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Islam

Le succès des « réformistes » en Iran n’est pas la défaite des ultraconservateurs

Un affrontement entre élites est en cours dans le pays, qui pourrait déboucher sur de nouvelles manifestations

La dernière réunion de l'Assemblée avec la Guide de la Révolution. Foto: twitter, @khamenei_ir

Après avoir surmonté indemnes les coupes dans les candidatures opérées par le Conseil des Gardiens, le premier problème que les – rares – candidats réformistes restés en lice ont dû affronter, avec l’aide du duo Rohani-Rafsanjani a été de convaincre les électeurs à ne pas déserter les urnes le 26 février. Historiquement, en effet, l’affluence réduite, motivée par le désir de délégitimer le régime des ayatollah, a favorisé la partie la plus radicale du panorama politique iranien. Cette fois-ci, toutefois, les élections pour le renouvellement du Majlis et de l’Assemblée des Experts ont vu la participation de plus de trente millions d’Iraniens, soit 62% des ayants droit. Un résultat à peine inférieur à celui des élections parlementaires de 2012 (63%), mais supérieur aux 55% de 2008, selon les données de Iran Data Portal.

 

 

L’affirmation de la « Liste de l’espoir »

 

 

La « Liste de l’espoir », comme on l’appelle, une coalition qui rassemble modérés, conservateurs pragmatiques et quelques réformistes, sous la houlette du président de la République Hassan Rohani et de l’ex-président Hashemi Rafsanjani, a obtenu un bon résultat, en particulier dans la circonscription de Téhéran, où elle a conquis la totalité des sièges pour l’Assemblée des Experts. Les résultats ont été moins positifs dans les zones périphériques du pays, même si « la différence de tendance électorale entre zones urbaines et rurales est moins marquée que les années précédentes », déclare à Oasis Pejman Abdolmohammadi, chercheur à la London School of Economics.

 

 

La composition actuelle de l’Assemblée des Experts

 

 

De façon surprenante, la nouvelle Assemblée des Experts, l’organisme qui a le pouvoir de renvoyer et d’élire le Guide Suprême, ne comprend pas le président sortant Mohammad Yazdi, ni Mohammad Taghi Mesbah Yazdi, qui figuraient parmi les sponsors les plus importants de l’ex-président Mahmoud Ahmadinejad. Le Guide Suprême lui-même, rappelle Abdolmohammadi, a exprimé son amertume pour l’exclusion de ces deux ayatollah, éléments marquants du front ultraconservateur. Il serait toutefois hasardeux de soutenir que les élections ont consacré une victoire des réformistes : en premier lieu, parce que la plupart d’entre eux n’ont pu participer à la compétition électorale, ensuite parce que « beaucoup d’ayatollah ultraconservateurs moins connus sont parvenus à obtenir un siège ». La « liste de l’espoir » elle-même, que certains médias occidentaux ont étiquetée comme « modérée et réformiste », comprend des candidats qui n’ont pas grand-chose à voir avec le mouvement politique réformiste dirigé par l’ex-président Mohammad Khatami.

 

Ceci montre combien il est nécessaire de ne pas lire les résultats des élections récentes à travers les canons de la compétition politique du monde occidental, où les positions sont bien définies et rassemblées autour de partis politiques avec, théoriquement du moins, une orientation claire. En Iran au contraire, les distinctions sont plus nuancées, souvent ce sont d’importants liens de type familial, et les hommes politiques peuvent passer d’un camp à l’autre (le parcours de l’ex-président Rafsanjani est à cet égard exemplaire : il a traversé les différentes phases politiques de la République islamique en parvenant toujours à occuper des positions importantes).

 

 

La défense du clergé traditionnel chiite

 

 

Tout en prenant les résultats électoraux avec la nécessaire prudence, pour Abdolmohammadi « ces élections, qui se sont déroulées sans fraudes particulières, ont confirmé la tendance de l’électorat iranien à voter pour ‘le moindre mal’, en se déplaçant vers le centre de l’arène politique ». En outre, le résultat électoral illustre le choix de la République islamique d’assumer « une orientation politique générale plus rationnelle et pragmatique », qui passe à travers « une tentative, encore qu’un peu tardive, du clergé traditionnel chiite de s’opposer à l’excès de pouvoir des secteurs liés aux pasdaran (Gardiens de la révolution) ». Dans le même temps toutefois, le résultat des élections tant parlementaires que pour l’Assemblée des Experts – et indépendamment des exclusions illustres dont on a parlé, ne peut être considéré comme une défaite pour Khamenei. En premier lieu, le Guide Suprême a accueilli les 62% de participation comme une re-légitimation du régime ; ensuite, relève Abdolmohammadi, ces résultats lui permettent d’affirmer que les consultations de 2009 et de 2005 étaient « propres », et d’accuser exclusivement le comportement des vaincus d’alors, comme on peut l’observer dans le tweet suivant :

 

 

 

 

 

La nomination d’Ebrahim Raeisi

 

 

« Le système hybride iranien crée continuellement des sosies », dit Abdolmohammadi, et permet au Guide Suprême et à l’establishment conservateur de compenser la débâcle électorale de certains de ses représentants. Exemplaire est à cet égard la nomination d’Ebrahim Raeisi, proche de Khamenei, à la tête de la très puissante et très riche fondation Astan Quds Razavi qui gère le sanctuaire consacré à l’Imam Reza à Mashhad, ville natale du Guide actuel. Selon Abdolmohammadi, la nomination de Raeisi au poste du défunt Vaez-Tabasi, proche des pragmatistes, doit être comprise comme la tentative de Khamenei de porter la fondation du côté du secteur du clergé étroitement lié aux Gardiens de la révolution. Cette nomination, qui est en mesure d’influer sur le choix du prochain Guide, montre que « les jeux pour la succession de Khamenei – succession pour laquelle il y a une attente à dire vrai exagérée – vont bien au-delà de l’élection de l’Assemblée des Experts », dit Abdolmohammadi.

 

 

Du champ pour de nouvelles contestations

 

 

Ce qui est certain, c’est que « plus les pragmatiques et les modérés forceront la main dans la tentative de réformer le système, plus les pasdaran seront agressifs », continuant à montrer cette alternance entre cycles d’ouverture et de fermeture qui caractérise la vie politique iranienne. On assiste en Iran au déroulement d’un « affrontement entre élites » qui, selon Abdolmohammadi, pourrait recréer d’ici au moins cinq ans, l’espace nécessaire pour de nouvelles manifestations de rues ».

 

 

[twitter: @fontana_claudio]

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