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Islam

Quelles sont les forces qui combattent l’EI à Mossoul

Soldats de l'armée peshmerga

La fragile coalition qui fait la guerre au « Calife » est composée de forces spéciales irakiennes, de milices chiites, kurdes, yézidies et chrétiennes, et bénéficie d’un soutien international

Mossoul, l’antique Ninive, est coupée en deux par le Tigre et se trouve dans une plaine fertile, entre le désert de Jazira et les monts du Kurdistan. Durant ses 8 000 ans de vie, elle a vu des batailles infinies et de nombreux peuples se succéder sur ses terres, si bien qu’aujourd’hui encore, en quelque sorte, la ville peut être considérée comme une sorte de borne posée au carrefour des frontières les plus incertaines et conflictuelles du Moyen-Orient. Tout d’abord, Mossoul marque le point de friction entre la partie arabe et kurde ; ensuite entre les provinces sunnites, nostalgiques de l’ancien président Saddam Hussein et le gouvernement de Bagdad, dominé par les chiites ; et c’est aussi la ligne de front entre les forces du « Calife », qui proclama la restauration du Califat depuis le minbar de la Grande mosquée citadine de al-Nuri, et ses nombreux ennemis que tout divise excepté le combat contre l’État islamique. Pour terminer, la ville est au croisement des intérêts de la Turquie, de l’Iran, des États-Unis, et de leurs alliés locaux. Derrière l’objectif commun d’éliminer l’EI dans la bataille en cours pour reconquérir Mossoul, se cache donc une dangereuse hétérogénéité d’objectifs, qui représente dès maintenant une inconnue importante pour le futur de la stabilité de la région.

 

 

Et si nous analysons la composition des troupes sur le terrain, la complexité de la situation est bien évidente. En effet, sur le front sud se trouvent la 15e division de l’armée irakienne, la police fédérale et ses forces spéciales, qui agissent avec le soutien de l’artillerie américaine. Leur objectif est principalement d’avancer le long de l’axe qui conduit à l’aéroport de Mossoul. Au sud-est, sur l’axe de Khuwair, on trouve les forces kurdes ainsi que la 1ère et la 9e division de l’armée irakienne, qui avancent le long de l’autoroute pour Bagdad à l’ouest du Tigre ; il semble qu’elles soient soutenues par des forces françaises et la 9e division cuirassée irakienne, tandis que derrière eux le territoire libéré est contrôlé par des milices chrétiennes, vu la présence de villages chrétiens.

 

 

Sur le front est, en revanche, progressent les peshmerga kurdes – entrainés en partie par les Italiens –, suivis par la « Division d’Or », le joyau des forces irakiennes, composée d’unités du service antiterrorisme. Au nord-est, sur l’axe de Bashiqa, où il y a une forte présence turque, on trouve des peshmerga, mais dans la base de Zilkan, quelques milliers de militaires turcs agissent de concert avec environ 3 500 miliciens sunnites locaux, armés par Ankara et conduits par Atheel al-Nujaifi, ex-gouverneur sunnite de la province. Par ailleurs, le gouvernement de Bagdad s’est opposé ouvertement à la présence des troupes turques, mais la Turquie a refusé de les retirer et la tension entre les deux pays est très levée. En revanche, au nord et au nord-ouest, sont positionnés la 16e division irakienne, plusieurs bataillons de l’antiterrorisme et des peshmerga. À l’ouest, sur l’axe qui va vers Tel Afar, on trouve les milices chiites des Forces de mobilisation populaire – Hashd el-Shaab – soutenues par l’Iran.

 

Les estimations totales sont extrêmement approximatives, mais il pourrait y avoir au-moins cent mille hommes sur le terrain. Ce qui est frappant, c’est la modicité des forces de l’État islamique : les estimations varient entre 3 000 et 7 000 hommes, y compris un millier de foreign fighters. Le fait que quelques milliers de miliciens tiennent encore sous contrôle une ville d’environ un million et demi d’habitants montre l’état de terreur créé parmi la population par l’EI.

 

 

Le plan de la coalition engagée dans l’opération à Mossoul a commencé par l’encerclement progressif de la zone urbaine de la ville, avec la conquête de dizaines de villages avoisinants. Puis, l’offensive a progressée avec une série d’attaques simultanées dans presque toutes les directions, et maintenant les forces irakiennes avancent de l’est vers le centre de la ville, tandis qu’au sud l’avancée est lente. Tout cela se produit avec l’appui aérien des forces aériennes occidentales.

 

En réalité, le succès de l’opération dépend du respect d’un accord politique qui stipule que ce sont uniquement les troupes régulières des forces armées irakiennes qui doivent conquérir la ville ; du reste, l’entrée de paramilitaires chiites ou de peshmerga kurdes déchaînerait facilement des affrontements entre les différentes factions et comporterait trop d’inconnues pour le futur.

 

 

À l’heure actuelle, la résistance opposée par les forces djihadistes a été moins dure que prévu. En réalité, la réaction de l’État islamique augmentera proportionnellement à mesure qu’on s’approchera du centre de la ville, où la densité urbaine, la concentration de civils et les défenses prépares pendant deux ans rendront l’avancée plus lente et sanglante. Les milices « califales » évitent les gros rassemblements et les défenses prolongées, ce qui les exposerait à la menace aérienne ; ils agissent plutôt en petits groupes, se déplaçant dans les tunnels, avec des attaques éclairs, en utilisant la population comme bouclier et en ayant recours aux francs-tireurs, aux voitures piégées conduites par des kamikazes et aux engins explosifs improvisés. On s’attend, toutefois, à ce que sous la pression, les forces djihadistes fassent sauter les cinq ponts de la ville et se concentrent dans la zone ouest.

 

 

Une fois la ville conquise, comme cela fut le cas à Falloujah et à Ramadi, le gouvernement essayera d’assurer son contrôle à travers les forces de police et les paramilitaires locaux, tandis que les miliciens de l’EI retourneront probablement à des tactiques d’insurgency. À ce stade, trois problèmes apparaitront. Tout d’abord, l’inconnue sunnite, avec sa population à réintégrer dans l’État – en effet, l’exclusion et la persécutions politique et économique sont toujours d’actualité, raisons pour lesquelles, au début, les sunnites avaient soutenu le « Califat ». En deuxième lieu, se posera le problème de la reconstruction économique et institutionnelle : si d’un côté Bagdad acceptera difficilement des projets sunnites de décentralisation et d’autogouvernement local, de l’autre le gouvernement central n’a pas les ressources financières pour reconstruire la ville. Et, pour terminer, les pressions kurdes et chiites, compliquées par l’influence iranienne et turque, risquent de raviver les affrontements et les tensions politiques et militaires. Après la bataille militaire commencera la bataille pour le futur de la ville.

 

 

[Traduction de l'original italien]

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