close_menu
close-popup
image-popup

Langues disponibles:
close-popup
Paypal
Carta di credito
souscrire
Islam

Les trois prétextes pour dire non

Voix de l'Islam /1. Le cas de l'Egypte: quel est l'état actuel des valeurs démocratiques et des droits de l'homme dans la culture officielle et dans la culture populaire? Avant d'être un mécanisme politique ou un fait juridique, la démocratie concerne les valeurs des membres de la communauté.

Dernière mise à jour: 11/06/2018 17:06:02

Quel est l'état actuel des valeurs démocratiques et des droits de l'homme dans notre culture égyptienne, officielle et populaire ? La réponse sincère, objective et correcte à cette question pourrait contribuer à jeter un peu de lumière sur la voie de l'élimination de quelques obstacles qui s'interposent à l'application de la démocratie dans notre société égyptienne et dans d'autres sociétés arabes. Cela présuppose naturellement que la démocratie, avant d'être un fait constitutif qui concerne le système de gouvernement et l'administration des affaires de la société, ou bien un fait concernant les lois qui règlent le comportement des individus et des représentants du pouvoir public, soit un fait culturel dans le sens qu'il concerne les valeurs des membres de la communauté, leurs coutumes et leur style d'éducation, bref, tout ce qui forme les modèles culturels prévalents dans une société. Sans une véritable culture démocratique il n'est pas raisonnable d'imaginer que les modes de comportement démocratique arrivent à prévaloir, ni au niveau officiel et légal, ni au niveau populaire et coutumier. Dans les pays arabes il y a aujourd'hui des prétextes et des justifications culturelles, politiques ou officielles qui entendent diminuer l'importance de la démocratie en faveur d'autres objectifs sociaux considérés plus nobles et de plus grande utilité pour la société1. Ces prétextes officiels pour rejeter la démocratie libérale dans le monde arabe peuvent ramener à trois groupes d'argumentations. Le premier groupe a un caractère religieux et soutient que la démocratie libérale est en contradiction avec notre patrimoine religieux qui nous commande d'obéir au chef dans les limites prescrites par Dieu et par son Prophète. On soutient aussi que le droit maximum prévu par l'islam à la participation politique est le principe de consultation (shura), principe qui, aux yeux des gouvernants musulmans défenseurs de cette idée, n'engage pas le gouvernant qui met en pratique les prescriptions de Dieu. Le second type d'argument a un caractère idéologique et se revêt d'un habit révolutionnaire et libertaire, en récupérant et en répétant les thèses nationalistes des années soixante du siècle dernier selon lesquelles la liberté du peuple ne peut pas être donnée aux ennemis du peuple, la libération de la patrie est plus importante que la liberté de l'individu et la liberté du morceau de pain doit précéder la liberté de parole et d'expression. Il faut joindre à cela l'argument à caractère économique qui invite à donner la priorité à la réalisation du développement économique au détriment de la réforme démocratique, en considérant cette dernière comme dangereuse pour la stabilité, pivot du développement économique. Quelles sont les couches sociales qui lient leurs propres intérêts aux valeurs de la démocratie dans notre société égyptienne ? La réponse évidente indiquerait une certaine catégorie d'intellectuels qui considèrent la liberté d'opinion et d'expression comme condition nécessaire à l'exercice du propre rôle social dans la production et la création culturelle. Mais dans notre société il n'est pas possible de compter plus que tant sur la catégorie sociale des intellectuels pour la création d'un fort courant démocratique en mesure de faire des démocratiques un mouvement social influent dans la vie sociale du Pays et cela pour différentes raisons. La première est que les intellectuels ne représentent pas une couche sociale spécifique avec des objectifs différents de ceux des autres catégories politiques et sociales. Le régime officiel a, en effet, ses propres intellectuels ayant des intérêts sociaux et professionnels qui lui sont liés. Pour ceux-ci la démocratie et le respect des droits de l'homme ne signifient rien, si ce n'est dans la mesure où le régime admet ces idées pour des raisons parmi lesquelles n'entre certainement pas en ligne de compte l'influence des intellectuels sur l'orientation des gouvernants. Les différents partis et mouvements politiques possèdent leurs propres intellectuels qui sont sous l'emprise de ces partis au lieu d'en constituer la leadership et d'offrir leurs indications démocratiques. Lequel de nos intellectuels politiques qui occupent aujourd'hui la scène du panorama culturel arabe a-t-il jamais payé le prix que beaucoup d'intellectuels, islamiques et occidentaux, ont versé pour défendre leurs opinions culturelles contre les forces de la répression et du despotisme ? Socialisme et Nationalisme Examinons maintenant ensemble les alternatives politiques et culturelles traditionnelles qui prévalent parmi les intellectuels égyptiens et arabes. La première alternative est celle de la gauche, dans toutes ses ramifications classiques et modernes, unies dans l'acceptation de quelques théories sociales et culturelles indiscutables continuellement répétées. En vérité la transformation du socialisme de système cohérent de pensée à valeur utopique à cause de la chute éclatante de l'expérience socialiste orthodoxe internationale, a contribué à atténuer le caractère dogmatique des intellectuels socialistes. Quelques-uns d'entre eux se sont enfuis vers un univers de nihilisme social, tandis que d'autres restent encore dans le temple de la gauche classique. Peu d'entre eux ont opté pour une révision et un renouvellement. Il en est de même pour les intellectuels nationalistes dans leurs diverses alternatives. La terre a souvent tremblé sous le poids des idéologies et des régimes nationalistes : à cause des grandes défaites, des immenses changements internationaux, des vraies faillites. