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Islam

Le génocide oublié des chrétiens syriaques

Le binôme majorité-minorité, dont on use et abuse, ne suffit pas à expliquer la situation dramatique que vit aujourd’hui le Christianisme au Moyen Orient. Pour ce faire, il faut remonter au passage du XIXe au XXe siècle, moment où la logique nationaliste européenne saisit l’ordre ottoman et ouvrent la voie à de nouveaux mouvements politiques.

Il n’est pas exagéré d’affirmer que les tragiques événements qui se produisent actuellement en Iraq et en Syrie ont entre autres pour origine la façon dont les frontières sociopolitiques du Moyen Orient ont été redéfinies au cours du XXe siècle. Loin des simplifications qui présentent les militants de l’État islamique comme des fanatiques du Moyen Âge soudain ressuscités, cette perspective permet de comprendre la dramatique « modernité » qui se cache derrière leurs revendications. La même mise en garde méthodologique s’applique au sort des communautés chrétiennes et aux inquiétudes légitimes au sujet de leur existence. En effet, l’histoire du Christianisme d’Orient est souvent présentée comme un continuum où tout, à partir de la conquête musulmane, s’explique à travers le binôme conceptuel minorité-majorité qui ne laisse que peu de place, voire aucune, à la dimension diachronique. Or, ce choix finit par brouiller la nature historique des conceptions modernes des communautés chrétiennes dans la région.

 

 

La situation que ces dernières vivent actuellement a en effet peu de chose à voir avec celle de l’époque prémoderne, le tournant se situant entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. C’est au cours de ces décennies-là que la logique nationaliste européenne fut imposée à l’espace ottoman : avec l’introduction de nouveaux paramètres idéologiques, l’idéal de l’émancipation puis celui de l’indépendance se répandit au sein des nombreuses communautés ethniques et religieuses qui composaient l’Empire ottoman, ce qui provoqua des rancœurs et engendra de nouvelles rivalités. Alors qu’avant la seconde moitié du XIXe siècle, le système de l’Empire ottoman, bien que loin d’être idéal, mettait l’accent sur le caractère universel de la religion, se substituant ainsi aux différences ethniques et linguistiques sans toutefois les détruire, la redéfinition contemporaine du système traditionnel du millet, à travers l’institution religieuse de la communauté (tâ’ifa1), mais aussi l’intervention des grandes puissances, ouvrirent la voie à de nouveaux mouvements politiques.

 

 

Malgré leur objectif affiché d’améliorer la condition des chrétiens, les grandes puissances s’introduisirent au sein de l’espace ottoman, instrumentalisant les questions religieuses et ecclésiastiques afin de poursuivre leurs propres desseins politiques au détriment de leurs rivaux. À partir du XVIIIe siècle, elles commencèrent notamment à remettre systématiquement en question l’autorité ottomane en imposant leur protection à des communautés entières au sein de l’empire en manipulant les berât édictés par le sultan (garanties accordées aux musulmans ainsi qu’aux non-musulmans, qui donnaient droit à des privilèges ou à des propriétés). Cette compétition offrit aux sujets non-musulmans des opportunités économiques sans précédent en leur permettant d’atteindre un niveau de vie meilleur que celui des musulmans, ce qui faisait d’eux non pas des éléments passifs soumis à des projets extérieurs et dictés d’en haut, mais bien plutôt des acteurs conscients de l’amélioration de leur propre statut.

 

 

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1 Kemal Haşim Karpat, Millets and Nationality: The Roots of the Incongruity of Nation and State in the Post-Ottoman Era, in Benjamin Braude & Bernard Lewis (sous la direction de), Christians and Jews in the Ottoman Empire, The Functioning of a Plural Society, Homes & Meier Publishers, New York-London 1982, Vol. 1, 147-148.

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