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Islam

Syrie, Libye, Irak : les groupes armés au gouvernement

L’effondrement ou l’affaiblissement des régimes moyen-orientaux ont débouché sur l’apparition de différentes forces idéologiques, ethniques et sectaires de plus en plus représentées par des mouvements paramilitaires

Milices sunnites en Irak. Photo: Middle East Eye

Sur la lancée des Printemps Arabes, nous avons assisté à toutes sortes de conflits ethniques, locaux et sectaires. L’État Islamique a virtuellement effacé les vieilles frontières. Dans ce nouveau « désordre » la règle des milices armées gagne chaque jour plus de terrain.

 

Il est difficile de s’imaginer comment sera le Moyen-Orient dans une dizaine d’années. Il est toutefois possible de cerner des éléments et des dynamiques qui donneront forme aux futurs scénarios. Il y a lieu de souligner qu’au Moyen-Orient nous sommes en présence d’une profonde crise, théorique et pratique, de l’État-nation en tant qu’entité politique souveraine et en tant qu’ensemble d’institutions. Les raisons sont multiples, de nature politique, économique et sociale : dictatures, corruption, chômage, violation des droits de l’homme … Il y a lieu de signaler deux problèmes de fond : l’absence d’une légitimation – démocratique, religieuse ou politique - réelle du pouvoir et d’autre part la difficulté d’unir en une synthèse fonctionnelle différents éléments ethniques et sectaires de la nation.

 

 

États sans nations

 

Le Moyen-Orient est un système d’États sans nations, d’États instables dont la forme actuelle voyait le jour à la fin de la première guerre mondiale. Ce sont des États artificiels imposés et contrôlés par l’Occident, qui obtiennent leur indépendance réelle plus ou moins à la fin de la deuxième guerre mondiale. Entre les années Cinquante et Soixante, une série de coups d’état a abouti à l’instauration de régimes militaires qui se sont stabilisés au cours des années Soixante-dix. Toute légitimation idéologique liée au panarabisme, à la « révolution » ou au baathisme une fois perdue, ces régimes se sont transformés en autocraties fondées sur une conception dynastique et patrimoniale de l’État. Pour commencer, avec l’intervention américaine en Irak, puis avec les Printemps arabes, ces régimes sont tombés en crise et seules les monarchies, tant celles du Golfe que celles du Maroc et de la Jordanie ont réussi à survivre aux événements.

 

 

La crise actuelle des régimes, des gouvernements et des États moyen-orientaux a entraîné la formation de différentes forces idéologiques, ethniques et sectaires. Chaque pays suit une trajectoire historique qui lui est propre, avec des dynamiques plus ou moins conflictuelles et des forces différentes. Parmi les forces idéologiques, ayant pour la plupart une base religieuse, rappelons par exemple en Égypte, les Frères musulmans et d’autres mouvements salafistes ainsi que le parti islamiste Ennahda en Tunisie. Sur des bases ethniques, nous trouvons le gouvernement régional kurde en Irak et le Rojava en Syrie. Quant aux bases sectaires, signalons les milices chiites de l’Hashd al-Sahaabi, les milices chiites irakiennes utilisées essentiellement dans une optique anti État Islamique, et Jabhat al-Nusra en Syrie. L’État Islamique et d’autres mouvements fondamentalistes sont des forces à la fois idéologiques en tant qu’islamistes et sectaires en tant que sunnites.

 

 

À la suite de l’affaiblissement voire l’effondrement des régimes, les différentes communautés tribales, politiques, ethniques ou religieuses qui composent les sociétés des différents pays entrent une fois de plus en jeu et, souvent, les unes contre les autres. Ce qui explique la raison pour laquelle aujourd’hui, au Moyen-Orient, est fondamental le rôle des Non State Actors, acteurs non étatiques fréquemment violents et transnationaux. L’organisation particulière par laquelle ces forces se manifestent est celle de la milice. En réalité, la plupart du temps, groupe armé, parti politique et mouvement social se recoupent. Les précédents ne manquent certes pas : Hezbollah au Liban, Hamas à Gaza, Fatah en Cisjordanie. Une chose est certaine toutefois. Ces dernières années, des pays tels que l’Irak, la Syrie et la Libye ont vu l’affirmation de milices et de groupes paramilitaires qui sont l’expression d’identités communautaires bien déterminées, le tout au détriment des forces armées traditionnelles. Mieux, les armées régulières se divisent sur une base communautaire, ou bien elles sont destituées ou encore elles se font l’expression de la prépondérance d’une communauté.

 

 

Les guerres par procuration

 

Les dynamiques géopolitiques moyen-orientales actuelles ne sont pas sans intéresser des pays comme l’Arabie Saoudite, l’Iran, le Qatar et la Turquie qui transforment les conflits et les révoltes locales en proxy war ou guerre par procuration, créant ou appuyant des milices alliées. Par ailleurs, au cours des guerres civiles, les régimes sont les premiers à s’en remettre à des groupes paramilitaires comme les Shabiha en Syrie ou les milices de la Sahwa en Irak (réveil en arabe – groupes armés sunnites qui se coalisèrent en 2007 aux américains pour chasser al-Qaïda). Par ailleurs, c’est l’Iran même qui a fait d’Hezbollah et des Basij – force paramilitaire iranienne – un modèle « exporté » avec succès, hier au Liban et aujourd’hui en Irak avec l’Hashd al-Shaabi.

 

 

Dans de très nombreux cas, les milices naissent en tant que forces d’autodéfense des communautés menacées. Dans d’autres, elles sont l’expression de poussées autonomistes. Il nous suffit de penser à bon nombre de formations qui ont vu le jour localement pour protéger des villages et des villes en Syrie, en Libye et, dans le passé, en Irak. À ne pas oublier les milices YPG (Unités de Protection Populaire) kurdes syriennes.

 

 

La question de fond est que ces milices naissent en tant que forces armées dans un contexte de faiblesse du pouvoir politique et de guerre civile dont elles deviennent très rapidement les principaux acteurs. Les politiques, tant du régime que de l’opposition, se voient obligés de s’appuyer sur ces forces, non sans conditionnements de poids. Nombreux sont les chefs de milices qui ne se privent pas d’aspirer à jouer eux-mêmes un rôle politique. La démarche qui suit est la légitimation des milices par l’État.

 

Cette dynamique d’affirmation politique et de légitimation s’accompagne à l’évidence d’une transformation des milices qui deviennent parti politique et mouvement social enraciné dans la population. S’il s’agit en revanche d’une milice qui a perdu sa guerre, la transformation change. Nous nous trouverons face à un mouvement clandestin qui va se livrer à des activités terroristes, ce qui est arrivé avec plus d’un groupe sunnite baathiste et djihadiste irakien, et/ou des activités criminelles comme Al-Qaeda au Maghreb.

 

 

La crise actuelle des régimes ou la faiblesse des gouvernements moyen-orientaux dans un contexte de poussées particularistes favorisent l’avènement des milices. Cette dynamique ne se limite pas à imposer les milices en tant que principaux futurs acteurs politiques. Hier au Liban et en Irak demain en Syrie et en Libye. Elle favorisera une sorte de « balkanisation » territoriale et sociale du Moyen-Orient, où – le Liban nous l’enseigne – les équilibres politiques internes ne seront que fragiles et précaires.

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