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, mais ces intellectuels nationalistes sont encore sur leurs passerelles chancelantes en train de parler d'«une seule nation dont la mission est éternelle» sans se préoccuper ni de la nouvelle réalité, ni des expériences du passé, ajoutant ainsi un conservatisme politique semblable à celui de leurs collègues de gauche. Quant aux multiples courants radicaux de l'islamisme politique, l'équation entre réalité religieuse et politique porte en toute hâte à transformer cette dernière en vérité sacro-sainte au-dessus de la discussion. La divergence politique devient une divergence religieuse, et l'opposition mécréante, apostasie et hérésie. On ne veut pas nier par là que dans les idéologies politiques mentionnées il existe des poussées innovatrices vers l'acceptation des valeurs démocratiques fondamentales. Mais ces courants innovateurs sont encore modestes et peu influents dans le discours idéologique dominant. Nous ne retenons pas que la situation de la culture démocratique au niveau des masses populaires soit meilleur que celui des élites intellectuelles et politiques. Différentes études empiriques témoignent de la perte d'importance de la démocratie comme priorité en termes de valeurs politiques dans la conscience populaire générale. Si nous observons les valeurs sur lesquelles se fondent les institutions sociales de la famille à l'école, à l'Eglise, aux associations professionnelles, aux clubs et aux syndicats nous trouvons des associations qui se basent en général sur l'acceptation des ordres, sur la loyauté envers le pouvoir, le clan et la tribu, c'est-à-dire sur la culture du despotisme dans une société paternaliste. On peut en même temps être certains que des valeurs démocratiques, avec tout ce qu'elles comportent en fait de maîtrise des concepts de tolérance, d'acceptation de l'autre, de foi enracinée dans le pluralisme, trouvent des racines dans notre patrimoine culturel, mais qu'elles ont besoin de davantage de propagation et de développement, soit au niveau des élites soit à celui des masses populaires. Culture Démocratique Absente Il est inévitable que cela se reflète, d'une façon ou d'une autre, sur le comportement politique de nos masses. On suppose que la décision populaire qui s'exprime au moment des élections et des référendums (faisons momentanément abstraction de la question des manipulations directes ou indirectes des résultats) soit une opération de choix raisonné entre différentes alternatives Pourtant nous ne sommes pas de l'opinion que ce soit le bon sens qui gouverne le choix politique de nos masses, dans la plupart des cas. Ce choix est guidé au contraire par un ensemble de raisons, parmi lesquelles la réflexion rationnelle occupe un poste limité. Ce choix est gouverné soit par des slogans religieux conservateurs soit par l'appartenance ethnique, de clan et tribale, indépendamment des considérations sur le bon gouvernement ou sur l'intérêt général. Cela explique les résultats des études effectuées sur le comportement politique des Egyptiens (qui vaut aussi pour beaucoup de sociétés du Tiers monde) qui indiquent que le pourcentage de vote dans les campagnes et dans la Haute Egypte, comme aussi dans les sections électorales des zones industrielles, est de loin supérieur à celui des districts urbains où vivent les intellectuels égyptiens2. Cela ne signifie pas que les paysans et les ouvriers soient plus attentifs à l'exercice du droit au choix démocratique par rapport aux intellectuels et aux habitants des villes. Cela signifie au contraire que les appartenances de clan, tribales, religieuses et professionnelles jouent un rôle important dans les sociétés traditionnelles, capable de diriger les électeurs dans les opérations de vote collectif où la volonté de l'individu converge sur celle de la communauté, de la façon où elle a été exprimée par les leaders traditionnels. En conséquence de cette réalité, les principes de démocratie et de droits de l'homme qui sanctionnent le droit à la participation politique se transforment en instruments de consécration d'une réalité non démocratique. Cette réalité trouve une explication dans le fait que les mécanismes démocratiques, dans l'absence de la culture démocratique sont utilisés dans la production de faits non démocratiques. Toutefois cela ne doit pas amener au désespoir. L'exercice de la démocratie au niveau populaire est la voie pour éduquer les gens aux avantages et aux qualités de la démocratie. Et la résistance à la culture du despotisme ne pourra pas s'obtenir par l'exercice d'un ultérieur despotisme, mais plutôt au moyen de la diffusion des valeurs démocratiques et à travers l'éducation des gens aux avantages de la pratique démocratique. ------------------------------------- 1 Cf. 'Izzat Qarni, 'Ishkaliyyat al-Hurriyya' (Le problème de la liberté), 'Alam al-fikr, nov.-déc. 1993, 183-184. 2 Cf. l'étude effectuée par le Centre d'Etudes politiques de Al-Ahram, publiée par le quotidien le 26.9.1998.

Inscrivez-vous à notre newsletter

Pour obtenir des informations et des analyses, abonnez-vous à notre revue semestrielle