivation religieuse, toujours présente mais en soi insuffisante, il faudrait ajouter le désir de réalisation personnelle et le fait de se sentir partie prenante d’un projet, l’envie de combattre pour une cause, sans négliger la volonté de renverser l’ordre occidental, considéré comme responsable de tous les maux. Pour certaines femmes, l’appel du Calife qui invite les musulmans du monde entier à contribuer à la naissance du nouveau Califat est décisif ; pour d’autres l’État Islamique est synonyme de justice, un lieu sûr où l’on peut pratiquer librement sa foi, sans devoir se plier aux restrictions imposées par les gouvernements occidentaux. Dans certains cas, le facteur humanitaire intervient aussi : motivées par le sens de compassion, fruit d’une profonde identification avec les souffrances des syriens et des irakiens, et de l’aversion pour la politique étrangère adoptée par leur pays d’origine envers le Moyen-Orient, les muhâjirât espèrent pouvoir apporter leur aide au théâtre de guerre.

 

L’influence qu’exerce l’État Islamique aussi sur les plus jeunes est fort : adolescentes souvent insatisfaites et en recherche d’une vie alternative, elles se laissent séduire par la fascination du drapeau noir dans l’illusion que la participation au projet de construction de l’État Islamique et de son idéologie leur garantira un sens d’appartenance et constituera un idéal pour lequel cela vaut la peine de combattre.

 

 

Internet est l’arène dans laquelle évoluent les recruteurs, en lançant une propagande en français et en anglais pensée spécialement pour les recrues potentielles d’Occident. La plate-forme préférée semble être Twitter parce que c’est le réseau social qui permet de mieux dissimuler les identités des utilisateurs et d’ouvrir facilement de nouveaux comptes, suivi par Facebook, Instagram, Kik, WhatsApp, YouTube, SureSpot e Tumblr.

 

 

Aux nouvelles recrues, l’État Islamique garantit dès le début son support logistique : canaux cryptés à travers lesquels recevoir les informations nécessaires pour ceux qui envisagent sérieusement de déménager, des consultations légales pour résoudre les problèmes bureaucratiques à la frontière, une liste de personnes à contacter une fois arrivées à destination. Sur place, chaque femme reçoit une maison, quelques dollars pour vivre et un djihadiste comme mari.

 

Les grandes attentes qui animent les femmes avant leur départ ne trouvent pas de réponse dans la réalité et sont souvent déçues. Les muhâjirât émigrent avec le désir de combattre et de mourir martyrs, mais pour le moment l’État Islamique ne reconnaît pas ce rôle aux femmes et donc il ne leur permet pas de combattre. Leur devoir est de procréer, d’élever une nouvelle génération de djihadistes et de les éduquer au combat au nom de Dieu – comme l’explique un document diffusé par l’État Islamique en janvier 2015 pour éviter tout malentendu.

 

Selon ces lectures sociologiques et d’autres aussi, la décision de prendre part au djihad serait donc dictée par des raisons de nature principalement sociale ou à la limite psychologique. Cependant, ces raisons ne sont pas suffisantes pour justifier le processus de radicalisation en cours. En effet, si les études sociologiques expliquent le phénomène dans l’immédiat en enquêtant dans les vies des néo-djihadistes, elles renoncent cependant à explorer la dimension religieuse de leur décision.

 

 

L’option djihadiste implique effectivement l’adhésion au projet d’État Islamique, au combat sur la voie de Dieu, à la foi dans la récompense du Paradis promis par le Coran à ceux qui meurent martyr, au combat pour l’application de la charia dans tout le monde islamique et à l’engagement à convertir ou à assassiner des mécréants. Des décisions difficiles à justifier sans prendre en compte une forme même perverse et déséquilibrée, de recherche de l’absolu.

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