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Islam

L’Islam renouvelé

On imagine souvent en Europe qu’il n’y a pas dans l’Islam de débat sur ses Écritures saintes. Mais il y a en réalité de débat, et ce débat se formule en termes forts, et suscite aussi des controverses ̶ tel qu’il se manifeste dans cet article publié sur as-Safir, quotidien libanais de gauche, dont le ton est on ne peut plus dur et accusateur. Comment interpréter le Coran à la lumière du contexte dans lequel vivent aujourd’hui les musulmans?

As-Safir, 21 novembre 2016

 

 

Dans le monde d’aujourd’hui, il est difficile de trouver une communauté plus arriérée que celle des musulmans. La «meilleure communauté jamais suscitée parmi les hommes» (cf. Cor. 3,110) prit fin le jour de la mort du Prophète Muhammad, et le discours coranique sur la «meilleure communauté» concerne probablement de façon spécifique les musulmans de l’époque du Prophète, mais non l’ensemble de tous ceux qui seraient arrivés après eux. Sinon, on ne s’expliquerait pas le mal qui frappe depuis des centaines d’années les musulmans, leur retard et leurs divisions actuelles, jusqu’à en arriver à l’État Islamique, leur dernier projet en date et leur couronnement.

 

 

Inutile de distinguer l’Islam de ses disciples pour absoudre le premier des retards des seconds et de leurs crimes. Le problème du retard des musulmans ne se résout pas en faisant la distinction entre l’Islam, conçu comme une religion civilisée sur le plan théorique, et les musulmans conçus comme un instrument concret de distorsion. En réalité, il y a des formes d’Islam difformes que beaucoup de musulmans adoptent et appliquent dans leur intégralité. [Dans ces cas], il vaut bien mieux renoncer à l’Islam et le laisser tomber, que le déformer ou l’abattre à force de s’accrocher à lui. Le problème des musulmans n’est pas tant de s’être éloignés de leur religion, que de la mal comprendre et d’en appliquer les enseignements en les déformant, la transformant ainsi, dans ces conditions, en croyances fossilisées et immuables, et en pratiques rituelles porteuses de destruction.

 

 

Si le Prophète Muhammad était venu à notre époque, par exemple, aurait-il ordonné de couper la main au voleur, ou plutôt de le mettre en prison ? Dans les dits de la tradition religieuse, on lit que le Mahdi1 attendu à la fin des temps apportera une religion nouvelle. Cette vision est en syntonie avec la «nouveauté», entendue comme caractère dominant à l’ère de la globalisation et de la modernité. La religion est révélatrice du contexte, elle fait le diagnostic des maladies de ce contexte, et elle en propose les remèdes adéquats. Les enseignements religieux ne changent pas dans leur esprit et dans leurs finalités (maqâsid), mais avec le changement des époques, ils peuvent varier dans les normes et dans les instruments. La nouvelle religion est essentielle pour faire en sorte que l’homme contemporain et les nouveaux mondes se conforment aux enseignements divins. Voilà pourquoi les musulmans ont besoin de comprendre de nouveau le texte religieux à la lumière du contexte dans lequel ils vivent, plutôt que d’évoquer le contexte historique du texte et le faire choir tel quel dans le présent.

 

 

L’Islam pratiqué par la plupart des musulmans souffre d’une préférence accordée à la forme plutôt qu’à la substance, au rituel plutôt qu’à la valeur, à la matière plutôt qu’à l’esprit, au moyen plutôt qu’à la fin, au précepte plutôt qu’à la finalité, au signifiant plutôt qu’au signifié, à l’interprétation littérale (tafsîr) plutôt qu’à l’interprétation spirituelle (ta’wîl), au prince plutôt qu’à la communauté, à la classe plutôt qu’à la société. La plupart des islamistes prend en considération certaines parties du Texte sacré, et en néglige d’autres. Ils se comportent en cela comme un chirurgien qui manie avec habileté le bistouri sur le corps du malade, mais renonce à soigner et à éradiquer la maladie. Les islamistes par exemple imposent le droit (fiqh) sans prendre en compte l’éthique, alors que les deux dimensions sont en lien étroit dans le texte ̶ bien plus, la première est la prémisse de la seconde, et devrait en être l’origine.

 

 

En outre, le droit en vigueur dans de nombreux groupes islamiques continue à représenter une restriction du texte religieux, l’emprisonnant dans des formules littérales qui empêchent le progrès de l’humanité et sa capacité d’évoluer ; on ne s’expliquerait pas sans cela l’interdiction d’utiliser les banques, l’interdit qui pèse sur la musique et les arts (arts figuratifs et sculpture), la nécessité de détruire les idoles, et le fait de considérer la femme comme ‘awra [entendue comme un objet sexuel qui doit être couvert, NdT].

 

 

Renouveler l’Islam signifie le purifier des préjugés, des chutes, des mythes et des altérations qui l’ont frappé au cours de l’histoire ; cela signifie l’appliquer de manière conforme à l’esprit du temps et de l’époque. Cela signifie aussi recommencer à lire le texte religieux avec la raison, la morale et la spiritualité du Prophète, non à la lettre.

 

 

*Professeur à l’Université Libanaise, Habib Fayad a obtenu un doctorat en Philosophie et Théologie islamique avec une thèse intitulée: “Le renouvellement de la pensée arabe pendant la Nahda”. Il es l’un des éditorialistes de as-Safir, quotidien libanais de gauche.

 

 

Notes

 

1 Le Sauveur eschatologique, dont l’attente est particulièrement vivace dans le monde chiite (NdT).

 

 

[Traduction de l'original italien]

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